On a établi un lien entre la clarté des politiques des programmes et un meilleur taux de maintien en traitement (Ball et Ross, cités dans Lowinson et coll., 1997, 412). Les règles des programmes doivent être communiquées clairement aux client(e)s ou patient(e)s et appliquées de façon uniforme. Les politiques des programmes, ainsi que les messages sous-jacents qu'elles transmettent, doivent être conformes à une orientation du traitement axée sur l'entretien et favoriser une approche axée sur les client(e)s ou patient(e)s, sur l'élimination des obstacles et sur la réduction des méfaits des drogues. Les sections ci-dessous résument d'importants facteurs pouvant s'appliquer à quelques-un des principaux aspects des politiques des programmes, notamment :
Étant donné les nombreux avantages possibles du traitement d'entretien à la méthadone, ainsi que les coûts personnels et sociaux de l'absence de traitement25, les politiques des programmes devraient encourager et faciliter l'admission au traitement. Les critères d'admissibilité devraient être aussi ouverts que possible, en tenant compte des ressources disponibles, et permettre un accès rapide au traitement d'entretien à la méthadone. Dans une situation idéale, toutes les personnes susceptibles de profiter des avantages personnels et sociaux du traitement de la dépendance aux opiacés devraient être admissibles.
Les programmes doivent établir qu'une personne est physiquement dépendante à l'égard des opioïdes avant d'entreprendre le traitement d'entretien à la méthadone. Par exemple, au Canada, l'efficacité du traitement d'entretien à la méthadone est généralement reconnue pour le traitement des personnes dont l'état est conforme aux critères du DSM-IV pour la dépendance aux opiacés. À l'intérieur des différents secteurs de compétence et des divers programmes du Canada, d'autres critères variés peuvent s'appliquer, se rapportant par exemple à l'âge d'admissibilité.
Consentement éclairé
Conformément aux normes de l'éthique de la pratique de la médecine, les client(e)s ou patient(e)s doivent être avisé(e)s de l'existence des autres choix de traitement qui leur sont disponibles. Ils(elles) doivent également être renseigné(e)s sur les conséquences, ainsi que les risques possibles, du traitement d'entretien à la méthadone et les praticiens devraient s'assurer que les client(e)s ou patient(e)s comprennent clairement la signification des risques et ses conséquences. Les programmes doivent aussi fournir aux client(e)s ou patient(e)s une information claire au sujet du programme particulier qu'ils(elles) entreprennent.

L'évaluation fait partie du processus d'amorçage du traitement, mais elle est aussi un processus continu pendant toutes les étapes du traitement, c'est-à-dire l'évaluation d'admission, la stabilisation au moyen de la méthadone, l'entretien à la méthadone et la période suivant l'abandon de la méthadone (le cas échéant).
On a constaté que le premier contact avec une agence de traitement exerce une forte influence sur la qualité de la relation thérapeutique subséquente (Bell et coll., Kauffman et Woody; Langrod; Miller et Rollnick; Woody et coll., cités dans Ward et coll., 1998a, 196). L'évaluation initiale est donc une bonne occasion d'établir des relations de travail de qualité avec les client(e)s ou patient(e)s et de déterminer leurs objectifs et leurs besoins. Les étapes subséquentes de l'évaluation devraient aider à renforcer les relations entre les client(e)s ou patient(e)s et les membres de l'équipe responsable du programme.
L'évaluation offre également l'occasion de fournir aux client(e)s ou patient(e)s de l'information sur le traitement d'entretien à la méthadone et sur le programme lui-même. On doit décrire clairement les politiques et les attentes du programme et fournir aux client(e)s ou patient(e)s le plus possible de renseignements, afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées au sujet de leur acceptation ou de leur refus du traitement, de sa poursuite et du niveau de services à demander. Le processus d'évaluation est aussi une occasion d'aider à motiver les client(e)s ou patient(e)s à modifier et améliorer leur réceptivité au traitement. Une expérience positive au moment de l'évaluation est un excellent point de départ pour une relation thérapeutique positive.
Intervention immédiate en temps de crise
Le processus d'évaluation initial est souvent précédé d'un besoin d'intervention immédiate en temps de crise. Certain(e)s client(e)s ou patient(e)s vont faire face à des situations de crise au moment où ils(elles) se présentent pour demander le traitement. Les programmes doivent être capables de s'occuper des situations d'urgence ou constituant un danger de mort et prêts à répondre aux besoins immédiats des client(e)s ou patient(e)s, qu'il s'agisse d'un abri sûr, d'aliments, de vêtements ou d'autres services et soutiens.
