Le but du présent projet est de présenter des lignes directrices sur les meilleures pratiques liées à l'intervention précoce, aux services d'approche et aux liens communautaires à l'intention des femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues. Le projet a été instauré par Santé Canada dans le cadre du plan de recherche élaboré par le Groupe de travail fédéral, provincial et territorial pour le Cadre de responsabilisation et d'évaluation (Groupe de travail TRAT).
Le rapport se divise en cinq grandes parties :
Les cliniciens et les chercheurs reconnaissent qu'il est important d'être sensible aux dif-férences entre les sexes et à leurs besoins parti-culiers pendant l'élaboration et la prestation de services de traitement destinés aux femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues. Les femmes sont différentes des hommes de par leur profil et le moment où elles commencent à consommer de l'alcool ou d'autres drogues.
D'après l'Enquête sur les toxicomanies au Canada (ETC) (Adlaf, Begin et Sawka, 2005), entreprise en 2004 auprès de Canadiens et Canadiennes âgés de plus de quinze ans, les hommes continuent à avoir des taux de consommation d'alcool et drogues illicites plus élevés que les femmes. Néanmoins, les indicateurs suivants démontrent que la consommation d'alcool demeure une préoccupation pour les femmes : 76.8% des femmes ont bu de l'alcool au cours des douze derniers mois (comparative-ment à 82% des hommes); 32.8% des femmes ont bu de l'alcool au moins une fois par semaine (comparativement à 55.2% des hommes); 8.8% des femmes ont bu au moins cinq verres d'alcool par occasion (comparativement à 23.2% des hommes); et 3.3% des femmes ont bu un minimum de cinq verres par occasion au moins une fois par semaine (comparativement à 9.2% des hommes). De plus, 7.1% des femmes ont rapporté avoir subi, au cours des douze mois précédents, au moins un méfait de leur propre consommation d'alcool et 32.6% des femmes ont rapporté avoir subi au moins un méfait de la consommation d'alcool par les tiers.
En ce qui a trait aux substances illicites, 10.2% des femmes ont déclaré avoir fait l'usage de cannabis au cours des douze derniers mois (comparativement à 18.2% des hommes) et 1.8% des femmes ont déclaré avoir consommé l'une des cinq drogues illicites (cocaïne, speed, hallucinogènes, ecstasy et héroïne) au cours des douze derniers mois (comparativement à 4.3% des hommes) (Adlaf et al., 2005).
L'intervention précoce comprend à la fois l'identification initiale des personnes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues et des activités d'intervention précises visant à éliminer les obstacles éventuels à la prestation de services essentiels. Pour concevoir des stratégies d'inter-vention, il faut comprendre la situation propre à chaque cliente et adapter les services pour favoriser l'accès rapide au traitement dont elle a besoin.
Les services d'approche destinés aux femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues comprennent la rencontre des clientes dans leur propre milieu pour les inciter à participer à un traitement ou les aider à accéder à d'autres services dont elles ont besoin. Les activités d'approche cherchent à établir des liens avec les femmes qui sont connues comme ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues ou qui sont à risque de développer de tels problèmes.
Il faut tenir compte des liens communautaires tant au niveau de la cliente que du système. Au niveau de la cliente, il s'agit d'assurer l'aiguillage vers des services qui répondent aux problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues et à d'autres besoins de base et de santé connexes. Les applications systémiques comprennent la collaboration et la coordination accrues entre les fournisseurs de services pour optimiser l'utilisation des ressources limitées et assurer la prestation de services multidisciplinaires afin de répondre aux besoins des femmes et des membres de leur famille.
Les stratégies d'intervention précoce et des services d'approche nécessitent la compréhension de la situation et des besoins de chaque cliente ou groupe de clientes pour adapter les services et inclure des mesures de soutien pertinentes. Le but est de réduire les problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues et d'améliorer la santé générale et le fonctionnement social.
Les besoins de base, notamment des ressources suffisantes prenant la forme d'aliments, de vêtements ou de logement, doivent être comblés en conjonction avec les efforts d'approche et d'intervention précoce.
La peur de perdre la garde de leurs enfants est un obstacle important à la recherche de services de traitement dont les femmes ont besoin. Cette inquiétude devrait être prise en compte en fonction des différences entre les sexes dans les efforts d'intervention précoce et d'approche.
Les services destinés aux femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues sont souvent limités dans les collectivités rurales. Les groupes de soutien locaux, les lignes d'assistance et les services Internet pourraient être une façon viable d'établir des liens avec les femmes en région éloignée et de les relier par la suite à des services d'intervention précoce.
