Les tendances de la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les jeunes Canadiens sont déterminées par des nombreux facteurs et évoluent constamment. Il est important que les programmes fondent leurs activités le plus possible sur des données qui reflètent les tendances courantes de la consommation. L'âge du début de la consommation, la proportion des consommateurs par rapport aux non-consommateurs, les différences dans la consommation selon l'âge et le sexe, et l'âge culminant de la consommation sont autant de critères essentiels dans la détermination des objectifs, des interventions et des messages. La présente section passe en revue des études menées récemment à l'échelle nationale et provinciale sur les élèves et les décrocheurs, ainsi que d'autres recherches importantes, afin d'obtenir un profil détaillé de la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les jeunes au Canada. Il s'agit-là de données cruciales pour l'élaboration de programmes et nous en discutons plus en détail dans la section sur les principes de prévention.
Les enquêtes nationales et provinciales sur la consommation d'alcool et de drogues chez les élèves, ainsi que les recherches sur les jeunes de la rue et les études épidémiologiques locales, donnent une bonne idée des tendances de la consommation et constituent une base solide à la prise de décisions. Une référence clé à cet égard est l'étude effectuée récemment par Santé Canada, dans laquelle on a analysé et comparé les constatations des enquêtes menées dans neuf provinces entre 1994 et 19961 . Des enquêtes plus récentes, menées en Ontario (1999)2 , dans les provinces atlantiques (1998)3 4 5 6 , en Colombie-Britannique (1999)7 et au Manitoba (1997)8 , ainsi que la contribution du Canada à une étude internationale sur les comportements de santé des jeunes d'âge scolaire (1999)9 , ont également été examinées.
Les sondages auprès des élèves donnent une indication des tendances de la consommation chez la plupart des jeunes de 12 à 19 ans (de la 7e à la 12e ou 13e année). Ces sondages n'incluent pas les élèves dans les écoles privées ou en institution et ceux qui font leurs études à domicile, ni ceux qui étaient absents de l'école ou qui avaient décroché au moment du sondage.
On a toutes raisons de croire que les décrocheurs et les jeunes à risque de décrochage sont soit à plus haut risque, soit déjà des consommateurs réguliers ou excessifs10 11 . Il est donc important de comprendre les circonstances particulières dans lesquelles vivent ces jeunes. Même si on sait moins de choses sur les tendances de la consommation des jeunes « marginaux », des études multisectorielles12 13 et des études individuelles effectuées à Toronto14 , Halifax15 , Vancouver16 et Montréal17 18 nous en donnent une bonne idée. Les données sur les villes incluses dans le Réseau communautaire canadien de l'épidémiologie des toxicomanies (RCCET), qui réunit chaque année des indicateurs des méfaits de la consommation d'alcool et d'autres drogues dans 12 villes du Canada, ont aussi été utilisées19 20 .
Les substances les plus communément consommées chez les jeunes sont l'alcool, le tabac et le cannabis (marijuana, haschisch, huile de haschisch). La Fondation de la recherche sur la toxicomanie de l'Ontario (maintenant appelée le Centre de toxicomanie et de santé mentale) a commandé la plus longue enquête canadienne sur la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les jeunes. Celle-ci a révélé qu'après une pointe de consommation en 1979, l'usage de la plupart des substances par les jeunes a diminué constamment jusqu'au début des années 1990. Depuis ce temps, l'usage de drogues licites et illicites par les élèves accuse généralement une tendance à la hausse.