L'évaluation initiale
Bien qu'on discute encore la profondeur de l'évaluation nécessaire avant qu'un(e) client(e) ou patient(e) ne reçoive sa première dose de méthadone, les preuves indiquent une association entre l'accès rapide au traitement et la capacité d'y retenir les client(e)s ou patient(e)s (Bell et coll.; Woody et coll.; Maddux et coll., cités dans Ward et coll., 1998b, 326). Par conséquent, l'évaluation initiale devrait faciliter un accès rapide au traitement à la méthadone. Une fois établi le diagnostic de la dépendance aux opiacés et mesuré l'à propos du traitement pour la personne concernée, les client(e)s ou patient(e)s devraient recevoir leur première dose de méthadone le plus tôt possible. Après l'évaluation initiale, on pourra procéder à une évaluation plus complète à une étape subséquente, afin de fixer les buts du traitement et de faciliter les liens avec les autres services qui pourraient être nécessaires (voir Évaluation complète, ci-dessous, et la section 4.6, Services complets intégrés).
L'évaluation initiale devrait comprendre :
L'évaluation complète
Une fois entrepris le traitement d'entretien à la méthadone, et au moment approprié pour le(la) client(e) ou patient(e), on devrait procéder à une évaluation complète de tous les facteurs médicaux, sociaux et mentaux pertinents. Les programmes devraient se fier à des techniques et des instruments d'évaluation vérifiés et fiables pour définir les buts des client(e)s ou patient(e)s en ce qui concerne leur traitement, ainsi que leurs besoins, et y répondre.
En plus d'une évaluation médicale servant à établir le diagnostic de dépendance aux opiacés selon les critères du DSM-IV (Brands et Brands, 1998, 29), le processus d'évaluation complète devrait comporter :
L'information obtenue à la suite de l'évaluation complète devrait servir à reconnaître et à établir les diagnostics, à évaluer les besoins d'un(e) client(e) ou patient(e) en ce qui concerne les services et à mettre au point un programme global de traitement (voir la section 4.6 - Services complets intégrés).
Évaluation continue
Afin de servir d'instrument thérapeutique efficace, l'évaluation devrait être continue pendant toute la durée du traitement. Par exemple, une fois un programme de traitement établi, on devrait le revoir et le modifier au besoin, particulièrement au moment de prendre les décisions clés. Cette évaluation pourrait être utile pour travailler avec les client(e)s ou patient(e)s et mesurer avec eux(elles) les progrès réalisés en ce qui concerne l'atteinte de buts personnels et thérapeutiques précis selon le temps écoulé.
De nombreux(ses) client(e)s ou patient(e)s vont participer au traitement d'entretien à la méthadone pendant une période prolongée. Dans le cas des client(e)s ou patient(e)s qui abandonnent graduellement la méthadone, le fait de cesser de prendre la méthadone ne signifie pas nécessairement la fin de tout traitement. L'évaluation continue peut aider à cerner et à répondre au besoin d'autres interventions et à déterminer les progrès additionnels vers la réalisation des objectifs du traitement. Si les client(e)s ou patient(e)s y consentent, et sont disponibles pour y participer, on pourra procéder à des évaluations de suivi à long terme, et l'information ainsi obtenue pourra être utile à des fins de recherche et d'évaluation, autant pour accroître les connaissances au sujet du traitement d'entretien à la méthadone que pour améliorer le mode de présentation du programme.
Le processus d'évaluation devrait aussi tenir compte des besoins de groupes particuliers de client(e)s ou patient(e)s. (Voir également la section 7.0 - Les meilleures pratiques du TEM - Répondre aux besoins de groupes particuliers.)
Étant donné que les personnes réagissent différemment aux doses de méthadone, les programmes doivent avoir une politique souple et individualisée en ce qui concerne l'établissement des doses. Il est nécessaire de faire évaluer avec soin chaque personne par un clinicien possédant de l'expérience du traitement de la dépendance aux opiacés, et la dose initiale doit être mesurée sur une base individuelle. On doit tenir compte de l'opinion des client(e)s ou patient(e)s au moment de la détermination de la dose appropriée.
