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Opinions, attitudes et connaissances - Enquête nationale sur la consommation d'alcool et d'autres drogues par les Canadiens - Enquête sur les toxicomanies au Canada (ETC)

Chapitre 4 : Opinions sur les méfaits de la consommation de drogues

Faits saillants

  • Dans l'ensemble, les Canadiens considèrent que la consommation de drogues, régulière ou ponctuelle, nuit dangereusement aux consommateurs comme aux autres.

  • La gravité perçue de la consommation de drogues suit une tendance croissante qui va de l'alcool (considérée comme la moins dangereuse des drogues) à l'héroïne (considérée comme la drogue la plus dangereuse dans presque tous les cas).

  • Pour beaucoup de comportements analysés, la variabilité est très faible, car la plupart des Canadiens considèrent toutes drogues comme très dangereuses. Pour cette raison, seules les variables liées à l'alcool et au cannabis de même que le statut de consommateur ou non ont fait l'objet d'un examen minutieux.

  • Les Canadiens estiment que la consommation régulière d'alcool nuit presque deux fois plus que la consommation ponctuelle d'alcool.

  • Les Canadiens estiment qu'ils ont plus à craindre de la consommation ponctuelle d'alcool des autres que de la leur.

  • Dans tous les cas, les dangers perçus de la consommation de cannabis sont moindres chez les consommateurs que chez les non-consommateurs.

  • Dans l'ensemble, les Canadiens reconnaissent que la consommation de drogues nuit dangereusement aux consommateurs et aux autres. Les quelques résultats qui diffèrent concernent l'alcool, dont un tiers seulement des répondants estime la consommation ponctuelle dangereuse, et le cannabis, pour lequel les avis sont divisés à parts presque égales.

On a demandé aux Canadiens d'exprimer leur opinion sur les effets de la consommation de différentes drogues et d'indiquer les dangers qu'ils associent à leur consommation « ponctuelle » ou « régulière ». Il a également été demandé aux répondants du groupe A de donner leur avis sur les méfaits causés par les drogues au consommateur (p. ex. « Quel danger court une personne qui...? »), et les répondants du groupe B ont été interrogés sur les méfaits causés par les drogues aux autres (p. ex. « Quel danger fait-on courir aux autres si...? »). Les tendances globales sont présentées dans le tableau 4.1 et la figure 4.1.

Figure 4.1 : Méfaits associés à différents modes d'usage des substances

Dans l'ensemble

En général, nonobstant la fréquence du comportement ou la personne à risque, les dangers perçus vont en croissant pour les 10 drogues : de l'alcool (drogue considérée comme la moins dangereuse) à l'héroïne (drogue considérée comme la plus dangereuse).

L'exception concerne la perception des méfaits causés aux autres par la consommation régulière de stéroïdes et de cannabis, considérés comme moins dangereux que l'alcool (figure 4.1). Dans l'ensemble, la majorité des Canadiens (tableau 4.1) considèrent que l'héroïne (86,9 %) est la drogue la plus dangereuse pour son consommateur, même sur la base d'une consommation ponctuelle. Viennent ensuite la cocaïne (80,9 %), les hallucinogènes (78,6 %), les substances inhalées (73,0 %), l'ecstasy (MDMA) (65,7 %), la méthamphétamine (61,8 %), les stéroïdes (47,0 %), le tabac (33,1 %), le cannabis (29,0 %) et l'alcool (8,4 %).

La majorité des Canadiens (95,1 %) estiment, sur la base d'une consommation régulière, que la cocaïne est la drogue qui cause le plus de méfaits à son consommateur (tableau 4.1), suivie de l'héroïne (94,8 %), des substances inhalées (91,7 %), des hallucinogènes (91,4 %), du tabac (82,1 %), de l'ecstasy (MDMA) (81,6 %), des stéroïdes (80,8 %), de la méthamphétamine (78,7 %), du cannabis (65,8 %) et de l'alcool (58,9 %).

La majorité des Canadiens (67,4 %) estiment, sur la base d'une consommation ponctuelle, que l'héroïne est la drogue qui cause le plus de méfaits aux autres (tableau 4.1), suivie de la cocaïne (65,5 %), des hallucinogènes (63,9 %), des substances inhalées (53,4 %), de l'ecstasy (MDMA) (52,4 %), de la méthamphétamine (47,3 %), du tabac (32,4 %), des stéroïdes (27,0 %), du cannabis (24,0 %) et de l'alcool (15,8 %).

