Dans une section antérieure, l'intégration au niveau des systèmes a été définie :
« Établissement de liens durables entre les dispensateurs de services ou les unités de traitement dans un système ou dans l'ensemble des systèmes s'il y en a plus d'un, et visant à faciliter la prestation de services aux personnes à l'échelle locale. Les traitements de santé mentale et d'alcoolisme et de toxicomanie sont toutefois combinés par au moins deux cliniciens et membres du personnel clinique travaillant pour des unités de traitement ou des dispensateurs de services différents. On se sert de diverses dispositions de coordination et de collaboration pour procéder à l'élaboration et à l'implantation d'un plan de traitement intégré. » (adapté de71).
Comme pour l'intégration au niveau des programmes, ce plan de traitement peut viser en même temps la consommation de substances et la santé mentale, ou l'une après l'autre, mais toujours dans le contexte d'une approche uniforme et coordonnée adaptée aux besoins et aux capacités propres à la personne.
Comme nous l'avons indiqué plus haut, les modèles d'intégration des systèmes ont été évalués beaucoup moins souvent en ce qui concerne les résultats pour les clients et les coûts de prestation des services que dans le cas de l'intégration au niveau des programmes. En fait, il n'existe pratiquement aucune recherche du genre consacrée spécialement aux troubles concomitants. De plus, il existe peu d'expérience documentée à laquelle puiser pour en tirer une « sagesse pratique »
. La présente section, comprend d'autres mécanismes et modèles qui cherchent à mieux intégrer les services et l'aide apportés aux personnes souffrant de troubles concomitants tels que :
Dans le Robert Woods Johnson Program on Chronic Mental Illness353,354, neuf villes des États-Unis ont obtenu des fonds en vue d'établir des systèmes communautaires de soins aux personnes souffrant de troubles mentaux chroniques*. Chaque ville devait mettre en place une administration publique de la santé mentale qui améliorerait la continuité des soins, déplacerait les fonds là où ils sont nécessaires, proposerait une série d'options de logement et améliorerait la gamme des services de réadaptation offerts. L'évaluation a permis de constater que les administrations pouvaient être établies avec succès, ce qui augmentait la centralisation, la coordination et la continuité des soins. Toutefois, les résultats pour les clients ne s'amélioraient pas. Cette conclusion peut refléter les limitations méthodologiques reliant les changements au niveau des systèmes aux résultats pour les clients. Ou elle pourrait signifier que les changements structurels n'éliminent pas le besoin de financer des programmes et services de grande qualité.
Un autre projet à grande échelle aux États-Unis a cherché à démontrer l'efficacité de différents services offerts aux sans-abri ainsi que les résultats associés à diverses stratégies d'intégration des systèmes. Ces stratégies comprenaient par exemple un organisme de coordination interagences, le regroupement des services, un coordonnateur de l'intégration de systèmes, des ententes interagences et des équipes de prestation des services, de même que des systèmes de suivi interagences. Dans les endroits étudiés qui ont reçu des fonds précisément pour implanter l'intégration des systèmes, l'évaluation visait à savoir si la mise en oeuvre de ces stratégies conduit à des améliorations dans l'intégration des systèmes, et si l'intégration des systèmes conduit à de meilleurs résultats pour la population étudiée. Les chercheurs ont constaté que plusieurs stratégies d'intégration des systèmes étaient mises en oeuvre et que l'intégration des systèmes se faisait au niveau des projets. Toutefois, ils ont observé peu de différences au niveau des clients, une exception remarquable étant donné les résultats en matière de logement dont le nombre augmentait au même rythme que le niveau d'intégration. L'étude revêt également de l'importance pour illustrer la façon dont l'implantation de stratégies d'intégration au niveau des systèmes peut être définie et suivie avec le temps355.
Il faudra faire d'autres recherches sur l'efficacité de l'intégration des systèmes quant aux résultats pour les clients. Ces études sont difficiles à organiser et les résultats peuvent donner lieu à de nombreuses interprétations. Des études d'évaluation sont nécessaires pour examiner la variation de l'intégration des systèmes dans plusieurs endroits. De plus, il faudra aussi des études d'évaluation de moindre envergure sur les problèmes de processus dans la planification et l'implantation des stratégies d'intégration des systèmes examinés par ces plus grandes études.