On devrait prendre des précautions additionnelles en établissant le dosage des personnes souffrant de troubles graves du foie, de dysfonctionnement cardio-respiratoire, ainsi que des femmes enceintes. Les facteurs particuliers influençant le dosage de la méthadone pendant la grossesse sont décrits dans la section 7.4 - Le TEM et les femmes enceintes.
Il faut aviser les client(e)s ou patient(e)s d'entreposer la méthadone dans un endroit sûr que les enfants ne peuvent atteindre.
La dose initiale
Il faudrait expliquer aux client(e)s ou patient(e)s que la première dose, ou dose « initiale » sera relativement faible (de 10 à 30 mg), à cause du risque médical de surdose (Payte, 2000, 113-114). La dose initiale est une question d'équilibre pour les médecins; ils doivent mesurer les risques. Si la dose initiale de méthadone est trop faible, les client(e)s ou patient(e)s risquent soit d'abandonner le traitement, soit d'utiliser d'autres intoxicants, avec danger de surdose. Par contre, si la dose de départ est trop forte, le(la) client(e) ou patient(e) pourrait en mourir.
L'ajustement de la dose
Les ajustements de dose doivent se faire par étapes, et lentement afin d'éviter les problèmes créés par les augmentations rapides. Pendant la phase dite « d'induction », on augmente la dose jusqu'à un niveau suffisant mais sans danger, dans le but de soulager les symptômes de sevrage et l'envie de drogues. On pourra ensuite continuer à augmenter (ou réduire) la dose pour obtenir les autres effets désirés.
Comme la méthadone s'accumule dans le corps au fur et à mesure des doses, les effets de la drogue peuvent augmenter même si la dose reste la même.
Les effets secondaires courants
La méthadone peut avoir certains effets secondaires pendant les premières phases du traitement, y compris une augmentation de la transpiration, la constipation, des anomalies de la libido et de l'orgasme, l'insomnie, des changements de l'appétit, la nausée, la somnolence, l'anxiété, des maux de tête, des douleurs physiques brèves ou continues et des frissons. Mais ces effets secondaires ont tendance à disparaître en bonne partie dans le cas d'un traitement d'entretien à long terme et à doses élevées de méthadone (Kreek; Jaffe et Martin; Hartel; Hartel, cités dans NIDA, 1995, 1-37).
L'entretien avec une dose suffisante
Dès que la personne reçoit une dose suffisante et stable de méthadone, il n'y pas d'affaiblissement des facultés. On peut « entretenir » les client(e)s ou patient(e)s à la méthadone pendant une période indéfinie. Certaines personnes reçoivent la même dose de méthadone pendant de nombreuses années28.
Le débat se poursuit au sujet du niveau de la dose de méthadone qu'il convient d'utiliser pour le traitement. Les preuves appuient la nécessité d'une dose suffisante et adaptée à chaque personne pour retenir plus longtemps les client(e)s ou patient(e)s29. On a établi une relation entre des doses de méthadone plus fortes et des réductions plus considérables de l'usage des opioïdes, avec un taux de maintien en traitement accru (Strain; Stitzer et coll., Caplehorn et Bell, cités dans Brands et coll., 2000, 236). Certaines personnes pourraient avoir besoin de doses considérablement plus élevées que les autres (Strain et coll., cités dans Leavitt, Shinderman, Maxwell, Chin et Paris, 2000, 408). Le facteur clé de la détermination de la dose, selon Brands et coll. (2000, 236), est d'arriver à la « dose optimale », c'est-à-dire celle qui « soulage les symptômes de sevrage et l'envie irrésistible de drogues sans sédation ou autres effets secondaires ».
Dans son étude des preuves disponibles effectuée en 1995, le National Institute on Drug Abuse (1-39 à 1-40) a conclu : « Il est impossible d'établir de façon arbitraire la dose précise, parce que les patient(e)s absorbent la méthadone dans le métabolisme à des taux différents. De plus, la dose appropriée pourrait changer avec le temps ou en fonction de situations particulières comme la grossesse ou l'usage d'autres médicaments. Dans l'ensemble, la dose de méthadone devrait être fondée sur les besoins individuels des patient(e)s, les objectifs du traitement et les progrès réalisés. »
L'exécution des ordonnances
Il y a de nombreux facteurs particuliers se rapportant à l'exécution des ordonnances de méthadone, et les pharmaciens, particulièrement les pharmaciens de la communauté, jouent un rôle de plus en plus important à titre de membres des équipes responsables des programmes chargés d'assurer le traitement d'entretien à la méthadone30.