D'après les résultats du Sondage sur la consommation de drogues parmi les élèves de l'Ontario, mené en 1999, la plupart des niveaux de consommation (à l'exception notable de la consommation d'alcool et de tabac, qui a diminué) sont maintenant similaires à ceux que l'on observait à la fin des années 1970 - historiquement la période de pointe de la consommation21 . On a constaté une augmentation de l'usage du cannabis au cours des années 1990 à Terre-Neuve et au Labrador, en Nouvelle-Écosse, en Ontario, au Manitoba et en Colombie-Britannique22 23 24 25 26 , et une enquête récente a confirmé les mêmes tendance à l'échelle nationale 27 . Plus particulièrement, les estimations de 1999 quant à l'usage des hallucinogènes autres que le LSD (psilocybine, mescaline) et des métamphétamines chez les élèves de l'Ontario sont de beaucoup supérieures à celles de n'importe quelle autre période des vingt dernières années, y compris 1979 (14 % contre 5 % et 5,3 % contre 3,6 % respectivement). On a aussi observé en Nouvelle-Écosse un usage accru des hallucinogènes durant les années 1990. À l'échelle nationale, chez les élèves de 10e année, l'usage du cannabis, du LSD, des amphétamines, de la cocaïne et des substances inhalées a augmenté entre 1990 et 199828 . Durant toutes les périodes de référence, moins de 10 % de la population en général des écoles secondaires sondées dans toutes les juridictions faisait un usage courant (usage quelconque au cours de la dernière année) de stimulants, de substances inhalées, de cocaïne, de métamphétamines, d'ecstasy, de « ice » (métamphétamine sous forme de cristaux), de tranquillisants, de PCP ou d'opiacés (héroïne, fentanyl). Toutefois, la consommation d'ecstasy s'est multipliée par huit (passant de 0,6 % à 4,8 %) entre 1993 et 1999 chez les élèves sondés en Ontario. Il est important de se rappeler que des sous-groupes particuliers - par exemple les élèves plus âgés - sont plus susceptibles d'utiliser la plupart de ces substances et ont fait augmenter les taux de consommation dans la plupart des cas. Parmi les autres substances consommées par moins de 10 % des élèves on retrouve les amphétamines, les barbituriques et les benzodiazépines - des médicaments légaux utilisés à des fins non médicales. On s'inquiète au sujet de l'abus de ces drogues, sauf lorsqu'elles sont prescrites par un médecin et utilisées selon la posologie.
Règle générale, l'initiation à l'alcool, au tabac et au cannabis a lieu à un âge plus avancé que par le passé. À titre d'exemple, 13 % des élèves de 7e année sondés en 1999 avaient bu de l'alcool pour la première fois en 4e année, comparativement à 17 % des élèves de 7e année de 1981. De même, 2 % des élèves de 7e année en 1999 avaient fait usage de cannabis pour la première fois en 6e année, comparativement à 8 % en 198l29 .
Toutefois, les attitudes sont généralement devenues beaucoup plus tolérantes vis-à-vis de la consommation. Moins d'élèves manifestent maintenant de la désapprobation et perçoivent un risque de méfait dans l'expérimentation de diverses substances. Entre 1991 et 1999, le pourcentage des élèves ontariens qui désapprouvaient fortement l'usage de la cocaïne une fois ou deux fois est passé de 55 % à 42 %; le pourcentage de ceux qui désapprouvaient fortement l'usage du cannabis une fois ou deux fois est passé de 43 % à 26 %. Le pourcentage de ceux qui associaient de grands risques à l'essai du cannabis une ou deux fois a chuté de 31 % à 18 %. On retrouve la même tendance dans les attitudes aux États-Unis30 .
Les problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues ont augmenté ces dernières années. Depuis le début des années 1990, on constate une hausse générale du pourcentage des élèves ayant déclaré faire un usage courant d'une ou de plusieurs substances, y compris de multiples substances illicites. Ainsi, le pourcentage des élèves ontariens ayant déclaré faire un usage courant de quatre substances ou plus a doublé entre 1993 et 1999 (passant de 8 % à 17,4 %). À Terre-Neuve et au Labrador, le nombre d'utilisateurs de l'alcool, du tabac et du cannabis s'est accru entre 1996 et 1998. Le pourcentage des élèves de la Nouvelle-Écosse qui se considèrent des utilisateurs courants de ces trois produits a doublé (de 12,4 % à 24,9 %) entre 1991 et 1998. Il semble y avoir une forte association entre l'usage de la cigarette et du cannabis, car la plupart des consommateurs de cannabis sont aussi des fumeurs. Il convient de signaler que depuis quelques années, on constate aussi une augmentation du pourcentage des élèves de l'Ontario qui connaissent des épisodes d'abus d'alcool (cinq verres ou plus à une même occasion); la proportion est passée de 30 % en 1993 à 42 % en 1999. Cette tendance a également été observée en Colombie-Britannique où le pourcentage de jeunes ayant déclaré avoir fait une forte consommation d'alcool au cours du mois précédant l'enquête est passé de 36 % à 44 % entre 1992 et 1999.
