Meilleures pratiques : Traitement et réadaptation des femmes ayant des problèmes attribuables à la onsommation d'alcool et d'autres drogues
8. Principes et valeurs du traitement
8.1 Les principes et valeurs du traitement : le point de vue des experts
Les experts ont décrit treize principes et valeurs de traitement qui sont à la base du traitement efficace des femmes souffrant d'alcoolisme et de toxicomanie. Ces principes s'appliquent aux éléments de la structure, de l'organisation et de la philosophie du traitement.
Tableau 8 : Principes généraux du traitement : le point de vue des experts
| Valeurs et philosophie du traitement |
Citations des experts |
Le traitement des femmes devrait reposer sur un choix
(un « menu » et une variété d'options). |
- Offrez de la variété, un menu élaboré. |
Le traitement devrait comporter une méthode de
réduction des méfaits. |
-
Il faut s'attendre à des rechutes et les étudier.
-
Suivez une méthode de gestion de l'alcoolisme et de la
toxicomanie - vous n'avez pas à adopter le modèle de
l'abstinence. |
Le traitement devrait toucher tous les aspects de la
vie de la femme. |
-
Considérez la personne dans son ensemble, pas seulement
son problème d'alcoolisme et de toxicomanie.
-
Suivez une méthode holistique. |
Le traitement devrait toucher les besoins pratiques
(logement, transport, garderie et formation en cours
d'emploi). |
-
Abordez les questions du rôle parental ..., de la formation en
cours d'emploi ..., offrez des services de garderie. |
| Le traitement devrait encourager les femmes à établir
des liens les unes avec les autres. |
-
Aidez-les à se lier à d'autres femmes, à d'autres mères.
-
Aider les femmes à se prendre en main pour qu'elles
puissent s'entraider. |
Le traitement devrait être au sexe de chacun
(s'adresser entièrement à la clientèle d'un seul sexe
ou comprendre des éléments propres à un seul sexe
dans le cadre d'un programme mixte). Concevez des
programmes particuliers aux femmes. |
-
Concevez des programmes particuliers aux femmes.
-
Concevez des programmes axés sur les femmes, propres au
sexe féminin en particulier. |
Le traitement devrait favoriser le soutien, être
égalitaire et non hiérarchique. |
-
Des groupes de femmes recevant de l'aide de dispensatrices
de traitement, travaillant ensemble et grandissant ensemble
dans une ambiance d'égalité. |
Le traitement devrait encourager les femmes à
prendre leur vie en main. |
-
Respectez la façon d'être des femmes et leur perception du
monde - faites honneur au caractère des clientes plutôt que
de les réprimer - les femmes sont les spécialistes. |
Le traitement devrait se donner dans le respect; le
personnel devrait démontrer de la sympathie à l'égard
des clientes et faire valoir leur dignité. |
-
Faites preuve de sympathie envers les clientes - ne
démontrez pas de honte ou de pitié à leur égard.
|
Le traitement devrait être dirigé par les clientes et
reposer sur leurs besoins particuliers de celles-ci. |
-
Les bons dispensateurs de traitement aident les clientes à
atteindre leurs objectifs et, ensuite, les appuient.
-
Dirigé par les femmes. Le fait de les inciter à participer à la
planification et à l'élaboration des objectifs permet de
développer l'estime de soi et de contrer la dépression. |
Le traitement devrait permettre l'éducation et la
sensibilisation des clientes. |
-
Distribuez de la documentation; les femmes ont besoin de
lire.
-
L'espoir et l'information sont des éléments importants au
cours des premières phases du traitement. |
Le traitement devrait reposer sur les points forts des
clientes, non sur leurs faiblesses. |
-
Mise en valeur réelle des forces des clientes / méthode axée
sur les points forts des clientes. |
Le traitement devrait comporter une méthode axée sur
les femmes. |
-
Méthode féministe (par exemple, sensibilisation aux
conditions sociales des femmes, à l'inégalité qu'elles ont
vécue, à la victimisation, dans un contexte d'expériences
vécues par les femmes). |
8.2 Les valeurs et la philosophie du traitement : examen de la documentation
Il a été difficile de distinguer les principes du traitement à partir d'une discussion de questions que l'on retrouve dans la documentation, notamment la structure du traitement, les approches ou les méthodes. Cependant, de nombreux principes établis par les experts (par exemple, les méthodes de prise en charge de soi et de réduction des méfaits) sont soutenues par la documentation.
Finkelstein (1993) signale que la plupart des « modèles de soins (des femmes enceintes et des mères de famille) ont été élaborés sans que l'on pense au cadre conceptuel ou philosophique fondamental ni à l'intention de rendre service »
(Finkelstein, 1993 : 1286). Concernant l'élaboration de nouveaux modèles de services pour les femmes enceintes et les mères de familles ayant des problèmes liés à la consommation abusive d'alcool et d'autres drogues (et pour leurs enfants), elle suggère « qu'une première étape de l'élaboration de ces modèles serait de convenir certains principes directeurs fondamentaux »
(Finkelstein, 1993 : 1286). Elle décrit sept principes (voir ci-après) liés à l'objectif et à l'organisation du traitement. Bien que ces principes soient discutés dans le cadre du traitement de femmes enceintes et de mères de famille, la plupart d'entre eux s'appliquent à toutes les femmes qui ont besoin de traitement.