La surveillance
Une surveillance continue de la dose de méthadone est un aspect important du traitement, tant aux étapes initiales qu'à mesure que le temps s'écoule, afin de garantir une dose adéquate et de réduire les risques le plus possible.
Le contrôle de la douleur
Les personnes qui reçoivent un traitement d'entretien à la méthadone pourraient également avoir besoin d'un traitement adéquat de douleurs physiques chroniques ou aiguës, et ce type de traitement devrait leur être assuré. Il peut s'agir notamment de traitements ordinaires pharmaceutiques ou non pharmaceutiques pour la douleur d'intensité modérée ou faible. De plus, dans le cas de douleur plus intense, des analgésiques opioïdes pourraient être nécessaires, et devraient être fournis aux doses habituelles pour le niveau de douleur dont il est question. Étant donné que les client(e)s ou patient(e)s pourraient avoir acquis une tolérance à l'égard des effets analgésiques des opioïdes, il est à conseiller de procéder à de nombreuses réévaluations afin de garantir une dose adéquate d'analgésiques, permettant un contrôle efficace de la douleur (Brands et Janecek, 2000, 28)31.
Des doses prises sous observation directe ou des doses à prendre à la maison
On a établi une relation entre la souplesse en ce qui concerne les doses à apporter à la maison et un taux de rétention plus élevé (Ball et Ross, cités dans Lowinson, et coll., 1997, 412). Mais la façon d'administrer les doses de méthadone elles-mêmes aux client(e)s ou patient(e)s fait l'objet de beaucoup de discussions et de débats. Pour de nombreux client(e)s ou patient(e)s, l'obligation de se présenter tous les jours pour recevoir une dose surveillée de méthadone présente des problèmes, par exemple lorsqu'il(elles) occupent un emploi, fréquentent l'école ou désirent s'occuper de leurs enfants et voyager. Cela suggère également un manque de confiance, étant donné qu'une des principales raisons de surveiller les doses est de s'assurer que les client(e)s ou patient(e)s prennent réellement leur méthadone.
En même temps, il pourrait y avoir un avantage thérapeutique, soit à exiger une présence quotidienne, soit à fournir des doses à prendre à la maison. La présence quotidienne, particulièrement aux premières étapes du traitement, pourrait être utile pour intensifier les contacts entre les client(e)s ou patient(e)s et l'équipe responsable du programme, ainsi que pour aider à l'établissement d'habitudes quotidiennes qui sont moins stressantes ou chaotiques que les comportements antérieurs de recherche constante de drogue. Au début du traitement, l'administration fréquente de doses sous observation peut aider à mieux ajuster la dose, avec pour résultat un effet opiacé stable avec le passage du temps. Comme cet effet est le principal avantage de la méthadone, quand on la compare aux autres opioïdes, il risque d'être entravé si les client(e)s ou patient(e)s prennent leur médicament à intervalles irréguliers.
Accroître la fréquence des doses à prendre à la maison pourrait être un moyen efficace d'inciter les client(e)s ou patient(e)s à réduire leur consommation d'autres substances. Les programmes devraient arriver à un équilibre entre l'avantage de garantir le respect du traitement des client(e)s ou patient(e)s et d'entretenir des contacts réguliers avec ces derniers(ières) et la nécessité d'un traitement souple, axé sur les client(e)s ou patient(e)s, qui tienne compte des réalités de la vie de ces personnes.
Le risque de détournement
Le débat se poursuit également au sujet de l'importance du détournement de la méthadone, s'il se produit réellement, ou du danger qu'il pourrait représenter pour la communauté. Le rapport de 1995 de l'Institute of Medicine (IOM), (cité dans Joseph, Stancliff et Langrod, 2000, 354) est arrivé à la conclusion que, bien que le détournement soit une source de préoccupations, il « ne semble pas assez grave pour prendre la précédence sur l'accessibilité du traitement pour les toxicomanes non traité(e)s ». Ce rapport de l'IOM (cité dans Joseph et coll., 2000, 360) ajoute que le niveau de réglementation de la méthadone (qui est lié en partie aux inquiétudes devant la possibilité de détournement) « ...accorde trop d'importance à la protection de la société contre la méthadone, et pas assez à la protection de la société contre l'épidémie des infections, de la violence et des maladies infectieuses que la méthadone pourrait aider à limiter. » Les programmes devraient trouver un équilibre entre les mesures destinées à prévenir un détournement possible et la nécessité d'assurer un traitement efficace.
