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Préoccupations liées à la santé

Enquête sur le ressort psychologique des communautés

Résultats négatifs

Les trois thèmes des résultats négatifs qui ont été déterminés dans les données avaient rapport avec la détérioration de l'état de santé mentale, le manque d'action collective pour faire face à l'adversité économique actuelle et (de la part des deux communautés acadiennes) un manque de collaboration et de coordination des organismes locaux face aux problèmes actuels.

État de santé mentale des citoyens

Bien que la santé physique des citoyens ait été perçue comme étant généralement bonne dans les trois communautés étudiées, on ne pouvait pas en dire autant, selon le point de vue majoritaire, de la santé mentale. Les temps difficiles étaient perçus comme ayant des répercussions négatives sur les émotions et les comportements d'un nombre croissant de gens. Cinq sous-thèmes : les problèmes au niveau des émotions et du comportement sont liés à la situation économique, l'anxiété, la peur, l'incertitude et la dépression sont très répandues, il y a des problèmes familiaux dans les communautés, il y a des problèmes de toxicomanie dans les communautés et les problèmes de santé mentale vont s'aggraver avec le temps.

Les problèmes au niveau des émotions et du comportement sont un sujet de préoccupation dans les trois communautés liés à la situation économique

La majorité des participants dans les trois localités avaient des raisons de s'inquiéter au sujet de la santé affective des citoyens de leur communauté. Ils attribuaient généralement ces problèmes au stress associé aux taux élevés de chômage qui sévissent actuellement. Les réponses fournies par beaucoup de participants étaient fondées sur l'observation ou sur des renseignements. D'autres participants ont fait des commentaires plus spéculatifs issus de leurs connaissances générales sur l'effet du stress sur le comportement humain.

L'autre gars disait : «J'ai pensé m'en aller ailleurs, mais où est-ce que j'irais? Qu'est-ce que je ferais? Je n'ai pas d'autres compétences à part être chalutier. J'ai une maison par ici qui n'est pas encore entièrement payée. S'il fallait que je sois obligé de terminer les paiements sur celle-ci et de continuer à payer les taxes et les assurances, et d'aller ailleurs avec ma famille, qu'est-ce que je ferais?» Alors voilà le genre de désespoir auquel on a affaire. Ça gruge...

Je ne suis pas expert, mais je suis sûr qu'avec le stress de l'inquiétude par rapport aux sources de revenu - je veux dire que si vous ramenez le stress dans la maison, la violence, l'abus, l'alcool, la drogue, tout ça vient avec. Je sais qu'il n'y a pas si longtemps, j'étais, semble-t-il, dans ce milieu [où] on cherche une solution dans la drogue et l'alcool.

Je suis sûr que l'insécurité est beaucoup plus répandue partout. Je constate une baisse dans leur estime de soi. Une sorte de désespoir, parce qu'ils ne savent pas où ils vont chercher un job le printemps prochain. Et ce qui accompagne cet état de choses, c'est probablement une consommation accrue d'alcool, en partie à cause de la dépression, et en partie parce qu'ils ont plus de temps à passer dans les tavernes et les endroits où on boit.

C'est seulement à Dildo qu'une minorité significative de participants ont répondu de façon négative lorsqu'on leur a demandé si les problèmes liés aux émotions et au comportement étaient répandus dans leur communauté. Cependant, un médecin local, membre d'un groupe de discussion constitué de fournisseurs de services dans la région de Dildo, a mentionné les questions et les problèmes soulignés dans chacune des trois communautés, en suggérant un point de vue différent :