Des psychotropes, notamment des tranquil-lisants et des analgésiques, sont prescrits à des femmes plus souvent qu'à des hommes et le risque d'éprouver des problèmes liés à la prise de médicaments sur ordonnance est plus grand chez les femmes. Les fournisseurs de soins de santé devraient tenir compte de la vulnérabilité possible des femmes au mauvais usage des médicaments sur ordonnance. Le cas échéant, d'autres approches de gestion du stress et de l'anxiété, sans médicaments, devraient être adoptées.
Il faudrait être sensible aux cultures au moment d'élaborer des stratégies d'approche et d'intervention précoce. Pour les femmes autochtones, les membres de la collectivité, les dirigeants et les professionnels peuvent être des sources importantes de soutien et ils peuvent jouer un rôle inestimable dans la prestation des services.
Les questions de dépistage devraient être remplies en collaboration avec les clientes de manière à ce qu'elles se sentent à l'aise et en sécurité. Les fournisseurs de services communautaires et de soins de santé devraient aborder ces questions sans jugement, en faisant preuve de respect et d'ouverture pour discuter des questions de santé et des inquiétudes sociales liées à la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues.
Au moment de remplir des questionnaires de dépistage, les fournisseurs de services devraient être attentifs aux niveaux d'alphabétisation des clientes, leur accorder plus de temps et apporter des mesures d'ajustement, le cas échéant.
Les domaines d'enquête des entrevues d'approche ou d'évaluation devraient comprendre : le début, les types d'alcool ou d'autres drogues consommés et les profils de consommation; la situation et les conséquences liées à la consommation; la connaissance du niveau de consommation et la réceptivité des clientes au changement; ainsi que les liens des clientes avec les services communautaires et les programmes d'intervention.
Ce sont souvent les fournisseurs de services communautaires et les professionnels de soins de santé, plutôt que les spécialistes de la toxico-manie, qui identifient au départ les femmes qui éprouvent, ou qui risquent d'éprouver, des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues. Les médecins de famille, les infirmières praticiennes, les infir-mières, les infirmières de la santé publique, les obstétriciens, les pédiatres, les sages-femmes, le personnel chargé de la santé mentale et d'autres fournisseurs de services, qui conseillent les femmes sur la santé ou les soins personnels, sont bien placés pour faire le dépistage de la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues. Ils constituent donc une ressource inestimable pour favoriser l'accès aux services nécessaires.
La théorie sur les étapes du changement de Prochaska et DiClemente est un cadre pratique pour comprendre et évaluer la réceptivité au traitement. Ce modèle appuie la création d'alliances de collaboration avec les clientes qui sont à divers niveaux de réceptivité au changement et il est souvent appliqué en conjonction avec des stratégies d'interventions brèves et d'entrevue motivationnelle.
Les interventions brèves et les techniques d'entrevue motivationnelle sont des méthodes utiles pour améliorer la réceptivité au changement. Étant donné les preuves de l'efficacité possible des interventions brèves et le peu de temps qu'il faut pour les mettre en oeuvre, les fournisseurs de soins de santé et d'autres services sont bien placés pour appliquer ces stratégies. Bien que les interventions brèves ne doivent pas être utilisées pour remplacer des services de traitement plus intensifs, il peut s'agir de stratégies initiales efficaces pour faire participer les clientes ayant une dépendance plus grave.
Des recherches récentes appuient l'utilisation des stratégies d'intervention précoce dans les programmes de santé en milieu de travail. Celles-ci peuvent inclure des messages éducatifs sur la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues, ainsi que des renseignements généraux sur la santé, le régime alimentaire et l'exercice.
Il est capital de tenir compte du milieu de vie naturel des clientes lorsqu'on planifie et met en oeuvre des programmes d'approche. L'emplacement ou le milieu possible peut inclure les maisons d'hébergement, les programmes d'aide aux employés, les centres de santé, les centres communautaires, les prisons, les établissements psychiatriques, les cabinets de médecin et les programmes éducatifs communautaires.
Des services d'approche peuvent également être donnés en collaboration avec des programmes d'éducation communautaires, comme le perfec-tionnement personnel, le rôle parental, la préparation à l'emploi, l'établissement du budget, l'estime de soi, l'alimentation, la gestion du stress, l'affirmation de soi et les relations interpersonnelles.
Les services d'approche fournis grâce à des programmes d'accueil, des services de traitement mobiles et des travailleurs de rue augmentent l'accès aux services en offrant des heures d'ouverture flexibles dans des endroits accessibles. Ils peuvent être tout particulièrement importants pour les femmes qui travaillent dans la rue, qui sont sans abri ou qui utilisent des drogues par injection.