Lorsqu'il est prescrit et administré de façon appropriée, le traitement d'entretien à la méthadone est considéré comme sans danger médical pour les femmes enceintes qui sont en même temps dépendantes à l'égard des opioïdes.
Dans le cas des femmes qui deviennent enceintes pendant leur traitement d'entretien à la méthadone, on ne recommande pas le sevrage graduel de la méthadone, parce qu'on peut rarement y parvenir sans rechute ou complication obstétrique. Les femmes enceintes qui désirent abandonner la méthadone devraient recevoir le plus possible d'informations et de counseling, afin de pouvoir faire un choix éclairé en matière de sevrage graduel.
La pharmacocinétique de la méthadone se modifie pendant la durée de la grossesse, particulièrement pendant le troisième trimestre (Jarvis et coll., 1999). Il faut donc surveiller de près le dosage de la méthadone pendant toute la grossesse et l'ajuster au besoin.
On doit établir le niveau des doses en fonction des besoins de chaque femme. Il n'existe pas de preuves convaincantes de la nécessité de réduire la dose de méthadone d'une femme enceinte dans le but d'éviter le syndrome de sevrage néonatal (Kaltenbach, Berghella et Finnegan, 1998, 147-148). (Voir également la section 7.4 - Le TEM et les femmes enceintes.) On traite dans la section 7.4 - Le TEM et les femmes enceintes d'autres aspects du traitement des femmes enceintes recevant le traitement d'entretien à la méthadone.
On a établi une corrélation entre l'obtention de meilleurs résultats et une durée plus longue du traitement, y compris un usage réduit des opioïdes illicites et une réduction de l'activité criminelle. Le traitement d'entretien à la méthadone à court terme semble donner de moins bons résultats (Ward et coll., 1998b,330-331).
La durée du traitement d'entretien à la méthadone devrait être établie en fonction des besoins individuels plutôt que de limites fixées d'avance. Il est impossible de fixer une durée optimale du traitement susceptible de convenir à tout le monde. Il est préférable que chaque personne continue à recevoir le traitement tant qu'elle en retire des avantages, ce qui constitue pour cette personne la durée optimale. L'entretien à la méthadone pour une période indéfinie, ou même pendant la vie entière, est une possibilité pour certain(e)s client(e)s ou patient(e)s.
Des études ont démontré que la grande majorité des personnes dépendantes à l'égard des opioïdes vont revenir à l'usage d'autres opioïdes une fois interrompu leur traitement d'entretien à la méthadone (Ward et coll., cités dans Ward, Mattick et Hall, 1998c,337). De plus, ces personnes pourraient subir d'autres dommages graves, et même des conséquences fatales. Une étude réalisée par Dole et Joseph (citée dans Lowinson, et coll., 1997, 411) a constaté que, chez les personnes renvoyées du traitement d'entretien à la méthadone, le taux de décès lié à l'abus des opioïdes était deux fois plus élevé que chez les personnes capables de poursuivre leur traitement. La principale différence entre les causes de décès est l'augmentation des décès liés à la toxicomanie après le renvoi. Depuis la réalisation de cette étude, l'épidémie des infections par le VIH, le VHC et les autres agents pathogènes véhiculés par le sang chez les utilisateurs de drogues injectables est venue aggraver les risques courus par les personnes renvoyées du traitement.
On devrait aborder avec précaution le retrait involontaire du traitement, et même l'éviter si possible. Les programmes devraient adopter une approche axée sur la solution des problèmes plutôt que sur une attitude punitive lorsqu'il est question d'obliger un(e) client(e) ou patient(e) de se retirer involontairement du traitement. Dans une situation idéale, l'abandon graduel de la méthadone devrait être une décision prise mutuellement par un(e) client(e) ou patient(e) et le médecin qui lui prescrit la méthadone, ainsi que les autres membres de l'équipe responsable du programme (voir aussi la section 5.8 - Sevrage graduel axé sur les client(e)s ou patient(e)s).