De même, tous les indicateurs pointent vers une augmentation de la fréquence de la consommation d'alcool durant les années 1990. En Ontario, par exemple, le pourcentage des élèves qui consommaient au moins une fois par semaine s'établissait à 14 % en 1993 et à 20 % en 1999. En Nouvelle-Écosse, la proportion des élèves qui consommaient de l'alcool plus d'une fois par mois a augmenté de 30 % (passant de 25 % à 33 %).
La fréquence de l'usage du cannabis s'est généralement accrue au pays au cours de la dernière décennie. À titre d'exemple, le pourcentage des élèves de la Nouvelle-Écosse qui consommaient du cannabis plus d'une fois par mois a triplé entre 1991 et 1998 (de 4 % à 13 %).
Une exception se démarque de cette tendance à la hausse de la consommation chez les élèves : la conduite avec facultés affaiblies a diminué considérablement (de 58 % à 16 %) en Ontario entre 1977 et 1999.
Il est difficile de cerner des tendances générales dans la consommation des jeunes marginaux, parce que cette population est très mouvante et que l'information est incomplète. Les enquêteurs de Toronto ont constaté une diminution de la consommation de drogues, y compris des drogues par injection, chez les jeunes de cette ville entre 1990 et 199231 . Toutefois, ces jeunes continuent d'être à risque pour de nombreux problèmes de santé qu'entraînent l'usage de drogues par injection et le partage des seringues, en particulier le VIH, l'hépatite B et l'hépatite C.
À la fin des années 1990, un tiers à un quart des élèves des écoles secondaires canadiennes, en moyenne, (de 12 à 19 ans) n'avaient pas consommé de drogue (ni d'alcool ni de tabac) au cours de l'année précédant l'enquête (« usage régulier »). L'alcool est la substance la plus fréquemment consommée par les jeunes. Près des deux tiers de tous les élèves du premier et du deuxième cycle du secondaire ont déclaré en avoir consommé au cours de l'année précédant l'enquête. Viennent ensuite le tabac et le cannabis, qui sont consommés par environ un tiers des élèves (40 % pour le cannabis en Colombie-Britannique)32 . Les hallucinogènes occupent le quatrième rang; le pourcentage des consommateurs varie entre 9 % et 14 % selon la province (entre 6 % et 11 % pour le LSD).
La consommation des autres substances est moins fréquente chez les élèves canadiens : entre 5 % et 10 % ont déclaré faire usage d'inhalants et de stimulants (à des fins médicales et non médicales). Moins de 5 % ont dit avoir pris de la cocaïne, des métamphétamines, de l'héroïne, du PCP et avoir fait un usage non médical de certains médicaments. L'usage non médical des stimulants, des tranquillisants et des barbituriques pose un problème, car entre 3 % et 10 % des élèves consommeraient régulièrement ces produits selon les récentes enquêtes canadiennes. Il est important de noter que ces chiffres représentent une moyenne pour l'ensemble de la population du premier et du deuxième cycle du secondaire, et que la prévalence de la consommation s'accroît avec l'âge.
