Le programme D.A.R.E. (Drug Abuse Resistance Education) est le programme de prévention en matière d'usage de drogues le plus répandu dans les écoles des États-Unis. Ce programme gagne également en popularité auprès des écoles et des corps policiers du Canada. Le D.A.R.E. a été créé au milieu des années 80 par un spécialiste en éducation de la santé de la Californie, en collaboration avec des organismes d'application de la loi.
Le programme d'enseignement principal est donné par des agents de police en uniforme à des élèves de la 5e et de la 6e année (âgés de 10 à 12 ans). Il comprend 17 séances hebdomadaires de 45 minutes portant sur les sujets suivants : information sur les effets de la drogue, sensibilisation aux médias, éducation normative, aptitudes pour résister à l'influence des pairs, aptitudes à la prise de décision, estime de soi, solutions santé et sécurité individuelle. Le programme comporte un volet pour les parents comptant six séances. Révisé en 1995, le curriculum du D.A.R.E. est par conséquent suffisamment complet pour permettre aux parents des participants au programme de suivre la totalité de ce volet. Celui-ci utilise des éléments des approches informatives, affectives et d'influences sociales au moyen de méthodes d'enseignement didactiques et interactives.
Le D.A.R.E. a fait l'objet d'évaluations et d'examens nombreux, mais de peu d'évaluations scientifiques rigoureuses. Bien que certaines évaluations fassent état de résultats positifs1 , des études parues dans des publications approuvées par les pairs, y compris une étude prospective sur cinq ans et une méta-analyse des évaluations des résultats de D.A.R.E., ont constamment révélé que le programme ne permet pas de prévenir ou de retarder la consommation de drogues, ni d'influer sur les intentions d'en consommer2 3 4 5 6 7 8 . En revanche, le programme semble stimuler les attitudes anti-drogues, du moins à court terme, accroître les connaissances sur les drogues et favoriser des relations positives entre la police et les membres de la communauté. En outre, le taux d'acceptation du programme est généralement élevé chez les policiers qui le présentent, les élèves et leurs parents9 10 .
Le peu d'effet du programme sur l'usage de drogues peut s'expliquer de plusieurs façons. La méthode d'enseignement peut au départ poser des problèmes. Pour les élèves de la fin de l'élémentaire et du début du secondaire, l'approche axée sur la formation en dynamique de vie semble très efficace11 . Pourtant, neuf séances seulement sur les 17 que comprend le D.A.R.E. abordent l'acquisition d'aptitudes sociales, et l'utilisation de techniques d'enseignement interactives est peu fréquente12 . Les approches interactives qui donnent lieu à la participation active des élèves à des activités variées exigent des aptitudes particulières en matière de gestion et d'animation en classe. Pour que des activités et des discussions soient jugées véritablement interactives, elles doivent être axées sur l'élève et donner lieu à un rôle moins central de l'animateur13 ; par conséquent, si des agents de police jouent un rôle de premier au cours des séances, l'efficacité du programme peut en souffrir.
Il importe de mentionner que de nombreux programmes de prévention n'ont pas produit de résultats en matière de comportements et que certaines des évaluations soumettent le programme D.A.R.E. à des normes rigoureuses. Il faut reconnaître que les promoteurs du programme ont démontré leur intention d'évaluer celui-ci et de tenter de l'améliorer au cours des années. La révision qu'il a subie en 1995 a permis d'intégrer des stratégies de mise en oeuvre plus interactives et d'autres sujets comme la violence. L'efficacité du programme révisé n'est toutefois pas encore connue.
D'ici à ce que les résultats des évaluations du programme révisé soient publiés, il serait logique que les promoteurs du programme revoient l'approche utilisée pour s'assurer qu'elle est suffisamment interactive. Cela impliquerait également une évaluation du rôle de présentation assuré par les agents de police. Le recrutement et la formation des personnes appelées à présenter le D.A.R.E. doit se faire en tenant compte des traits et des aptitudes qui permettent d'assurer une animation efficace des séances interactives. En outre, une approche bien structurée selon laquelle des agents de police co-animeraient les séances en compagnie d'élèves ou de professionnels en santé mentale pourrait améliorer les résultats (la méta-analyse a également révélé que les professionnels en santé mentale et les animateurs recrutés parmi les pairs ont tendance à se montrer efficaces dans le cadre d'une telle approche)14 .
