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Préoccupations liées à la santé

Meilleures pratiques - Intervention précoce, services d'approche et liens communautaires pour les femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues

2.5 Intervention précoce

Voir la section 3.4 pour les résultats connexes aux entrevues avec les personnes-ressources clés
Voir la section 4.5 pour les résultats connexes aux groupes de discussion

Principaux points

  • L'intervention précoce comprend à la fois l'identification initiale des personnes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues et des activités d'intervention précises visant à éliminer les obstacles à la prestation des services.

  • L'intervention précoce est souvent offerte à l'extérieur des programmes ou des centres bien établis de traitement de la toxicomanie. La reconnaissance de la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues devient souvent évidente lorsque les femmes ont accès au soutien des fournisseurs de services communautaires ou de soins de santé.

  • Le fait qu'un professionnel de la santé entame une discussion sur les comportements toxicomanes est une bonne occasion d'apporter un changement positif.

  • Des techniques d'entrevue brève sont utiles pour améliorer la réceptivité au changement parce qu'elles favorisent la collaboration avec les clientes et les font participer au changement.

  • Des techniques d'entrevue motivationnelle sont souvent employées pour améliorer des approches d'intervention brève. Le but de ces techniques est d'aider les clientes à examiner leur ambivalence au sujet de leur consommation d'alcool et d'autres drogues.

  • Favoriser la collaboration des membres de la famille et des proches peut être capital pour inciter les clientes à entreprendre des services et à continuer d'y participer.

L'intervention précoce est appliquée aux premières étapes d'une « carrière de toxicomane » (Tait, 2000) et comprend l'identification initiale des personnes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues et des activités visant à éliminer les obstacles à la prestation de services essentiels (ministère de la Santé nationale et du Bien-être social, 1992; van der Walde et al., 2002). Bien que les efforts de prévention visent à éviter l'apparition de comportements à risque, l'intervention précoce vise à déterminer et cibler les personnes qui posent un risque mais qui ne démontrent pas de problèmes de dépendance (D'Onofrio et al., 1998b). Ces stratégies peuvent réduire la consommation d'alcool et d'autres drogues et les comportements à risque connexes avant qu'ils ne portent gravement atteinte aux principaux domaines de fonctionnement de la vie (D'Onofrio et al.; Tait), en s'attachant aux problèmes attribuables à la consommation et à d'autres problèmes de santé ou à des domaines psychosociaux de comorbidité d'intérêt (Tait; Brown, Parker et Godding, 2002). Des preuves donnent à penser que l'intervention précoce pourrait être plus efficace chez les personnes qui n'ont pas de longs antécédents de traitement puisqu'elle s'attache aux problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues avant qu'ils ne deviennent chroniques ou graves (Friedmann, Lemon, Stein et D'Aunno, 2003).

Pour concevoir des stratégies d'intervention précoce, il faut comprendre la situation propre à chaque cliente et adapter les services afin de favoriser l'accès rapide à un traitement. Étant donné la gamme des situations auxquelles les femmes à risque sont confrontées, il faut bien cibler leurs points forts ou leurs possibilités et entreprendre des interventions fondées sur les points forts, axées sur la recherche d'une solution et qui amènent la cliente à chercher à obtenir un changement positif. Les techniques d'entrevue brève sont utiles pour améliorer la réceptivité au changement parce qu'elles font collaborer les clientes, qu'elles les incitent à participer au changement et qu'elles les amènent à adopter des stratégies de réduction des méfaits (van den Bergh, 2000; van Wormer, 2002).

Dans bien des cas, la reconnaissance de la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues devient évidente lorsque les femmes ont accès au soutien d'autres fournisseurs de services communautaires dans des organismes de services sociaux et de santé (D'Onofrio et al., 1998a, 1998b; Tait, 2000). Ce sont souvent des professionnels communautaires et non des spécialistes de la toxicomanie, qui identifient au départ les femmes qui éprouvent ou qui risquent d'éprouver des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues. Les professionnels communautaires sont donc une ressource essentielle pour favoriser l'accès des femmes aux services dont elles ont besoin et ils jouent un rôle important dans la prestation d'une foule d'activités d'intervention précoce, notamment :

  • le dépistage et l'identification de la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues;

  • la diffusion de renseignements éducatifs et sur l'aiguillage;

  • la prestation de services de counselling par encouragement et d'interventions;

  • la coordination de l'aiguillage vers les bons programmes de traitement de la consommation (D'Onofrio et al.; Tait).