Les principes du traitement (organisation et objectif du traitement)
- Le traitement devrait être axé sur la famille. Ce principe sous-entend que la consommation abusive d'alcool et d'autres drogues touche tout le fonctionnement de la famille. Il permet aussi de reconnaître et de respecter la diversité culturelle et l'importance que bien des cultures placent sur la stabilité de l'unité familiale. Le modèle familial vise à répondre aux besoins de tous les membres qui la composent.
- Le traitement devrait favoriser le développement des compétences et la prise en charge de soi. Finkelstein décrit cette méthode comme visant à cerner et à exploiter les points forts des femmes plutôt que leurs faiblesses de façon qu'elles soient encouragées à définir leurs propres besoins et priorités.
- Le traitement devrait se donner au sein de la collectivité. Finkelstein fait remarquer que les programmes devraient se donner dans les collectivités locales et correspondre à la culture de la collectivité qu'ils desservent.
- Le traitement devrait être multidisciplinaire, global, coordonné et viser la réalisation d'un modèle de collaboration. Finkelstein présente l'importance d'offrir toute une gamme de services (comme des soins en santé mentale, des soins prénatals, de l'éducation et du soutien, des services nutritionnels et professionnels). Ceci exige la coordination des services de divers professionnels.
- Le traitement devrait répondre à des besoins pratiques, non liés au traitement. Le programme devrait viser des questions comme la santé, les service de garderie, le logement et l'emploi, ainsi que les problèmes de santé mentale.
- Le traitement devrait être taillé sur mesure pour une femme et viser des résultats à long terme (en fonction des besoins de la femme).
- Le traitement devrait comprendre différents niveaux d'intensité de services et une séquence de soins.
Selon Schliebner (1994), la sensibilisation à l'égard de la différence entre les sexes est le principe sous-jacent le plus important d'un traitement. Un traitement soucieux des différences entre les sexes doit englober les éléments suivants :
- la compréhension des obstacles sociaux, économiques et propres au fait qu'elles sont des femmes, auxquels ces dernières font face;
- la compréhension de la différence entre le développement physiologique de l'alcoolisme et de la toxicomanie chez les femmes et chez les hommes;
- un traitement qui réponde aux besoins particuliers des femmes;
- un personnel capable de donner des services de conseils spécialisés (pour traiter de questions comme le stéréotype des rôles attribués aux sexes);
- un traitement visant à réconforter, à développer la prise en charge de soi, à mettre en valeur les relations et à créer un milieu favorable à la guérison des femmes;
- des services d'appui aux femmes (par exemple, garderie, épanouissement de soi);
- un traitement visant l'établissement de relations de soutien entre les femmes.
Covington (1998a) considère aussi que la mise en valeur des relations est un principe fondamental du traitement. Cette théorie relationnelle met l'accent sur l'importance que constituent les relations entre les femmes. Les vrais rapports sont mutuels, empathiques, créatifs, dégagent de l'énergie, favorisent la prise en charge de soi et sont essentiels à l'épanouissement personnel des femmes. Pour être efficaces, les services offerts aux femmes doivent reposer sur une théorie relationnelle, être conçus en fonction du sexe, tenir compte des expériences de vie des femmes et intégrer une théorie holistique de l'alcoolisme et de la toxicomanie de même qu'une théorie du traumatisme.
Dans leur étude sur les besoins spéciaux des femmes enceintes et des mères de famille en réadaptation, Creamer et McMurtrie (1998) décrivent plusieurs valeurs ou principes fondamentaux :
- une méthode fondée sur la prise en charge de soi et la force;
- une méthode axée sur la cliente;
- un modèle de réduction des méfaits;
- la compréhension des soins.
Tant les experts que les auteurs de la documentation citent le principe de la prise en charge de soi comme étant fondamental à la meilleure pratique. La méthode de prise en charge de soi se compose des éléments suivants (Kasl, 1995) :
- la prise en charge de soi repose sur l'amour, non sur la crainte;
- une démarche holistique à l'égard des problèmes;
- elle vise une transformation;
- elle sous-entend un choix;
- elle accepte la complexité;
- elle est souple;
- elle est créative;
- elle n'applique pas d'étiquettes et ne porte pas de jugement;
- elle respecte la sagesse des femmes;
- elle fait participer toute la collectivité.
Bien qu'un grand nombre d'éléments propres au modèle de la prise en charge de soi soient liés à la meilleure pratique, il manque de recherche empirique permettant d'évaluer les résultats d'un traitement fondé sur cette méthode.