Bien qu'il reste toujours un élément de pouvoir discrétionnaire au moment de la prise de décision concernant le renvoi d'un(e) client(e) ou patient(e), les programmes devraient fixer des critères clairs et raisonnables pouvant donner lieu à la possibilité de renvoi. Ces critères devraient être communiqués clairement aux client(e)s ou patient(e)s dès le début du traitement. Si possible, on devrait assurer un suivi approprié des personnes renvoyées, ainsi que des mécanismes de recours. Il serait idéal de pouvoir retenir les client(e)s ou patient(e)s aussi longtemps qu'ils(elles) gagnent quelque chose à poursuivre leur traitement.
Les lignes directrices fédérales et provinciales exigent que les programmes de traitement procèdent à des analyses toxicologiques des urines. Les programmes de traitement d'entretien à la méthadone surveillent l'usage d'autres drogues par les client(e)s ou patient(e)s pendant leur traitement dans le but d'établir :
Il ne faudrait pas oublier, toutefois, que la réduction de l'usage d'autres drogues n'est pas le but principal, mais plutôt un des résultats possibles, du programme d'entretien à la méthadone.
Analyse toxicologique des urines
L'analyse toxicologique des urines est beaucoup utilisée pour surveiller la consommation de drogues par les client(e)s ou patient(e)32. Toutefois, les programmes doivent préciser la raison d'être des analyses toxicologiques des urines, leur façon de la voir et l'usage qu'ils font des résultats.
On a suggéré que l'analyse toxicologique des urines comportait de nombreux avantages, notamment :
En même temps, toutefois, il y a des inconvénients. En dépit de sa vaste utilisation sur le terrain, les critiques ajoutent que l'analyse toxicologique des urines coûte cher, peut donner des résultats relativement inexacts si on s'en sert pour déceler l'usage de drogues, et peut avoir un effet négatif sur les client(e)s ou patient(e)s33. De plus, il n'est pas prouvé qu'il s'agisse d'un moyen efficace de décourager la toxicomanie34. Le prélèvement de spécimens d'urine, particulièrement sous observation directe, peut être humiliant pour les client(e)s ou patient(e)s, parce qu'il suggère qu'on ne les croit pas capables de dire la vérité lorsqu'il s'agit de déclarer leur usage de drogues, ce qui a peu de chances de contribuer à des relations positives avec les membres de l'équipe.
Sans approuver l'usage d'autres drogues, les programmes devraient adopter une façon non punitive et thérapeutique, plutôt que punitive, de voir l'usage d'autres drogues pendant le traitement. Par exemple, une approche thérapeutique ferait appel aux résultats de l'analyse toxicologique des urines pour servir de point de départ d'une discussion des progrès réalisés grâce au traitement, et offrirait en même temps l'occasion de résoudre des problèmes avec les client(e)s ou patient(e)s et de leur fournir des renseignements, au lieu de s'en servir pour contrôler l'usage des drogues par les client(e)s ou patient(e)s et pour chercher à les « attraper » s'ils(elles) ont été délinquant(e)s.
Parmi les autres utilisations suggérées des analyses toxicologiques d'urines, mentionnons :
L'auto-déclaration
La recherche a démontré que l'auto-déclaration révèle autant d'informations au sujet de l'usage des drogues que l'analyse des urines (Magura et coll., cités dans Ward et coll., 1998i, 255), et que ce type de surveillance pourrait favoriser de meilleures relations avec les client(e)s ou patient(e)s.
L'analyse des cheveux
On pourrait étudier plus tard les nouvelles technologies, comme l'analyse des cheveux, à mesure qu'elles deviendront plus accessibles, fiables et d'un coût abordable.
On trouvera dans la section 7.1 - Le TEM et l'abus de plusieurs intoxicants, de l'information au sujet du traitement de ce type de toxicologie.
La décision d'abandonner graduellement la méthadone
L'abandon graduel de la méthadone devrait être une décision mutuelle à laquelle participent le(la) client(e) ou patient(e) et son médecin prescripteur et d'autres membres de l'équipe responsable du programme. Dans une situation idéale, l'abandon graduel de la méthadone devrait être volontaire, c'est-à-dire que les client(e)s ou patient(e)s, ainsi que l'équipe responsable du programme, devraient décider ensemble de l'abandon graduel et fixer le moment où il se produira.
L'abandon graduel de la méthadone peut être une source de craintes et un processus difficile pour de nombreux(ses) client(e)s ou patient(e)s. Les client(e)s ou patient(e) pourraient ressentir de la peur et des inquiétudes devant cette décision.