Enfin, il est à noter que la documentation peu abondante sur les stratégies d'intégration des systèmes pour les troubles concomitants n'est pas particulièrement pertinente pour les milieux ruraux et éloignés qui présentent d'importants problèmes associés à la distance, au déplacement et à la pénurie chronique de psychiatres, de psychologues et de travailleurs sociaux autorisés pour établir les diagnostics. Dans de nombreuses régions, on manque également de médecins de famille. Une recherche sur les systèmes dans ces régions est particulièrement nécessaire.
* Ce sommaire est extrait du rapport sur les meilleures pratiques pour la réforme de la santé mentale11.
En ce qui concerne particulièrement les personnes souffrant de troubles concomitants, on insiste ici davantage sur la détermination de solutions éventuelles que sur la définition des obstacles systémiques bien connus dont parle la documentation27. Toutefois, il vaut la peine de noter que malgré les domaines de rapprochement considérables entre les deux systèmes de santé mentale et d'alcoolisme et de toxicomanie, plusieurs défis à une meilleure intégration sont repris par nos groupes de discussion et le sondage auprès des principaux informateurs. En voici des exemples :
Un rapport d'aide technique produit aux États-Unis sur la coordination des services visant l'alcoolisme et la toxicomanie et la santé mentale357 a été la première tentative complète pour proposer des solutions éventuelles aux obstacles de longue durée à l'intégration systémique en traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie et en santé mentale. Le rapport résume plusieurs principes pratiques pour les intervenants qui tentent de coordonner les services entre ces deux systèmes. En voici des exemples :
Ce rapport présente également une description de mécanismes et de modèles précis de coordination, notamment le regroupement, l'information et les services de renvoi, l'admission et les renvois centralisés, les réseaux interagences comme les équipes multidisciplinaires, la gestion de cas, le partage du personnel, les modèles de financement ainsi que la formation et l'éducation. Cette liste a par la suite été élargie dans le protocole d'amélioration du traitement (PAT) des troubles concomitants24, pour inclure par exemple, les systèmes de données partagées et les liens avec l'ensemble du système de services de santé, de services sociaux et de services correctionnels.
Mueser et ses collègues44 résument deux stratégies générales pour l'intégration des programmes, soit l'ajout de spécialistes en alcoolisme et toxicomanie aux services de santé mentale (ou vice versa)*, et l'établissement d'équipes mixtes. Toutefois, ces stratégies peuvent également fonctionner au niveau de systèmes par l'établissement d'équipes de services interagences. De plus, les facteurs organisationnels qui faciliteraient ou entraveraient l'intégration au niveau des programmes sont également pertinents au niveau des systèmes. Voici une liste de ces facteurs :
« Double Trouble »;
Certains des facteurs mentionnés par Mueser et ses collègues44 reflètent des stratégies plus globales dans la documentation sur les processus de changement organisationnel et systémique. On en trouve des exemples dans le besoin d'un maître d'oeuvre solide ou d'un guide d'opinion358, la motivation au changement dans toute l'organisation ou le système359 et la participation significative des principaux intéressés, y compris les bénéficiaires des services et leur famille360. D'autres facteurs reflètent des commentaires formulés par les groupes de discussion et les principaux informateurs (p. ex., un besoin de leadership et d'engagement).
Certains des facteurs organisationnels et systémiques mentionnés par Mueser et ses collègues44 reflètent également les recommandations de meilleures pratiques pour la mise en application de la réforme de la santé mentale au Canada11 et du traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie12 (p. ex., la nécessité d'un continuum des services). Ainsi, il est probable que plusieurs des recommandations préconisant une meilleure coordination des services dans le système de santé mentale et le système de traitement de l'alcoolisme et de la toxicomanie mériteront d'être explorées pour améliorer la coordination entre les deux systèmes. En voici des exemples :
* Ils indiquent que puisque la plupart des personnes souffrant de troubles concomitants reçoivent leur traitement primaire dans les services de santé mentale, la stratégie la plus courante a été d'ajouter des spécialistes en alcoolisme et toxicomanie à ces services. Cela est moins vrai pour des sous-groupes autres que ceux des personnes atteintes de troubles mentaux sévères (groupe 2).
** Une échelle de fidélité de l'intégration qui peut être adaptée à des situations différentes figure à l'annexe I.
La liste suivante de stratégies nouvelles provenant de la synthèse de l'information et des thèmes, serait susceptible d'aider à l'intégration au niveau du système :