2.5.1 Dépistage de la consommation d'alcool et d'autres drogues

Les profils de consommation problématique d'alcool et d'autres drogues ne sont souvent pas faciles à déceler. Il se peut que les femmes ne saisissent pas bien la gravité de leur comportement de consommation actuel ou qu'elles ne soient pas au courant des conséquences et des risques connexes et qu'elles attendent qu'on leur pose des questions avant de fournir de l'information sur leur situation courante. Comme Haver et Franck (1997) l'ont constaté : « La consommation d'alcool devient une automédication. Parce qu'elles continuent à cacher leur problème d'alcoolisme - et que leur médecin ne leur pose habituellement pas de questions, ces femmes peuvent recevoir un traitement mal adapté ou aucun traitement » [TRADUCTION LIBRE ].

Un professionnel de la santé qui entame une discussion sur la consommation d'alcool et d'autres drogues donne à la personne l'occasion de réfléchir à la situation ou de modifier son comportement (Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999). Une vaste gamme de professionnels de la santé peuvent offrir des services de dépistage, notamment des médecins de famille, des infirmières praticiennes, des obstétriciens, des pédiatres, des sages-femmes, des infirmières de la santé publique, des membres du personnel offrant des services en santé mentale et d'autres fournisseurs de services qui conseillent les femmes dans le domaine de la santé ou des soins personnels (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; D'Onofrio et al., 1998a; Royal New Zealand College of General Practitioners). Les établissements correctionnels et de bien-être social sont aussi de bons endroits pour faire du dépistage (Zilberman et al., 2002).

Avantages du dépistage

Les programmes de dépistage constituent un aspect important d'une intervention précoce efficace. Il s'agit souvent de la principale méthode pour déceler les principaux facteurs qui sont liés à la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues. Les processus de dépistage sont utiles pour :

  • sensibiliser aux problèmes de santé et de consommation d'alcool et d'autres drogues;

  • donner des conseils sur les dangers liés aux niveaux de consommation;

  • aider la femme à identifier la consommation possiblement problématique d'alcool et d'autres drogues;

  • favoriser la discussion sur la nécessité de chercher un changement positif;

  • aiguiller la personne vers des services de traitement (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998).
Processus de dépistage

Les procédures de dépistage de la consommation d'alcool et d'autres drogues peuvent être incluses dans le processus d'accueil ordinaire ou s'ajouter aux entrevues d'admission initiale. Les questions de dépistage peuvent être aussi incorporées dans les entrevues d'évaluation de routine pour donner de l'information sur les antécédents médicaux ou le mode de vie (p. ex., régime alimentaire et exercice) (Heirich et Sieck, 2000; Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999). Il est impératif de répondre aux questions de dépistage en collaboration avec les clientes pour qu'elles se sentent à l'aise et en sécurité (SAMHSA, 2003).

Il faut expliquer aux femmes pourquoi ces questions sont posées et les informer des limites de la confidentialité. Les fournisseurs de services devraient aborder ces tâches sans poser de jugement et dans le but d'inciter et d'amener les femmes à chercher à faire des changements positifs dans leur vie (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998). Les fournisseurs de services devraient prendre soin de ne pas formuler les questions de manière à transmettre une évaluation morale du comportement ou des choix des clientes. Les questions devraient être formulées de manière à les respecter et être ouvertes afin d'encourager la discussion des problèmes de santé et des inquiétudes liées à la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues (Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999).

Mesures de dépistage standardisées

Plusieurs tests de dépistage standardisés et brefs se sont avérés utiles pour déterminer la consommation d'alcool et d'autres drogues courante et/ou antérieure. Ils nécessitent moins de temps que ceux des programmes d'évaluation plus complets (D'Onofrio 1998a) et comprennent :

  • CAGE : Abréviation de quatre questions clés : « cut down, annoyed, guilty, eye-opener » (réduire, agacé, coupable, révélateur). Ce test est conçu pour évaluer la consommation problématique d'alcool. L'outil CAGE-AID est propre à la consommation d'autres drogues.

  • Brief MAST - Michigan Alcohol Screening Test : Composé de 10 questions donnant un indice de la consommation abusive d'alcool ou de la dépendance à l'alcool.

