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Préoccupations liées à la santé

Meilleures pratiques : Traitement et réadaptation des femmes ayant des problèmes attribuables à la onsommation d'alcool et d'autres drogues

Section II : Les résultats

5. L'alcoolisme et la toxicomanie chez les femmes : survol

5.1 Contexte historique

Les habitudes de consommation d'alcool et de drogues chez les femmes ont varié selon les époques. L'interprétation sociétale de ces habitudes a eu des répercussions sur les attitudes envers la consommation des femmes ainsi qu'envers les traitements de celles-ci. Cooper (1991) fait remarquer qu'au XVIIe et au XVIIIe siècle, hommes, femmes et enfants consommaient de l'alcool, ce qui n'était pas considéré moralement « mauvais » ni dangereux. Entre 1776 et 1826, l'attitude des Nord-Américains face à la consommation d'alcool a changé; l'alcool devint une substance « démoniaque » et dangereuse. Vers la fin du XIXe siècle, on considérait la consommation d'alcool comme une activité de « classe inférieure », et chez les femmes, on la liait à la prostitution ou à « un manque de moralité ». Et pourtant, la plupart des gens ont continué de consommer de l'alcool et certaines drogues comme médicaments bien au-delà du début du XXe siècle (Hewitt et coll., 1995).

Jusque vers le milieu des années 1970, l'incidence de la consommation abusive d'alcool chez les femmes en général était considérée minime et il se faisait très peu de recherches sur leur abus d'alcool et de drogues. Ainsi, selon Cooper (1991 : 1), « entre 1970 et 1984, les femmes ne constituaient que huit p. cent des échantillons d'études sur l'alcoolisme ». Bien que comparativement aux hommes, les femmes sont moins portées à faire état de leur consommation abusive d'alcool et de leurs problèmes liés à l'alcool (36 p. 100 des personnes ayant des problèmes liés à l'alcool sont des femmes) (Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies et Centre de toxicomanie et de santé mentale, 1999), on se préoccupe encore du fait que les femmes sont sous-représentées dans les établissements de traitement de consommation abusive d'alcool et d'autres drogues. Au cours des années 1980, les femmes ne constituaient que 20 p. 100 de la clientèle en traitement.

L'accent porté sur les habitudes de consommation d'alcool et de drogues chez les hommes et sur le traitement de ces derniers a fait en sorte que « l'homme est devenu la norme », que les femmes nécessitant un traitement ont été jugées plus sévèrement et que la recherche de méthodes de traitement axées sur le sexe d'une personne a été freinée (Finkelstein, 1997).

5.2 Les habitudes de consommation

Les études récentes menées par des chercheurs canadiens (Santé Canada, 1995; Santé Canada, 1997; Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et les toxicomanies et Centre de toxicomanie et de santé mentale, 1999) permettent de constater les modèles suivants de consommation abusive d'alcool et de drogues chez les femmes.

  • L'alcool est la substance que les femmes consomment le plus et dont elles abusent le plus.
  • Comparativement aux hommes, les femmes ont moins tendance à devenir des buveuses d'habitude et ont plus de chance de devenir d'anciennes buveuses ou d'être abstinentes toute leur vie.
  • Les femmes qui sont des buveuses d'habitude boivent moins souvent et consomment moins que les hommes qui sont des buveurs d'habitude.
  • La proportion de femmes qui s'abstiennent de toute consommation d'alcool diminue.
  • Parmi les femmes qui boivent couramment, 6,2 p. 100 déclarent avoir vécu un problème lié à la consommation d'alcool au cours de la dernière année.
  • Le problème le plus fréquent que les femmes associent à leur « consommation d'alcool problème » est relié à leur santé physique.
  • Le plus souvent, les femmes boivent en compagnie de leur mari ou de leur partenaire.
  • En général, les femmes qui boivent en plus grande quantité à chaque occasion :
    • sont plus jeunes;
    • ont un niveau d'instruction moins élevé;
    • ont un revenu moins élevé;
    • sont célibataires ou divorcées;
    • sont sans emploi, sont étudiantes ou ont un emploi manuel.
  • En général, les femmes qui disent boire plus fréquemment :
    • sont plus âgées;
    • ont un niveau d'instruction plus élevé;
    • ont un revenu plus élevé;
    • sont célibataires ou divorcées;
    • ont un emploi manuel ou un poste de gestionnaire.
  • Peu importe leur groupe d'âge, les femmes parlent davantage que les hommes de leur consommation de médicaments, plus particulièrement de médicaments psychotropes comme les somnifères, les tranquillisants et les antidépresseurs. Les catégories d'âge où l'on retrouve la consommation la plus forte se situent chez les personnes âgées entre 45 et 54 ans de même que chez les 65 ans et plus.
  • La marijuana et le hashish sont les drogues illégales que les femmes consomment le plus souvent.
  • Sauf pour ce qui est de la marijuana, la consommation de drogues illégales pendant toute leur vie est relativement rare chez les Canadiennes. La consommation de drogues illégales diminue avec l'âge et disparaît presque totalement après 45 ans.
  • La cocaïne, le crack, le LSD, les amphétamines et l'héroïne sont surtout consommés par des sous-groupes de la population (comme chez les femmes de la rue). Étant donné que les enquêtes sur la population en général ne tiennent généralement pas compte de ces groupes, la consommation de ces drogues risque d'être sous-estimée.
  • Il y a eu, en 1995, 804 décès imputables à la consommation de drogues illicites. Dans 108 de ces cas (13 p. 100), il s'agissait de femmes.
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5.3 Les effets de la consommation d'alcool et de drogues chez les femmes