Il est certain que ce que nous voyons dans la communauté, c'est une hausse constante du niveau de stress et des maladies reliées au stress... Quand le moratoire (sur la morue) a frappé, il y a beaucoup de gens qui ont réagi tout de suite et qui ont dit : «Oh, il faut intervenir pour prévenir beaucoup de ces problèmes», et beaucoup d'entre nous qui travaillons avec les gens d'ici ont dit : «Attendez une minute... Vous ne verrez rien de tout cela avant deux ans... C'est seulement quand la LSPA va commencer à réduire ses effectifs et que les répercussions vont avoir frappé la communauté dans toute leur ampleur que vous allez vraiment voir ça. Et en fait, maintenant, on commence à voir ça - des niveaux très élevés de stress... un nombre grandissant de cas de dépression...un nombre grandissant de cas d'abus d'intoxicants... (et) de violence familiale...(et) d'anxiété générale... Et il semble que cela colore presque tous mes contacts, ces jours-ci, avec les patients dans la communauté.»

L'anxiété, la peur, l'incertitude et la dépression sont des sentiments très répandus dans les trois communautés

Ce stress émotif est surtout centré sur l'anticipation de la fin du programme de LSPA, et sur les changements au programme de l'assurance-chômage ou assurance-emploi.

Anxiété, peur

Nous, on est sur la LSPA en ce moment. Si on n'avait pas de (d'assurance-) chômage ni d'argent, par exemple, si le gouvernement arrêtait la LSPA, il y aurait de la pauvreté. Et il y aurait de la peur. On n'aurait rien. Rien pour payer nos comptes; rien pour nourrir nos enfants.

Et ils se basent seulement sur vos huit dernières semaines. Alors disons que l'année dernière vous gagniez plus de 250 $ (par semaine). Avec cette nouvelle assurance-emploi, vous recevriez 79 $ par semaine. Comment est-ce qu'une famille de quatre, ou peu importe, peut vivre avec 79 $ par semaine?

La possibilité d'être obligé de déménager est à la source de beaucoup d'anxiété.

Je ne pense pas que ce soit ceux qui restent qui se sentent délaissés. Je pense que ce sont ceux qui sont obligés de s'exiler qui ont beaucoup de peine d'avoir à s'en aller.

Un participant de Dildo décrivait cette peur d'avoir à déménager d'un point de vue historique :

Je pense que les communautés rurales de Terre-Neuve sont en danger... Avec toutes les compressions budgétaires et les pêcheries et tout. Je pense vraiment que ça va être dur. C'est comme si on essayait de retourner quarante ans en arrière quand ils ont fait de la relocalisation. On se demande presque si ça va se reproduire. Est-ce qu'on va devoir être déraciné et transplanté dans des [centres] plus grands?

Incertitude

Ce qui se passe ici aussi, c'est que le gouvernement ne dit pas (si) nos usines vont fermer ou si elles vont rester ouvertes. Pourquoi est-ce qu'ils ne viennent pas nous dire qu'elles vont fermer alors...

C'est vraiment difficile de faire des projets. On ne peut pas planifier ce qu'on va faire dans un an. Par exemple, on vient d'acheter une maison... mais dans quatre ou cinq mois, il est possible qu'on n'y habite plus. On pourrait être obligé de ramasser nos affaires et de partir.

Les jeunes, pour leur part, éprouvent des sentiments d'incertitude quand il s'agit de planifier leur avenir. Voici ce qu'un parent d'adolescents a fait remarquer :

Je pense qu'un des aspects probablement les plus difficiles de la vie actuelle dans cette communauté, pour un jeune, c'est de conserver un sentiment d'optimisme, tout en étant pleinement conscient qu'il va être vraisemblablement obligé de quitter la communauté pour trouver du travail... Même pour garder assez d'optimisme pour se dire que ça vaut la peine de poursuivre des études supérieures.

Dépression

Quand le moratoire sur la morue a commencé, j'étais très positif... J'ai assisté à un forum ici et je me suis dit que je ne me laisserais pas abattre par ça. Mais je dois dire qu'au cours des deux dernières années - ce n'est pas que le travail à l'usine de poisson était vraiment fantastique... mais quand on se levait et qu'on se rendait au travail, c'était - vous savez, on se sentait bien dans notre peau. On sortait de la maison. On s'en allait travailler. On recevait ce chèque de paie. On travaillait pour l'avoir. Je ne me sens plus le même... Je passe plus de temps assis à la maison à penser et je suis inquiet par rapport à l'avenir... Je m'étais dit que je ne me ferais pas de souci avec ça, mais je dois avouer que je m'en fais.