  • AUDIT - Alcohol Use Disorders Identification Test : Questionnaire comportant 10 éléments conçus pour dépister la « consommation dangereuse ou nuisible d'alcool ».

  • TWEAK : Abréviation de cinq questions clés : « tolerance, worried, eye-opener, amnesia, 'kut' down » (tolérance, inquiet, révélateur, amnésie, réduire).

Zilberman et al. (2002) signalent que les tests AUDIT, TWEAK et T-ACE (abréviation pour « tolerance, annoyed, cut-down, eye-opener » ou tolérance, agacé, réduire, révélateur) sont des outils plus sensibles pour les femmes, surtout lorsque l'on a recours à des scores-seuils plus bas. Le test TWEAK est particulièrement sensible au dépistage des femmes pendant la période périnatale et il a été conçu au départ comme une mesure d'évaluation servant à identifier les « alcooliques enceintes et à risque » (D'Onofrio, 1998a; Zilberman et al.). Le test CAGE n'est pas valable auprès des adultes âgés, tout spécialement les femmes âgées (Adams, Barry et Fleming, 1996, cités dans Blow et Barry, 2002).

Dans un examen systématique des instruments servant au dépistage et aux évaluations brèves, Wild, Hodgins, Curtis et Thygesen (2003) recommandent que les instruments de dépistage communautaire comprennent les éléments du test TWEAK et du test AUDIT liés à la quantité et à la fréquence si ces renseignements sont voulus, des éléments du test CAGE-AID et des questions spécifiques de l'Enquête de surveillance de l'usage du tabac au Canada (ESUTC).

Le Fagerstrom Tolerance Questionnaire peut également être utilisé pour évaluer la dépendance à la nicotine (Grigsby et Cheever, 2004).

Organisation des approches de dépistage

D'Onofrio et al. (1998a) avancent qu'il n'existe pas de mesure de dépistage
« idéale » de la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues. Les pratiques de dépistage devraient incorporer des mesures qui sont suffisamment sensibles pour identifier le plus grand nombre possible de personnes qui profiteraient d'interventions brèves ou plus intensives. L'élaboration d'approches de dépistage doit tenir compte des différences entre les sexes et être sensible aux groupes culturels ou raciaux. Les fournisseurs de services devraient également être sensibles aux divers niveaux d'alphabétisation des clientes. Il se peut qu'il faille accorder plus de temps et apporter des mesures d'ajustement pour appuyer certaines clientes pendant les processus d'évaluation (Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999).

Les approches de dépistage doivent inclure des renseignements liés à la consommation problématique actuelle d'alcool et d'autres drogues. Les domaines d'enquête à examiner pendant l'accueil ou les entrevues d'évaluation sont :

  • le genre de drogues qui sont consommées;

  • la quantité et la fréquence de la consommation;

  • la possibilité de dépendance;

  • les problèmes découlant de la consommation d'alcool et d'autres drogues (Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999).

Selon d'autres lignes directrices liées à l'utilisation de questions sur le dépistage, il est important d'inclure des questions pratiques lorsqu'on parle avec les clientes. Le tableau 1 présente la liste de questions informelles qui pourraient être utiles pour obtenir des renseignements sur la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues.

Dépistage des femmes enceintes

Tait (2000) souligne qu'il est important de vérifier les stratégies de dépistage de la consommation problématique spécifique d'alcool et d'autres drogues chez les femmes enceintes. Il est capital d'offrir une intervention précoce pour réduire ou éviter les effets physiologiques liés à la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues tant chez la mère que chez l'enfant. La grossesse est une occasion exceptionnelle d'aborder les femmes, étant donné qu'elles souhaitent appuyer le développement sain de leur enfant (Zilberman et al., 2002). Des preuves démontrent que des interventions, même brèves, sont efficaces pour réduire la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les femmes enceintes (Manwell, Fleming, Mundt et al., 2000, cités dans Zilberman et al.).

Tableau 1 : Questions pratiques sur la consommation d'alcool et d'autres drogues

Outre les outils de dépistage, les questions suivantes sont des exemples qui illustrent une approche pratique des questions à poser sur la consommation d'alcool et d'autres drogues.

  • Combien de fois prenez-vous un verre contenant de l'alcool? Combien de verres contenant de l'alcool prenez-vous pendant une journée?

  • Y a-t-il des jours ou des moments de la semaine où vous buvez plus que d'habitude? Avez-vous déjà conduit après avoir bu?