Les client(e)s ou patient(e)s pourraient penser à abandonner le traitement pour des raisons diverses, notamment :
Quelles que soient leurs raisons d'essayer de renoncer graduellement, il faut respecter les client(e)s ou patient(e)s, et on devrait leur assurer les soutiens pertinents (voir ci-dessous Gestion de l'abandon). On devrait toutefois adopter une approche souple vis-à-vis du renoncement graduel, par exemple en rassurant les client(e)s ou patient(e)s qu'ils(elles) pourront reprendre leur traitement au besoin.
Gestion du retrait graduel
Les client(e)s ou patient(e)s qui décident de réduire leur dose ou de cesser totalement de prendre la méthadone, reçoivent de l'aide et un soutien pour les aider à s'habituer aux symptômes de sevrage et aux autres conséquences de leur décision.
Une façon organisée d'abandonner la méthadone graduellement comporte une série d'étapes et devrait comprendre :
25 Selon l'étude de Bell et coll. (citée dans Ward, Mattick et Hall, 1998a, 193), la principale conséquence du refus d'admettre une personne au traitement est un délai de 16 mois avant le début de son traitement et son exposition en attendant au risque d'emprisonnement et de décès.
26 Dans certains programmes, on procède également aux tests hépatiques tous les mois, dans le cas de toutes les personnes affectées par l'hépatite C, afin de diriger rapidement ces personnes vers un spécialiste s'il se présentait un problème.
27 À noter : Les praticiens qui désirent prescrire de la méthadone auront besoin d'une information plus détaillée que celle qui est offerte dans la présente section, notamment au sujet de la dose initiale de départ, de la demi-vie de la méthadone, du temps écoulé avant d'avoir atteint le niveau le plus élevé dans le plasma, de l'augmentation des doses pendant la première semaine, de la gamme des posologies, des doses mortelles, de l'augmentation des doses avec le temps, de la surveillance du niveau des doses, des surdoses, des effets secondaires, des intéractions avec les drogues et d'autres questions relatives à la sécurité. On trouvera cette information en consultant les lignes directrices fédérales existantes (Santé et Bien-être social Canada, 1992), ou les directives provinciales, le cas échéant. Les autres ressources comprennent, par exemple, Brands et Brands (1998), Brands et Janecek (2000) et Brands et coll. (2000).
28 Selon Hartel; Hartel; et Kreek (cités dans NIDA, 1995, I-36), de fortes doses de méthadone prescrites pendant de longues périodes de temps n'ont pas eu d'effet toxique et ont provoqué un minimum d'effets secondaires chez des adultes qui ont pu poursuivre leur traitement pendant une quinzaine d'années et chez des adolescent(e)s traité(e)s pendant des périodes atteignant jusqu'à 5 ans.
29 Une dose adéquate exerce une influence sur la rétention des client(e)s ou patient(e)s, selon la recherche de Ball et Ross (citée dans Lowinson et coll., 1997, 412).
30 On trouvera un survol et un examen détaillé de ces questions dans Brands et Janacek (2000).
31 Voir également Brands et coll. (2000, 244-245) pour trouver d'autres informations sur le contrôle de la douleur chez les personnes recevant un traitement d'entretien à la méthadone.
32 Les lignes directrices fédérales actuelles (Santé et Bien-être social Canada, 1992) et les directives provinciales existantes contiennent des exigences précises concernant l'analyse toxicologique des urines.
33 Voir Ward, Mattick et Hall (1998i) pour une discussion plus complète de la documentation portant sur les avantages et les inconvénients de l'analyse des urines.
34 Ward et coll. (1998i) (citant Grevert et Weinberg; Goldstein et Judson; Havassy et Hall, 1998, 251) arrivent à la conclusion « qu'on ne gagne pas grand chose à utiliser l'analyse des urines pour contrôler l'usage des drogues, si l'objectif principal de cette pratique est de dissuader les patient(e)s d'utiliser les drogues illicites... En se fondant sur les preuves disponibles, on doit conclure que rien ne prouve avec certitude que l'absence d'analyses d'urine mène à une augmentation de l'usage des drogues illicites. »
35 Dans les analyses effectuées par Stitzer et coll. (cités dans Ward et coll., 1998i, 253), l'utilisation de méthadone à prendre à la maison pour récompenser les client(e)s ou patient(e)s a été considérablement évaluée et son efficacité est prouvée quant à la réduction de l'usage des drogues illicites.
36 Voir dans Ward et coll.(1998c) une description plus détaillée de leurs suggestions en cette matière.