La majorité des Canadiens (83,2 %) estiment, sur la base d'une consommation régulière, que l'héroïne est la drogue qui cause le plus de méfaits aux autres (tableau4.1), suivie de la cocaïne (82,9 %), des hallucinogènes (79,2 %), des substances inhalées (69,8 %), de l'ecstasy (MDMA) (67,0 %), du tabac (64,2 %), de la méthamphétamine (63,2%), de l'alcool (56,1 %), du cannabis (47,8%) et des stéroïdes (46,2 %).

Les Canadiens estiment, sur la base d'une consommation ponctuelle, que l'alcool est plus dangereux pour les autres que pour son propre consommateur (15,8 % contre 8,4 %) et que la consommation régulière d'alcool est presque aussi dangereuse pour le consommateur que pour les autres (56,1 % et 58,9 %).

Pour bon nombre de comportements analysés, la variabilité est très faible, car la plupart des Canadiens considèrent toutes les drogues comme très dangereuses. Nous nous sommes donc contentés de présenter les résultats sur l'alcool et sur le cannabis seulement, mais même pour ces deux drogues, nous n'avons pas effectué de régression logistique lorsque l'ensemble des résultats avoisinait les 80 % ou plus.

Alcool

Les résultats de la perception des méfaits causés par la consommation d'alcool sont présentés dans le tableau 4.2. Les deux premières colonnes indiquent les méfaits causés au consommateur par une consommation ponctuelle (première colonne) ou par une consommation régulière (deuxième colonne). Les deux dernières colonnes présentent les méfaits causés aux autres par une consommation d'alcool ponctuelle (troisième colonne) ou régulière (quatrième colonne). Comme prévu, les répondants sont presque deux fois plus nombreux à estimer que la consommation régulière d'alcool cause plus de méfaits que sa consommation ponctuelle. Pour les méfaits causés au consommateur ou aux autres par une consommation régulière d'alcool, tous les résultats sont supérieurs à 80 %. Nous en présentons les résultats, mais, en raison du manque de variabilité, nous n'avons pas effectué de régression logistique.

Dans l'ensemble, les Canadiens estiment qu'ils ont plus à craindre de la consommation ponctuelle d'alcool des autres que de la leur. Pour les méfaits causés à soi-même par la consommation ponctuelle d'alcool, la gravité perçue est plus faible chez les habitants des zones non rurales (34,3 %) que chez les habitants des zones rurales (46,7 %), et également plus faible chez les répondants qui n'ont jamais été mariés (30,2 %) que chez les répondants mariés (38,6 %). La tendance est inversée lorsqu'il s'agit du niveau de scolarité, pour lequel la gravité perçue diminue à mesure que le niveau de scolarité augmente. Enfin, la gravité perçue des méfaits causés à soi-même par la consommation ponctuelle d'alcool est plus faible chez les consommateurs que chez les non-consommateurs. Les hommes sont moins susceptibles de signaler l'importance des risques (32,4 %). La tendance est inversée ici également pour le niveau de scolarité et le revenu, plus le niveau de scolarité et le revenu sont faibles, plus les risques sont perçus comme importants. Les consommateurs sont moins susceptibles de signaler que la consommation comporte des risques importants.

Cannabis

Le tableau 4.3 présente les mêmes renseignements pour la consommation de cannabis. Dans tous les cas, la gravité perçue des dangers de la consommation de cannabis est plus faible chez les consommateurs que chez les non-consommateurs. Pour les méfaits causés au consommateur par la consommation ponctuelle de cannabis, la gravité perçue est plus faible chez les répondants du groupe des 35 à 44 ans que chez les répondants du groupe d'âge qui les précède ou les suit. Les habitants de la Nouvelle-Écosse sont moins susceptibles que la moyenne des Canadiens de signaler que la consommation comporte des risques importants (51,8 % et 64,0 % respectivement), mais les habitants du Nouveau-Brunswick (69,7 %) et du Québec (67,4 %) sont plus susceptibles de le faire. La tendance est inversée lorsqu'il s'agit du revenu, pour lequel le taux de signalement des risques que comporte la consommation diminue à mesure que le revenu augmente. La régression sur les méfaits causés au consommateur par la consommation régulière n'a pas été effectuée en raison de la faible variabilité. Dans le cas des méfaits causés aux autres par une consommation ponctuelle de cannabis, les hommes, les répondants qui terminé leurs études universitaires et les habitants de la Colombie-Britannique sont moins susceptibles que leur groupes de comparaison respectifs de signaler les risques importants des méfaits (47,1%, 43,6% et 47,3 % respectivement) alors que c'est le contraire pour les habitants du Québec (61,2%). Enfin, la gravité perçue des méfaits causés par la consommation régulière de cannabis par les autres est plus faible chez les hommes et chez les consommateurs.