  • Avez-vous déjà pris des drogues illégales?

  • Combien de fois avez-vous pris des drogues illégales pendant la dernière année?

  • Prévoyez-vous prendre encore des drogues illégales?

  • Avez-vous déjà pris des inhalants?

  • Combien de fois avez-vous pris des inhalants pendant la dernière année?

  • Prévoyez-vous prendre à nouveau des inhalants?

  • Prenez-vous des médicaments pour vous aider à dormir, contre l'anxiété ou la dépression, ou pour soulager la douleur? Depuis combien de temps prenez-vous ces médicaments? Les prenez-vous souvent? Prenez-vous habituellement la quantité de médicaments prescrite ou en prenez-vous parfois plus ou parfois moins?

  • Prenez-vous parfois des médicaments qui ont été prescrits à quelqu'un d'autre? Vous arrive-t-il d'échanger vos médicaments avec quelqu'un d'autre?

  • Avez-vous déjà obtenu un médicament sur ordonnance de plus d'un médecin sans que l'autre médecin le sache? Est-ce qu'un médecin est au courant de tous les médicaments que vous prenez, même si plusieurs médecins vous prescrivent des médicaments?

  • Vous arrive-t-il de prendre de l'alcool pendant que vous prenez aussi un médicament sans vérifier auprès d'un médecin?

  • Avez-vous des questions ou des inquiétudes au sujet de votre consommation d'alcool ou d'autres drogues?

  • Pensez-vous que vous prenez de l'alcool ou d'autres drogues pour faire face à des problèmes dans votre vie (stress, sentiments négatifs, relations)?

  • Avez-vous eu des problèmes ou subi des conséquences négatives
    (p. ex., dans vos relations, votre famille, au travail, au niveau de la santé ou de l'énergie) en raison de la consommation d'alcool ou d'autres drogues?

  • Est-ce que quelqu'un est inquiet au sujet de votre consommation d'alcool ou d'autres drogues?

  • Avez-vous déjà essayé de réduire votre consommation ou d'arrêter de consommer? Comment vous sentiez-vous?

  • Aimeriez-vous apporter des changements à votre consommation d'alcool ou d'autres drogues?

* Adaptation et traduction libre de la Fondation de la recherche sur la toxicomanie (1996)

Les processus de dépistage chez les femmes sont souvent plus efficaces lorsqu'ils accompagnent des programmes communautaires offrant des services de soutien social et de santé (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999). Le Groupe d'étude canadien sur les soins de santé préventifs recommande que des services de dépistage soient incorporés dans les examens de santé ordinaires des femmes enceintes ou de celles qui prévoient devenir enceintes (Groupe d'étude canadien sur les soins de santé préventifs, 2004). Selon la Déclaration conjointe : Prévention du syndrome d'alcoolisme foetal et des effets de l'alcool sur le foetus au Canada, les professionnels communautaires sont chargés du dépistage et de l'éducation des femmes et de leurs partenaires sur les conséquences éventuelles de la consommation d'alcool pendant la grossesse (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998).

2.5.2 Dépistage en vue de la réceptivité au changement

Le processus de dépistage des organismes de santé donne aux fournisseurs de services l'occasion de discuter de la consommation actuelle d'alcool et d'autres drogues et de son incidence sur divers aspects du fonctionnement de la vie des clientes. Haver et Franck (1997) ont remarqué que les femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool cherchent souvent à obtenir du soutien pour des problèmes de santé liés à leur dépendance, comme les troubles du sommeil, de l'alimentation et de l'humeur, ainsi que des maladies psychosomatiques. Les femmes qui sont identifiées pendant des entrevues de dépistage de la santé peuvent ne pas vouloir obtenir ou ne pas s'attendre à obtenir un soutien en ce qui touche leur consommation d'alcool ou d'autres drogues. Elles peuvent également être peu enclines à envisager les problèmes liés à leur consommation ou à la considérer comme étant problématique. Toutefois, certaines peuvent démontrer une certaine connaissance ou inquiétude quant à leur profil de consommation d'alcool et d'autres drogues.