La consommation de « drogues psychédéliques » comme l'ecstasy, les métamphétamines, le rohypnol, le GHB et la kétamine, a attiré l'attention du public. Le sondage auprès des élèves de l'Ontario constitue le seul indice de la consommation « provinciale » d'ecstasy au Canada; 4,4 % du total des élèves (de 0,6 % en 7e année à 9,8 % en 11e année) ont dit qu'ils en avaient pris au cours de l'année précédente. Il s'agit d'une hausse importante par rapport à 1993; le pourcentage des consommateurs s'établissait alors à 0,6 %. Il n'existe aucunes données canadiennes sur la prévalence de l'usage d'autres « drogues psychédéliques ».
On dispose de peu de données sur les élèves utilisateurs de drogues par injection. L'analyse de l'enquête menée en Ontario en 1999 révèle un pourcentage de 2,5 %33 ; la proportion est similaire (2 %) en Nouvelle-Écosse et à l'Île-du-Prince-Édouard34 . La consommation d'alcool et d'autres drogues n'est qu'un des nombreux problèmes auxquels font face les jeunes de la rue. Pour eux, la consommation est bien plus un moyen de composer avec des expériences négatives (avant et après s'être retrouvés dans la rue) que de se divertir. Au Canada, la prévalence et les tendances de la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les jeunes de la rue varie selon les villes, mais selon le peu de données disponibles, la proportion apparaît beaucoup plus élevée que chez les élèves. Une étude menée en 1992 sur les jeunes de la rue de Toronto a révélé que seulement 11 % des répondants n'avaient fait usage d'aucune drogue35 et que 83 % avaient consommé du cannabis au cours de l'année précédente. Dans une enquête menée en 1995 auprès des jeunes de la rue de Montréal, environ 80 % d'entre eux ont déclaré avoir consommé de l'alcool et du cannabis au cours du mois précédent36 . Dans une autre étude effectuée à Halifax en 1993, 66 % de l'échantillon avait fait usage de cannabis37 .
L'usage des hallucinogènes est plus commun chez les jeunes de la rue que chez les élèves. À Toronto, 59 % des jeunes de la rue consommaient du LSD en 1992. À Montréal, près de la moitié prenaient des hallucinogènes en 1993. À Halifax, 63 % ont déclaré faire usage de LSD cette même année.
Parallèlement, la prévalence de la consommation de crack et de cocaïne par les jeunes de la rue dans diverses villes est beaucoup plus élevée que chez les élèves. Les estimations varient entre 31 % pour les consommateurs de crack et de cocaïne à Toronto en 199238 , 20 % et 33 % respectivement pour les consommateurs de crack et de cocaïne à Halifax (1993)39 , et 85 % pour les consommateurs de cocaïne à Vancouver (1994)40 .
Comparativement à la population étudiante, les jeunes marginaux sont de plus gros utilisateurs de drogues par injection. Une étude menée auprès des jeunes de la rue de Montréal a constaté que 36 % avaient utilisé des drogues par injection à une période ou une autre de leur vie, et que 23 % l'avaient fait durant les six mois précédents41 42 . À Toronto, 28 % ont déclaré avoir fait usage de drogues par injection à un moment ou l'autre de leur vie43 , comparativement à 17 % à Halifax44 et à 48 % des garçons et 32 % des filles à Vancouver45 . Dans une étude menée récemment dans sept grandes villes canadiennes, les jeunes de la rue ayant déclaré être d'origine autochtone formaient 21 % des utilisateurs de drogues par injection46 .
Les données recueillies portent à croire que les jeunes de la rue en milieu rural ou dans les petites villes font usage de l'alcool et d'autres drogues pour les mêmes raisons que leurs homologues urbains, mais que la consommation d'alcool prédomine47 .
La consommation d'alcool et de tabac à un âge précoce
est généralement annonciatrice de problèmes
attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues
ultérieurement. Dans une vaste enquête menée
aux États-Unis, on a constaté que l'âge de
la première consommation était un excellent prédicteur
de l'alcoolisme à un âge plus avancé. Quarante
pour cent (40 %) des personnes qui avaient commencé à consommer
de l'alcool à l'âge de 14 ans ou avant étaient
devenues dépendantes à l'alcool à une certaine
période de leur vie, comparativement à environ 10
% des personnes qui avaient commencé à boire à l'âge
de 20 ans ou plus48 .