Il importe aussi que l'information sur les substances soit exacte et équilibrée. Il faut éviter les messages qui exagèrent les risques négatifs et qui prennent un ton moralisateur car ils ne sont pas considérés comme crédibles. Les programmes qui démontrent (de façon implicite ou explicite) du respect pour la capacité des jeunes à raisonner et à tirer des conclusions significatives de leurs propres expériences et de celles des autres seront plus efficaces. Il serait bon d'envisager d'apporter certains éléments ayant fait leur preuve dans le domaine, notamment des séances de rappel et l'amélioration de l'universalité du programme grâce à une collaboration avec d'autres organismes de la communauté désirant faire de la prévention. Il importe de se rappeler que les jeunes ne constituent pas une population homogène. Les programmes risquent d'être plus efficaces s'ils comportent une approche et des méthodes adaptées aux caractéristiques (y compris le niveau de risque) des divers sous-groupes desservis. Les agents de police représentent une ressource très importante pour la prévention de la toxicomanie dans les écoles canadiennes, et leurs efforts doivent être soutenus. Il est important d'optimiser leur potentiel à titre d'éducateurs grâce à un recrutement, une formation et un programme d'enseignement qui s'appuient sur les données scientifiques disponibles.
1 Donnermeyer,
J. D.A.R.E. Evaluation: State of Ohio,
Phase II Executive Summary, 1995.
2 Becker, H. K., M. W. Agopian
et S. Yeh. « Impact Evaluation of Drug Abuse Resistance
Education (D.A.R.E.) », dans Journal of Drug Education,
vol. 22, 1992, p. 283-291.
3 Clayton, R. R., A. M. Cattarello
et B. M. Johnstone. « The Effectiveness of Drug
Abuse Resistance Education (Project D.A.R.E.): 5-year Follow-up
Results », dans Preventive Medicine, vol. 25, 1996,
p. 307-318.
4 Dukes, R. L., J. B. Ullman
et J. A. Stein. « Three Year Follow-up of Drug Abuse
Resistance Education (D.A.R.E.) », dans Evaluation Review,
20, 1996, p. 49-66.
5 Ennett, S. T., N. S. Tobler,
C. L. Ringwalt et R. L. Flewelling. « How Effective
is Drug Abuse Resistance Education? A Meta-analysis of Project
D.A.R.E. Outcome Evaluations », dans
American Journal of Public Health, vol. 84, 1994, p. 1394-1401.
6 Harmon, M. A. « Reducing
the Risk of Drug Involvement Among Early Adolescents: An Evaluation
of Drug Abuse Resistance Education (D.A.R.E.) », dans Evaluation
Review, vol. 17, 1993, p. 221-239.
7 Rosenbaum, D. P., R. L. Flewelling,
S. L. Bailey, C. L. Ringwalt et D. L. Wilkinson. « Cops
in the Classroom: A Longitudinal Evaluation of Drug Abuse Resistance
Education (D.A.R.E.) », dans Journal of Research in Crime
and Delinquency, vol. 31, 1994, p. 3-31.
8 Britt, M., et N. Jachym. « Cigarette
and Alcohol Use Among 4th and 5th Graders:
Results of a New Survey », dans Journal of Alcohol and
Drug Education, vol. 41, no 3, 1996.
9 Curtis, C.K. The
Efficacy of the Drug Abuse Resistance Education Program in West
Vancouver Schools, Service de police de West Vancouver, 1999.
10 Donnermeyer, J. « Parents'
Perceptions of a School-Drug Prevention Education Program »,
dans Journal of Drug Education, vol. 30, no 3,
2000.
11 Tobler, N. « Drug
Prevention Programs Can Work: Research findings », dans Journal
of Addictive Diseases, vol. 11, no 3, 1992.
12 Evans, A., et K. Bosworth. Building
Effective Drug Education Programs, Phi Delta Kappa Center
For Evaluation, Development And Research, vol 19, déc. 1997.
13 Tobler, N., et coll. « School-based
Adolescent Drug Prevention Programs: A 1998 Meta-analysis »,
dans Journal of Primary Prevention, vol. 20, no 4,
2000.
14 Tobler, N., et H. Stratton. « Effectiveness
Of School-Based Drug Prevention Programs: A Meta-analysis of the
Literature », dans Journal of Primary Prevention,
vol. 18, no 1, 1997, p. 71-128.