Pendant les processus de dépistage, il faut recueillir de l'information sur la nature et la prévalence de la consommation d'alcool et d'autres drogues et la réceptivité au changement de la cliente (D'Onofrio 1998b; Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999). La réceptivité au changement est utile pour organiser les interventions visant la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues (D'Onofrio et al.). Un modèle largement utilisé pour comprendre et évaluer la réceptivité au traitement, les étapes du changement, a été conçu par Prochaska et DiClemente en 1986 (D'Onofrio et al.). Ces auteurs ont conceptualisé une série d'étapes que suit une personne pour régler divers problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues.

Étape antérieure à la prise de conscience : Pendant cette étape, il se peut que la personne ne soit pas consciente que sa consommation d'alcool et d'autres drogues est problématique ou qu'un changement est nécessaire. Les fournisseurs de services communautaires ou les membres de la famille peuvent également remarquer les effets négatifs découlant des profils de consommation actuelle ou en prendre conscience. Pour que la personne fasse des démarches afin d'apporter un changement significatif, elle peut avoir besoin de plus de rétroaction et de sensibilisation avant de reconnaître les conséquences liées à la consommation continue d'alcool et d'autres drogues (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; D'Onofrio et al., 1998b; SAMHSA, 2003).

Étape de la prise de conscience : Cette étape comprend une période d'ambivalence au cours de laquelle la personne saisit les raisons éventuelles en faveur de la réduction ou de l'arrêt de la consommation d'alcool ou d'autres drogues ou contre cette réduction ou cet arrêt. C'est à ce moment du processus de réceptivité au changement que les techniques d'entrevue motivationnelle et d'intervention brève servent à renforcer son engagement et sa transition ultérieure vers un changement positif (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; D'Onofrio et al., 1998b; SAMHSA, 2003).

Étape de la préparation : Pendant cette étape, les fournisseurs de services communautaires ou les professionnels de la santé aident la personne à identifier des stratégies précises pour en venir à un changement positif. Ces approches peuvent comprendre l'aiguillage vers des services communautaires clés et l'identification d'approches fondées sur des preuves qui répondent à ses besoins en traitement particuliers (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B.; 1998; D'Onofrio et al., 1998b; SAMHSA, 2003).

Étape de l'action : Pendant cette étape, la personne prend des mesures particulières pour faire un changement et modifier son profil de consommation d'alcool et d'autres drogues. Bien que les activités liées à cette étape comprennent un engagement envers un changement positif, ces efforts ne garantissent pas qu'ils seront maintenus pendant de longues périodes (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; D'Onofrio, et al., 1998b; SAMHSA, 2003).

Étape du maintien : Pendant cette étape, des mesures précises sont prises pour appuyer et maintenir les efforts positifs entrepris pendant l'étape de l'action. C'est pendant cette période que des stratégies de prévention des rechutes sont élaborées (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; D'Onofrio et al., 1998b, SAMHSA, 2003).

Le modèle des étapes du changement est un cadre de collaboration avec les clientes qui sont réceptives au changement ou qui ne sont pas encore ouvertes au changement. Bien que la prise de mesures ne soit décrite qu'à une étape, les répercussions découlant de l'amélioration de la motivation à apporter un changement positif sont évidentes à chaque étape. Babor et Higgins-Biddle (2001) soulignent l'importance de faire correspondre les niveaux de motivation des clientes à des stratégies d'intervention connexes pour faciliter leur engagement et leur action ultérieure envers le changement. D'Onofrio et al. (1998b) recommandent le recours à la « règle de la
réceptivité », soit demander à la cliente de classer, sur une échelle de « 1 » à « 10 », l'importance qu'elle accorde au changement de sa consommation actuelle d'alcool et d'autres drogues. Sur cette échelle, « 1 » signifie non important et « 10 », très important. Les personnes qui obtiennent une note entre « 1 » et « 3 » sont identifiées comme étant à l'étape « antérieure à la prise de conscience », tandis que celles qui obtiennent de « 4 » à « 6 » sont considérées être à l'étape de la « prise de conscience ». Celles qui obtiennent plus de « 6 » sont considérées être prêtes au changement. D'autres théoriciens disent utiliser des questions multiples dans un questionnaire conçu pour des problèmes précis attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues (Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999). Après l'évaluation du niveau de réceptivité au changement et du degré de consommation problématique d'alcool et d'autres drogues, une stratégie d'intervention peut être formulée et appliquée (D'Onofrio et al., 1998b; Miller, 1999).