Les services d'approche sont plus efficaces lorsque la confiance a été établie et maintenue pendant plusieurs rencontres ou séances brèves. Cela peut être un élément tout particulièrement important pour les groupes qui posent un risque élevé, comme les femmes s'adonnant au commerce du sexe.
Les activités d'approche devraient inclure la diffusion de renseignements sur la santé, de l'éducation sur les stratégies de réduction des méfaits, de l'information sur les ressources et programmes communautaires, l'identification des stratégies d'accès à ces services et, le cas échéant, l'accompagnement des clientes à leur premier rendez-vous.
Des recherches récentes ont fait ressortir l'im-portance de mettre à la disposition des femmes des approches de programmes propres à chaque sexe. Ces programmes peuvent offrir aux femmes la possibilité de partager leur expérience dans un milieu où elles se sentent en sécurité sur le plan affectif, d'interagir avec des modèles de rôle positifs et d'établir des réseaux de soutien.
Les femmes éprouvent souvent de la honte et de la culpabilité au sujet de leur consommation problématique d'alcool et d'autres drogues, ce qui mine leur estime de soi, réduit leur espoir et les pousse à continuer à consommer. Les services de counselling devraient tenir compte de ces sentiments lorsqu'une intervention précoce est offerte aux femmes.
L'absence de réseaux sociaux pour aider les femmes ayant des responsabilités familiales et la garde d'enfants peuvent les empêcher d'entrer en contact avec des programmes de traitement, même lorsque ceux-ci sont offerts dans la collectivité. Selon des recherches, l'accès à des services de garde favorise la participation au traitement et améliore les résultats.
Les inquiétudes des membres de la famille peuvent être un important facteur qui pousse les femmes à chercher à se faire traiter. La thérapie familiale peut être bonne pour éduquer et appuyer les membres de la famille afin qu'ils apprennent des façons de réagir qui aident les femmes pendant le processus de traitement. Les membres des familles peuvent également être en mesure d'apporter des ressources réelles, comme le transport et la garde des enfants.
Les perceptions sociales et la désapprobation de la consommation d'alcool et d'autres drogues par les femmes peuvent réduire le désir des clientes de chercher à obtenir des services de réadaptation. Le fait de sensibiliser les employeurs, les membres de la collectivité et les fournisseurs de soins de santé primaires et d'augmenter leur compréhension peuvent réduire les obstacles sociaux perçus qui sont liés à l'accès au traitement.
Pour faire un bon aiguillage, les fournisseurs de services doivent connaître la gamme des services et des programmes qui sont offerts dans la collectivité et savoir comment y avoir accès. Les centres de traitement qui offrent des services aux femmes devraient établir de solides liens d'aiguillage et de collaboration avec les refuges communautaires et les services de counselling en violence familiale.
Les ententes de services ou les protocoles d'entente liés à l'aiguillage interorganismes et les protocoles de traitement sont jugés utiles pour améliorer la collaboration et la coordination entre les fournisseurs de services. Ces efforts aident à optimiser l'utilisation des ressources limitées et garantissent que la prestation des services continue de répondre aux besoins des femmes et des membres de leur famille.
Les experts de la toxicomanie jouent un rôle consultatif capital auprès des fournisseurs de services et de soins de santé communautaires. La consultation peut comprendre la diffusion de renseignements éducatifs ou des séances de formation officielle sur les approches de dépistage de la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues et des stratégies sur la réduction des méfaits.
Les stratégies de gestion de cas aident à organiser et à intégrer les services destinés aux femmes. Les approches devraient amener les clientes à être des collaboratrices actives de l'élaboration et de la mise en oeuvre des priorités de leur plan de gestion de cas.
Pendant les périodes de transition entre des traitements, les femmes éprouvent plus de stress et sont plus sensibles à la rechute, ce qui les ramènerait à leurs anciens profils de consommation d'alcool et d'autres drogues. Les services de soutien qui pourraient être utiles pendant les périodes de changement comprennent les centres d'accueil, le counselling externe, les possi-bilités de réadaptation à long terme, les maisons de soutien de « transition », les programmes de logement de transition, les services de soutien à domicile et les programmes familiaux.
La présente recherche fait ressortir les domaines liés à l'intervention précoce, aux services d'approche et aux liens communautaires qui justifient des recherches plus poussées. Ces domaines comprennent : 1) l'origine ethnique et la consommation problématique d'alcool et d'autres drogues; 2) l'efficacité des stratégies de rétablissement sur Internet; 3) l'évaluation des modèles de prestation de services intégrés et de leur rentabilité.