Différences entre consommateurs et non-consommateurs

La régression logistique a été effectuée dans le but d'examiner les différences dans les réponses des consommateurs et des non-consommateurs sur la gravité perçue des dangers des drogues. Ces différences dans la gravité perçue sont présentées dans le tableau 4.4, où toutes les autres variables restent inchangées (sexe, âge, province, zone de résidence, niveau de scolarité, situation familiale et revenu).

La gravité perçue des méfaits causés par la consommation de drogues est élevée pour toutes les drogues, qu'il s'agisse de consommation régulière ou de consommation ponctuelle. Les résultats qui diffèrent concernent la gravité perçue des méfaits causés à soi-même par la consommation ponctuelle d'alcool, considérés comme graves par 34,3 % des consommateurs, contre 63,5 % pour les non-consommateurs, et les méfaits causés au consommateur par la consommation ponctuelle de cannabis, considérés comme modérés ou graves par 51,5 % des consommateurs, contre 74,2 % pour les non-consommateurs. Dans le cas des méfaits causés par une consommation régulière, la majorité des consommateurs (84,5 %) considèrent le cannabis comme la drogue la moins dangereuse.

La gravité perçue des méfaits causés aux autres par une consommation ponctuelle est souvent inférieure à la moyenne chez les consommateurs (alcool : 38,5 %; cannabis : 40,2 %; ecstasy (MDMA) : 42,6 %). Dans le cas des méfaits causés aux autres par la consommation régulière de drogue, le risque le moins grave est associé aux stéroïdes (72,3 %). Bien que les dangers perçus soient presque toujours moins graves chez les consommateurs que chez les non-consommateurs, la gravité perçue se situe souvent à des niveaux qui peuvent être jugés très élevés. Dans l'ensemble, les Canadiens estiment que la consommation de drogues constitue un danger important, tant pour le consommateur que pour les autres.

Résumé et discussion

La majorité des répondants estiment que la plupart des comportements de consommation de drogues représentent des risques graves. Cette réponse ne surprendra personne, puisqu'elle est conforme à la réponse socialement souhaitée. Les Canadiens sont conscients que la consommation de drogues comporte d'importants dangers.

Les résultats de l'enquête mettent en lumière le statut spécial de l'alcool. À l'exception du tabac, l'alcool est de loin la drogue la plus consommée de toutes les drogues étudiées, et elle est la seule drogue dont la consommation non médicale est acceptée. Ce statut privilégié place l'alcool comme la drogue la plus dangereuse, la drogue la plus fréquemment consommée, mais dont les risques sont le plus facilement camouflés.

Il convient de noter que les répondants estiment dans tous les cas que le cannabis est une drogue moins dangereuse que le tabac. La société a fini par reconnaître, en effet, après un débat de plusieurs années, que le tabac était une drogue dangereuse, alors que la marijuana soulève deux nouvelles questions de nature différente : la consommation médicale de la marijuana et la décriminalisation de la possession de cannabis. Pour de nombreux agents sociaux, les différents débats sur la marijuana ont envoyé des messages contradictoires sur les dangers potentiels liés à sa consommation. Qu'ils soient les causes ou les conséquences de ces débats, les résultats présentés ici confirment que de nombreux Canadiens ne considèrent pas le cannabis comme une drogue très dangereuse.

Enfin, le pourcentage élevé de personnes ayant répondu «Ne sait pas» aux questions concernant l'ecstasy (MDMA) et la méthamphétamine (14,9 % à 21,6 %) pourrait indiquer que si la majorité des Canadiens reconnaissent les dangers associés à la consommation de ces drogues, un nombre non négligeable d'entre eux ne semble pas en être conscients. Il serait probablement souhaitable d'envisager des campagnes de sensibilisation du public particulièrement axées sur les dangers de ces deux drogues, au sujet desquelles le niveau de connaissance est faible.