La plupart des gens commencent à fumer à la pré-adolescence ou au début de l'adolescence (14 % seulement commencent après l'âge de 20 ans) et les risques associés à la consommation précoce de tabac sont évidents. Plus les jeunes commencent jeunes à fumer quotidiennement - ce qui est un indice de dépendance - plus leur consommation de cigarettes augmente, moins ils sont enclins à cesser de fumer et plus ils sont à risque de devenir de gros fumeurs à l'âge adulte49 .
L'âge de l'initiation à la consommation d'alcool semble varier considérablement d'une région à l'autre50 51 ; toutefois il semble qu'une minorité importante de jeunes aient bu pour la première fois en 7e année. Un nombre important de jeunes Canadiens ont pris du cannabis pour la première fois en 8e année et en 9e année. La première consommation d'autres substances a eu lieu durant les années subséquentes.
On dispose de très peu de données sur l'âge moyen auquel les personnes commencent à utiliser des drogues par injection. Dans l'étude menée à Montréal sur les jeunes de la rue, les femmes avaient tendance à commencer à s'injecter des drogues plus jeunes que les hommes (16 ans par rapport à 17,3 ans)52 53 . Des enquêtes sur les adultes utilisateurs de drogues par injection fournissent de plus amples renseignements sur l'âge de l'initiation. Des recherches menées en Nouvelle-Écosse54 , à Winnipeg55 et à Calgary56 révèlent que l'âge moyen de la première injection se situe à 21 ou 22 ans.
L'usage de substances inhalées ou de solvants commence généralement à la pré-adolescence. Viennent ensuite habituellement l'alcool et le tabac; l'âge moyen de l'initiation se situe à 12 ans en Ontario57 . Une étude à l'échelle nationale a démontré que les deux tiers des élèves de 6e année avaient fait l'essai de l'alcool58 . L'usage initial du cannabis se produit, semble-t-il, entre 13 et 14 ans.
À l'exception des substances inhalées, la prévalence de l'usage de l'alcool et des autres drogues s'accroît avec l'âge pendant toute l'adolescence. Par exemple le pourcentage des consommateurs d'alcool s'est accru énormément (en Ontario il est passé de 40 % à 84 %) entre l'âge de 12 ans et 19 ans, et le pourcentage des gros buveurs s'est accru de la même façon. Le pourcentage des utilisateurs de cannabis a connu une hausse dramatique, passant de moins de 5 % chez les jeunes de 12 ans à quelque 40 % chez les jeunes de 18 et 19 ans. Les substances inhalées sont les seules où l'on constate une diminution avec l'âge : le pourcentage des consommateurs est plus élevé chez les élèves plus jeunes et diminue par la suite.
Cet accroissement de la prévalence avec l'âge est clairement relié au stade du développement psychologique chez l'adolescent durant lequel l'indépendance et les relations avec les pairs ont une très grande importance59 . De plus, il est connu que la transition entre les niveaux scolaires est un facteur de vulnérabilité chez certains élèves. Par conséquent, il est possible que les taux de consommation évoluent aux points de transition entre les niveaux traditionnels de l'élémentaire (1re à 6e année), du secondaire premier cycle (7e à 9e année) et du secondaire deuxième cycle (10e à 12e année) et les niveaux maintenant plus courants que sont l'élémentaire (1re à 5e année), l'intermédiaire (6e à 8e année) et le secondaire (9e à 12e année). Selon cette dernière subdivision, les élèves de 9e année sont dans le même environnement que les élèves plus âgés et ils deviennent donc plus vulnérables un an plus tôt.
Certains consommateurs d'alcool et de tabac en viendront à consommer du cannabis et, parmi eux, l'usage d'autres substances illégales viendra s'ajouter. Toutefois, les études mentionnées ici et d'autres études montrent que cette progression vers l'usage d'autres substances n'est pas irréversible. Ainsi, une analyse du sondage le plus récent mené auprès des élèves de l'Ontario montre que près de 90 % des consommateurs actuels de cannabis n'avaient pas fait usage de cocaïne60 .