2.5.3 Interventions brèves

Des interventions brèves sont utilisées de façon stratégique selon le niveau de motivation courant de la cliente. Ces interventions sont définies comme une
« force d'influence entre » les clientes et leur consommation problématique d'alcool et d'autres drogues. Elles visent à « se situer entre la personne et sa consommation » en l'aidant à reconnaître et à évaluer les effets négatifs de la consommation continue d'alcool et d'autres drogues. Comparativement aux approches de traitement traditionnelles selon lesquelles les clientes doivent s'autoaiguiller et indiquer qu'elles ont besoin d'un traitement, les approches d'intervention brève comprennent des processus permettant d'identifier la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues et d'en envisager les con-séquences dans une multitude de milieux communautaires liés à la santé (D'Onofrio et al., 1998b).

Les interventions peuvent durer de 5 à 15 minutes. Habituellement, elles comprennent une brève évaluation du niveau de consommation de la cliente, des données sur sa consommation actuelle comparativement à d'autres et des conseils simples ou des discussions sur les conséquences de la consommation continue et sur des stratégies éventuelles de réduction des méfaits. L'application d'interventions brèves est généralement adaptée aux divers niveaux de réceptivité au changement. On reconnaît les avantages de cette méthode parce qu'elle peut être employée sans nécessiter un grand engagement envers le changement (ministère de l'Enfance et de la Famille de la C.-B., 1998; D'Onofrio, et al., 1998b; Royal New Zealand College of General Practitioners, 1999).

Des études cliniques appuyant l'efficacité des interventions brèves ont été documentées en Amérique du Nord et à l'échelle internationale. Bon nombre sont axées sur l'utilité des interventions brèves pour réduire la consommation problématique d'alcool dans une foule de milieux communautaires et de la santé (Babor et Higgins-Biddle, 2001). Le tableau 2 présente un résumé de plusieurs études qui appuient l'efficacité des interventions brèves.

Tableau 2 : La preuve de l'intervention brève

La preuve de l'intervention brève

Au cours des 20 dernières années, plusieurs essais cliniques sur échantillon aléatoire des interventions brèves ont été réalisés dans une foule de milieux de soins de santé. Des études ont été effectuées en Australie, en Bulgarie, au Mexique, au Royaume-Uni, en Norvège, en Suède, aux États-Unis et dans de nombreux autres pays. La preuve de l'efficacité des interventions brèves est résumée dans plusieurs exposés de synthèse, notamment les suivants :

Dans l'un des premiers exposés de synthèse, Bien et al. (1993) ont examiné 32 études cliniques réalisées auprès de plus de 6 000 patients et ont constaté que les interventions brèves étaient souvent aussi efficaces que des traitements plus longs. « Il est encourageant de constater qu'on peut réussir à modifier le cours de la consommation nuisible d'alcool grâce à des stratégies d'intervention bien conçues qui sont réalisables dans le contexte de contacts relativement brefs, comme dans les milieux de soins de santé primaires et les programmes d'aide aux employés. »

Kahan et al. (1995) ont examiné 11 essais d'interventions brèves et concluent que, bien que d'autres recherches sur des questions précises soient nécessaires, l'impact des interventions brèves sur la santé publique est possiblement énorme. « Étant donné la preuve de l'efficacité des interventions brèves ainsi que les heures et les efforts minimums qu'elles nécessitent, il est conseillé aux médecins de mettre en oeuvre ces stratégies dans la pratique. »

Douze essais cliniques comparatifs sur échantillon aléatoire ont été examinés par Wilk et al. (1997), qui ont conclu que les buveurs recevant une intervention brève avaient deux fois plus de chances de réduire leur consommation d'alcool sur une période de 6 à 12 mois que ceux qui n'avaient reçu aucune intervention. « L'intervention brève est une mesure préventive efficace et peu coûteuse pour les buveurs excessifs en milieu externe. »

Moyer et al. (2002) ont examiné des études comparant l'intervention brève à des groupes témoins non traités et à des traitements prolongés. Ils ont constaté « une autre preuve positive » de l'efficacité de l'intervention brève, surtout chez les patients dont les problèmes étaient moins graves. Faisant la mise en garde que l'intervention brève ne devrait pas remplacer un traitement spécialisé, ils avancent qu'elle pourrait très bien être un traitement initial pour les patients très dépendants qui cherchent un traitement prolongé.

* Traduction libre de Babor et Higgins-Biddle, 2001.