Il est impérieux que les gouvernement fédéral, provinciaux et territoriaux adoptent des mesures immédiates faisant partie d'un cadre touchant les éléments suivants : la prévention; l'accès aux services; la recherche, la surveillance et la diffusion des connaissances; le traitement et la réadaptation; le leadership et la coordination. Ce cadre favorise l'élaboration et l'amélioration de stratégies et de mesures touchant différents niveaux afin de réduire les méfaits associés à l'usage des drogues par injection au Canada. Il est important de les adapter aux besoins de diverses collectivités, compétences et populations d'utilisateurs de drogues injectables. L'annexe C contient une approche globale comportant des mesures immédiates et des mesures à long terme.
La prévention constitue un élément essentiel de toute approche globale en matière de l'usage inapproprié d'alcool et d'autres drogues. La prévention peut réduire, à long terme, l'incidence de cet usage inapproprié et de l'usage de drogues par injection. Les stratégies de prévention (notamment la sensibilisation du public, l'éducation, le perfectionnement professionnel, le marketing social, l'action communautaire et l'élaboration de politiques) permettent, au fil du temps, de transformer les attitudes, les connaissances, les comportements et les conditions sociales de manière à réduire les risques que les gens, surtout les jeunes, ne commencent à consommer de l'alcool ou d'autres drogues de façon inappropriée ou à s'y adonner de façon encore plus néfaste, notamment par injection.
L'accès aux soins et services fait partie intégrante de la réduction des méfaits. Ce sont les pairs, par le travail de milieu, qui sont les plus susceptibles de pouvoir rejoindre les gens ayant des problèmes de drogue. Ce sont souvent les personnes les plus crédibles et les plus fiables pour transmettre à ces derniers l'information devant permettre de réduire les risques associés à l'usage des drogues et de les mettre en relation avec les services sociaux, les services de santé et de toxicomanie. Les pairs sont également les mieux placés pour fournir des recommandations aux groupes et aux réseaux d'utilisateurs de drogues.
Il faut réduire les comportements à risque particulièrement élevé associés à l'usage des drogues par injection, notamment les comportements pouvant conduire au VIH, à l'hépatite B et à l'hépatite C (par le partage de seringues) et aux surdoses. Les programmes d'échange de seringues constituent un exemple classique de travail de milieu. Ces programmes permettent l'échange de millions d'aiguilles et de seringues chaque année au Canada. La prémisse de ces programmes est que les personnes qui s'injectent des drogues partagent des seringues et d'autres accessoires d'injection, ce qui constitue un mode fréquent de transmission du VIH, des virus de l'hépatite B et de l'hépatite C et d'autres infections transmissibles par le sang. Les programmes d'échange de seringues transmettent des messages éducatifs sur les risques pour la santé que représente l'injection de drogues; des trousses de désinfection à l'eau de Javel, des conseils, des recommandations, du soutien et d'autres services sont aussi offerts. La facilité d'échanger les seringues n'a pas entraîné une usage accrue des drogues. Les programmes d'échange de seringues ont cependant permis de réduire le nombre d'échanges de seringues entre les utilisateurs, ont conduit de nombreux utilisateurs de drogues vers des services de santé, de toxicomanie et de soutien, ont réduit le taux d'exposition professionnelle du personnel des services correctionnels et ont permis de mettre hors d'usage les seringues usagées.
Les programmes communautaires d'échange de seringues au Canada constituent l'une des stratégies importantes de l'approche axée sur la réduction des méfaits associés à l'usage des drogues par injection. Il est cependant essentiel de les améliorer, de les étendre, particulièrement aux communautés rurales, et d'envisager la mise sur pied de projets pilotes dans les établissements des services correctionnels. Malgré les préoccupations exprimées par les clients et le personnel des programmes d'échange de seringues concernant les services de police, on remarque que, dans l'ensemble, les services de santé et les services de police travaillent bien ensemble. Il faut cependant connaître ces préoccupations et s'assurer que ces deux services travaillent à l'atteinte d'objectifs complémentaires.
Malgré l'accessibilité de programmes d'échange de seringues au Canada, l'injection elle-même de drogues peut se faire dans un environnement qui ne soit pas sécuritaire ni hygiénique, ce qui augmente les risques de surdose et d'infection. Il existe, dans certains pays, des sites d'injection supervisésj visant à réduire ces risques. Ce sont des sites acceptés sur le plan juridique avec supervision médicale conçus pour offrir aux personnes qui s'injectent des drogues un environnement sécuritaire et hygiénique. Ces sites servent à réduire les dangers inhérents aux pratiques d'injection dangereuses et à contrer les problèmes d'ordre public associés à l'usage illégal de drogues par injection; ils sont considérés comme étant un service de bas seuil souvent enchâssé dans une stratégie de réduction des méfaits. Il existe des données d'évaluation positive provenant de pays qui ont expérimenté et mis en place des sites d'injection supervisés. Certains de ces résultats indiquent une diminution du taux de surdose, du nombre de seringues qui se retrouvent dans l'environnement, du nombre de personnes qui s'injectent des drogues en public et de la criminalité. Il y a de nombreuses discussions sur l'efficacité, la faisabilité et les possibilités d'application de ces sites au Canada.