La prévalence de l'usage de substances plus à risque et des problèmes qui y sont associés a tendance à augmenter avec l'âge. À mesure qu'ils vieillissent, les élèves sont plus nombreux à prendre cinq consommations ou plus en une même occasion, à s'enivrer et à conduire avec des facultés affaiblies. Les problèmes attribuables à la consommation d'alcool ou d'autres drogues sont susceptibles de s'accentuer à mesure que les jeunes progressent dans le cycle des études secondaires.
Chez les jeunes marginaux de Halifax, les plus âgés (18 ans et plus) ont tendance à consommer davantage d'alcool que les plus jeunes. La consommation excessive s'accroît considérablement avec l'âge. La même tendance se manifeste dans le cas des autres substances; par exemple 70 % du groupe des plus âgés sont de gros consommateurs de cannabis (une fois par semaine ou plus), comparativement à moins de la moitié (44 %) du groupe des plus jeunes. Dans l'étude menée sur les jeunes de la rue de Toronto, les jeunes utilisateurs de drogues par injection étaient plus nombreux dans le groupe des 19 ans et plus que dans le groupe des plus jeunes (33 % versus 17 %)61 . Dans l'étude menée auprès des jeunes de Montréal, l'usage de drogues par injection était aussi fréquent chez les jeunes de 12 à 15 ans que chez les jeunes de 16 à 19 ans62 63 .
Compte tenu des différences selon l'âge mentionnées plus haut, il n'est pas surprenant de constater que la période de pointe de la consommation, à l'exception des substances inhalées, se situe dans les dernières années du secondaire. La prévalence de la consommation d'alcool chez les élèves de la Nouvelle-Écosse (1998), par exemple, est passée de 21 % en 7e année à 80 % en 12e année. Les sondages auprès des élèves de l'Ontario, qui étaient menés auparavant auprès d'un échantillon d'élèves de 7e , de 9e , de 11e et de 13e année, et qui maintenant portent sur tous les élèves, constatent généralement que la période de pointe se produit durant la 11e année, dans le cas de nombreuses substances. Dans le sondage de 1999, par exemple, la prévalence de l'usage du cannabis passait de 4 % en 7e année à 48 % en 11e année, puis diminuait à 43 % en 13e année (l'année où certains élèves de l'Ontario voulaient obtenir leurs crédits pour pouvoir s'inscrire à l'université en 2002-2003).
Lorsqu'il est question des différences dans la consommation entre les hommes et les femmes, il est important de souligner que les femmes ont un seuil de tolérance plus bas aux effets de l'alcool. Néanmoins, le sexe semble être un facteur significatif dans la consommation d'alcool et d'autres drogues au sein de la population étudiante. Dans l'étude de 1999 menée en Ontario, les garçons consommaient davantage que les filles neuf des vingt substances mentionnées. Les études menées dans les provinces atlantiques (1998) révèlent aussi que les garçons sont de plus gros consommateurs. Ainsi, 33 % des garçons consommaient du cannabis au Nouveau-Brunswick en 1998, comparativement à 28 % des filles. En Nouvelle-Écosse (1998) un plus fort pourcentage de garçons que de filles consommaient du LSD (12,7 % par rapport à 7,6 %). L'usage du tabac fait exception à cette règle. À bien des endroits, les fumeuses sont plus nombreuses que les fumeurs64 65 66 67 . Des enquêtes menées récemment révèlent en outre qu'un plus fort pourcentage de filles utilisent des stimulants à des fins non médicales (notamment des pilules pour maigrir)68 69 . Il convient toutefois de signaler une exception. Au Québec, une étude menée auprès de la population adolescente a constaté qu'un plus grand nombre de filles que de garçons avaient déjà fait usage de l'alcool et des autres substances mentionnées au moins une fois, et qu'elles étaient plus nombreuses aussi à avoir consommé de l'alcool ou une substance illégale plus de cinq fois70 .