La consommation d'alcool et de drogues a divers effets sur les femmes, dont plusieurs sont propres au sexe féminin. L'examen de la documentation met en lumière les thèmes généraux suivants :

  • La santé physique des femmes est frappée plus gravement et plus rapidement par la consommation intense d'alcool et de drogues (comparativement aux hommes). Les femmes atteignent des taux d'alcool dans le sang plus élevés que les hommes en consommant des doses égales par livre de leur poids corporel. Hill (tel que cité par Schliebner, 1994) indique que « la période moyenne de consommation excessive avant que n'apparaissent les premiers symptômes de troubles du foie, d'hypertension, d'obésité, d'anémie, de malnutrition, d'hémorragie gastrointestinale et d'ulcères nécessitant une intervention chirurgicale, est beaucoup plus courte chez les femmes que chez les hommes (1994 : 513). Les autres méfaits à la santé sont les risques d'infection par le VIH, l'ostéoporose et les maladies coronariennes (Finkelstein et coll., 1997). Les différences physiologiques entre les hommes et les femmes rendent également celles-ci plus vulnérables aux méfaits des autres drogues sur la santé comme dans le cas du tabac et des benzodiazépines (Fondation de la recherche sur la toxicomanie, 1996).
  • La physiologie reproductive des femmes est particulièrement affectée par la consommation abusive d'alcool et de drogues. La consommation excessive d'alcool peut troubler le cycle menstruel, le développement du foetus, l'accouchement, la ménopause et l'activité sexuelle (Finkelstein et coll., 1997).
  • Les troubles mentaux des femmes sont généralement liés à la consommation excessive d'alcool et de drogues qui, à son tour, intensifie ces troubles. Près des deux tiers des femmes alcooliques ont des troubles de santé mentale (Halzer et Pryabech, tels que cités par Beckman, 1994b). Les troubles les plus communs sont l'anxiété, la dépression, les phobies et les attaques de panique. Les femmes alcooliques disent aussi avoir plus de symptômes de dépression que les hommes alcooliques sur le plan physiologique (même si l'alcool en soi a un effet dépressif). Ces symptômes peuvent cependant persister lorsque les femmes deviennent sobres (Turnbull et Gomberg, tels que cités par McCrady et Raytek, 1993).
  • Les femmes qui abusent de l'alcool et des drogues risquent fortement d'avoir des idées suicidaires, et même de se suicider (Finkelstein, 1997).
  • Les femmes qui abusent de l'alcool et des drogues souffrent généralement de dysfonction sexuelle. On estime que les taux de prévalence de la dysfonction sexuelle varient de 20 à 100 p. 100 (suivant la définition d'Acherman, tel que cité par Beckman, 1994). Selon Wilsnack et coll. (tels que cités par Finkelstein et coll., 1997) la dysfonction sexuelle chez les femmes est l'un des méfaits les plus prévisibles de la consommation problématique d'alcool. Les effets de l'alcool et des drogues sur l'activité sexuelle peuvent varier selon la substance consommée.
  • Les femmes qui abusent de l'alcool et des drogues souffrent généralement d'une très basse estime de soi (Gomberg, tel que cité par Drabble, 1996).
  • Les femmes qui abusent de l'alcool et des drogues souffrent d'autres troubles de la santé. L'alcoolisme s'accompagne souvent de troubles de l'alimentation, surtout de boulimie (Peverler et Fairburn, tels que cités par McCrady et Raytek, 1993).
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On constate des caractéristiques typiques de l'abus d'alcool et de drogues chez les femmes. Ces facteurs sont associés par l'abus plutôt que des facteurs connexes :

  • Taux élevé d'abus sexuel pendant l'enfance. Le taux d'abus sexuel pendant l'enfance chez les femmes ayant des problèmes liés à la consommation d'alcool est plus élevé que dans la population en général. On estime, par exemple, que la prévalence de l'inceste varie de 12 à 31 p. 100 (Young, 1990; Beckman et Acherman, tels que cités par Beckman, 1994b).
  • Taux élevé de victimes. On constate généralement que les femmes qui abusent de l'alcool ont été victimes d'une forme quelconque d'abus (y compris la violence physique) (Thom, 1986 et Smith, 1992, tels que cités par Schober et Annis, 1996). Dans une étude effectuée auprès de 472 femmes (âgées entre 18 et 45 ans), Miller et coll. (1993) concluent qu'il existe un lien important entre la « victimisation » et l'apparition de problèmes attribuables à la consommation d'alcool chez les adultes.

L'une des différences les plus marquées entre les hommes et les femmes est qu'ils attribuent des raisons différentes à leur consommation d'alcool ou de drogues. En général, les femmes considèrent la consommation d'alcool et de drogues comme une façon de mieux traverser une période de crise ou de supporter des problèmes personnels. Ce point de vue détermine la façon dont elles définissent leur « problème », leurs besoins et ce qui les incitera à demander de l'aide.