Le vaste milieu des politiques sociales et économiques du Canada devrait reconnaître que la toxicomanie et l'usage de drogues constituent un obstacle à la croissance, à la cohésion sociale et à la santé de la population. Il est important que chaque citoyen capable de participer à la société et à l'économie fasse en sorte que les personnes éprouvant des problèmes d'usage inapproprié et d'usage de drogues par injection reçoivent des soins immédiats et prodigués avec compassion.
Un élément essentiel d'une réponse globale à l'usage des drogues par injection est la disponibilité de tout un éventail de traitements possibles et leur accessibilité. Les choix offerts devraient reposer sur des preuves d'efficacité tout en reconnaissant l'importance d'inclure une gamme de services et de philosophies d'intervention (notamment le counselling, l'aide entre pairs, la désintoxication, la réadaptation, la référence et la coordination des services, les services communautaires et le logement).
Le traitement par la méthadone, lequel renferme toute une gamme de soutiens auxiliaires, est un moyen efficace de réduire l'usage des drogues par injection, le partage de seringues, les méfaits associés à l'injection d'opiacés et les activités criminelles. Compte tenu du fait que le taux d'usage de drogues illicites, le taux de mortalité et le taux de transmission d'infections comme le VIH et l'hépatite C ont atteint des proportions énormes, il est urgent de rendre le traitement par la méthadone plus disponible et plus accessible, y compris dans les établissements correctionnels et dans les secteurs ruraux. Il faut également s'assurer que le traitement d'entretien à la méthadone soit étroitement lié aux services de santé complémentaire, aux services sociaux et aux services de toxicomanie. Ces services renferment souvent des services de conseils, de formation professionnelle et des services d'aide pour le retour à l'école.
Certains pays possédant une infrastructure de services de traitement par la méthadone hautement élaborés ont découvert qu'une importante proportion d'héroïnomanes continue de résister ou demeurent réfractaires à ce mode de thérapie. Ces personnes sont, pour la plupart, des utilisateurs d'héroïne depuis longtemps, ont connu de nombreuses rechutes avec le traitement par la méthadone et sont souvent reconnus comme étant des malades psychiatriques. Il est important de souligner que, même dans les pays qui utilisent l'héroïne pour traiter une population choisie, le traitement d'entretien à la méthadone continue d'être la meilleure option pour la majorité des clients.
Les recherches sur les toxicomanies et celles qui sont axées sur l'usage des drogues par injection en particulier sont indispensables pour conserver une base solide de preuves qui reflètent nos connaissances sur la prévalence de l'usage des drogues de même que sur les tendances, sur les pratiques exemplaires et sur les résultats des divers programmes. Il est particulièrement important que nous suivions de près les approches novatrices et alternatives qui sont mises de l'avant, expérimentées et adoptées à l'étranger. Il est ainsi possible d'en apprendre davantage sur les diverses possibilités d'élaboration des programmes et des services de même que sur les méthodes alternatives d'exécution des programmes existants, y compris la variation des seuils d'admissibilité.
Il existe une coordination et une collaboration notables à l'échelle nationale à l'égard de l'usage inapproprié d'alcool et d'autres drogues, du VIH/sida, de l'hépatite C et à l'égard d'autres questions liées à l'usage des drogues par injection par l'entremise de groupes de travail interministériels, de comités fédéraux/provinciaux/territoriaux, etc. Il faut cependant que les liens entre les mécanismes existants soient renforcés pour que la collaboration et le dialogue continuent d'être centrés sur la question à facettes multiples de l'usage de drogues injectables.
Par exemple, pour se concentrer sur la réduction des méfaits associés à l'usage des drogues par injection, il faut établir de solides partenariats entre le secteur de la santé et celui de l'application de la loi. Cette collaboration permet de réduire les tensions, de développer des synergies et de veiller à ce que les deux secteurs travaillent ensemble à l'atteinte d'objectifs qui se complètent. Les activités de chaque secteur ne doivent pas entraver celles de l'autre. En fait, cette collaboration entre les secteurs de la santé et de l'application de la loi aux niveaux national, provincial et territorial est crucial pour réduire les méfaits associés à l'usage des drogues par injection.
Une initiative, Partenariat des secteurs de la santé et des services de police (PSSSP), à laquelle prennent part des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux, favorise la coopération entre les secteurs de la santé et des services de police à l'échelle nationale, provinciale, territoriale et locale.
j Dans certains pays, ces sites sont appelés sites de « consommation » supervisée étant donné que les drogues peuvent être consommées autrement que par injection.
k Les pairs et les organismes de réglementation doivent réviser et approuver les propositions d'essais cliniques avant leur mise en oeuvre.