La consommation « à risque » est plus fréquente chez les garçons que chez les filles. Ainsi, presque deux fois plus de garçons que de filles consomment de l'alcool à des niveaux dangereux en Ontario et consomment régulièrement du cannabis en Nouvelle-Écosse. Également en Nouvelle-Écosse, ainsi qu'à Terre-Neuve et au Labrador, les garçons sont deux fois plus nombreux à prendre le volant en état d'ébriété.
Parmi les jeunes marginaux de Halifax, plus de garçons que de filles consomment de l'alcool; leur consommation est aussi plus fréquente et plus souvent excessive. En ce qui a trait aux autres drogues, les différences entre les sexes sont moins marquées.
On a porté peu d'attention aux différences entre les sexes chez les jeunes utilisateurs de drogues par injection. Dans l'étude sur les jeunes de la rue de Toronto, 30 % des garçons ont déclaré avoir toujours fait usage de drogues par injection, comparativement à 23 % des filles71 . À l'inverse, une étude menée auprès des jeunes contrevenants de la Colombie-Britannique a révélé que les filles (10,2 %) étaient de plus grosses consommatrices de drogues par injection que les garçons (3,4 %)72 .
Un nombre important de jeunes Canadiens consomment de façon excessive et, comme nous l'avons déjà signalé, cette tendance semble s'accentuer. Environ un tiers des élèves du secondaire ont déclaré avoir pris au moins une fois cinq verres ou plus à une même occasion (ce qui est considéré une consommation excessive) au cours du mois ayant précédé l'enquête. Environ un élève sur dix buvait de l'alcool une fois par semaine ou plus souvent. L'usage excessif du cannabis (une fois ou plus par semaine) a été déclaré par un élève sur quatre; près d'un élève sur dix a déclaré en faire usage quotidiennement. Le nombre de cigarettes fumées par jour varie considérablement, passant de une (1) à dix (10) en Colombie-Britannique à une (1) à cinq (5) en Ontario. Règle générale, on ne dispose pas d'estimations sur les taux de consommation excessive d'autres substances.
Chez les jeunes de la rue, tout indique que la consommation excessive d'alcool et d'autres drogues est plus courante. Les jeunes de la rue sont plus susceptibles de consommer dans l'intention de s'intoxiquer73 . Dans une étude menée à Toronto en 1992, 63 % des jeunes de la rue avaient pris au moins une fois cinq verres ou plus à une même occasion au cours du mois précédent, et une importante proportion (23 %) l'avaient fait à cinq reprises au cours de la même période. En 1993, une proportion similaire (65 %) de jeunes marginaux à Halifax ont dit qu'ils prenaient au moins cinq verres par épisode de consommation. En ce qui a trait aux substances autres que l'alcool, 58 % et 25 % respectivement des jeunes marginaux de Halifax ont été classés comme étant des consommateurs excessifs de cannabis et de LSD (une fois par semaine ou plus). Trente-neuf pour cent de ces jeunes étaient aussi des consommateurs excessifs de cocaïne (44 % consommaient du crack) et une proportion importante d'entre eux faisaient usage de ces substances quotidiennement. À Montréal, 5 % des jeunes de la rue consommaient de l'héroïne tous les jours en 199574 .
Les problèmes attribuables à la consommation d'alcool sont les plus fréquents chez les élèves, par rapport à l'usage d'autres drogues, quoiqu'une étude menée au Québec suggère une tendance différente chez les jeunes de cette province. En Ontario, plus d'un élève sur dix a déclaré consommer de l'alcool au niveau que les autorités considèrent « dangereux ». Un nombre important d'élèves ont dit éprouver des problèmes associés à la consommation d'alcool ou d'autres drogues. Par exemple, en 1998, près de la moitié des élèves de Terre-Neuve et du Labrador qui consommaient de l'alcool ont admis avoir au moins un problème associé à cette consommation. En Ontario (1999), 6 % du total des élèves éprouvaient deux problèmes ou plus associés à l'alcool, et près de 4 % avaient des problèmes reliés à l'usage d'autres drogues. À l'échelle nationale (1994), environ un jeune sur quatre de 15 à 19 ans a déclaré avoir connaissance de certains méfaits reliés à sa consommation d'alcool - ce qui est plus du double que pour l'ensemble de la population75 . Une étude menée récemment sur la toxicomanie chez les adolescents du Québec (entre 14 et 17 ans) a révélé que parmi les jeunes ayant déclaré avoir consommé des substances illégales plus de cinq fois (un tiers de l'échantillon), un pourcentage étonnant en faisaient un usage problématique. Par exemple 80 % des garçons et 70 % des filles s'étaient déjà présentés à l'école en état d'intoxication ou « high ». Le jour de l'enquête, 68 % des garçons et 56 % des filles avaient fait usage de drogues illégales dans la matinée. En outre, 75 % des garçons et 53 % des filles avaient déjà pratiqué un sport sous l'influence d'une substance illégale. Il semble que même si les deux tiers de l'échantillon ne consommaient pas de drogues illégales ou n'en avaient pas fait usage de façon expérimentale, l'usage problématique était la norme chez les autres76 .
Aussi bien chez les élèves que chez les jeunes marginaux, les consommateurs excessifs sont souvent des polyconsommateurs, ce qui accroît les risques de problèmes en raison des effets de la synergie ou de la combinaison de différentes drogues. À Terre-Neuve et au Labrador, en 1998, 23 % des élèves étaient des consommateurs courants d'alcool, de tabac et de cannabis. Selon une étude nationale, 90 % des élèves de 10e année fumaient tous les jours et faisaient également usage de cannabis77 .
Parmi les problèmes les plus communs associés à la consommation d'alcool et d'autres drogues, on retrouve les dommages à la propriété et les blessures infligées à soi-même. L'activité sexuelle imputable à la consommation d'alcool et d'autres drogues fait aussi partie de la problématique. Chez les élèves sexuellement actifs de l'Île-du-Prince-Édouard (la seule province ayant produit des rapports sur cette question) plus de la moitié avaient eu une activité sexuelle non prévue sous l'influence de l'alcool ou d'autres drogues. Près de 1 % des répondants ont déclaré avoir suivi une cure de désintoxication au cours de l'année précédente78 79 .
La consommation excessive étant plus courante chez les jeunes marginaux, on peut s'attendre à ce qu'ils aient davantage de problèmes. La moitié des jeunes dans l'étude de Toronto sur les jeunes de la rue (1992) ont déclaré avoir au moins un problème associé à l'alcool et un problème associé à la drogue. Trente-cinq pour cent de l'échantillon des jeunes de Halifax (1993) ont admis avoir un problème associé à l'usage d'alcool ou d'autres drogues et parmi ceux-ci, 59 % ont déclaré avoir tenté d'obtenir de l'aide. Dans l'échantillon de Toronto, 46 % avaient reçu une forme ou une autre de traitement.
L'usage de drogues par injection est très courant chez les jeunes de la rue. Dans une étude menée à Montréal en 1998, le pourcentage des utilisateurs de drogues par injection parmi un échantillon de près de 1 000 jeunes de la rue était très élevé (36 %)80 . L'usage de drogues par injection et le partage des seringues placent les jeunes à risque d'infection par le VIH et d'autres virus transmis par le sang comme l'hépatite C. Dans l'étude de Montréal, le partage des seringues était chose courante et commençait peu après l'initiation à l'usage de drogues par injection. Dans une étude menée en Colombie-Britannique auprès des jeunes contrevenants, l'usage de drogues par injection était un très grand prédicteur d'autres comportements à haut risque comme la prostitution ou l'usage de drogues et l'activité sexuelle avec d'autres utilisateurs de drogues par injection81 .