Il y a de la dépression. On peut le voir sur les visages de certains. Rien qu'à leur allure et comment ils ont changé. Ils ne prennent plus soin d'eux-mêmes. C'est là.

Malheureusement, certains vont se mettre à boire ou à jouer... et d'autres vont les regarder et dire : «C'est un alcoolique ou un joueur», et tout ça, et ils ne comprendront pas que le problème derrière ça, c'est en réalité de la dépression, que ce soit à cause de l'absence de travail ou à cause de problèmes familiaux, et tout ça. Alors, ça peut être un problème si les gens ne comprennent pas quel est le vrai problème.

Les données provenant de Chéticamp ont fait ressortir un autre sujet de préoccupation à propos de la santé mentale et de la dépression. Cinq participants ont signalé que l'usage d'antidépresseurs était très répandu au sein de la communauté. (Un participant de l'Isle Madame a fait la même remarque à propos de cette communauté).

On marche à la pilule par ici. Quand je suis arrivé ici, je n'en croyais pas mes yeux... Je veux dire, même les membres de ma famille; si le vent vient du sud-est, ils prennent une pilule; s'il y a une tempête, ils prennent une pilule. Ça semble très drôle pour certaines personnes, mais c'est un problème très grave dans la communauté. On dirait que tout le monde prend l'une ou l'autre sorte de pilule.

Je ne me rappelle pas où en était la consommation de pilules contre l'anxiété ou contre la dépression quand ils ont fait leur enquête pour le Projet sur les soins de santé primaires, mais je pense que le taux devait être assez élevé. Il y avait, par exemple, beaucoup de gens qui prenaient des tranquillisants et des choses du genre.

De tension, de violence et de désagrégation familiales dans les communautés

La plupart des participants ont signalé l'augmentation des tensions et de la désagrégation familiales.

Beaucoup de nos hommes ne travaillent pas, et ils ne sont pas habitués à rester inactifs à la maison et à ne pas travailler, alors il y a plus de tension dans l'air qu'il n'y en a jamais eu avant dans notre communauté.

Ils s'en prennent quelquefois à leur famille à cause de leurs problèmes, leur stress, leur colère. Pas nécessairement de façon physique, mais de façon affective. Par exemple, il y a beaucoup de blâme et des choses du genre : «tais-toi!» ou «tu m'énerves!», et ce genre de choses.

Des problèmes terribles, terribles avec l'éclatement des familles dans ces communautés... On faisait partie des communautés qui n'étaient pas comme ça. Ça, c'était le style de vie des grandes villes, mais nous on était des communautés qui avaient des valeurs comme le mariage... la famille l'église... le respect..., et tout ça. On est en train de perdre tout ça.

Beaucoup de participants ont fait remarquer que la violence familiale était un problème caché, mais ils en soupçonnaient l'existence dans leur communauté.

D'après ce que j'entends dire - le travailleur social m'en parlait il y a quelque temps - et d'après ce que je comprends, il y a un problème (de violence familiale). Remarquez, pas un problème grave, je dirais... Mais ça pourrait être un problème. Il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas, que quelqu'un comme moi ne sait pas.

Il y a des problèmes d'alcool, de drogue et de jeu dans les communautés étudiées

On a d'abord demandé aux participants si l'abus d'alcool et de drogue constituait un problème dans leurs communautés. Parce que certains participants du début ont exprimé une préoccupation face au jeu, on a ajouté le jeu aux éléments du guide.

L'alcool

De ces trois comportements d'accoutumance, l'abus d'alcool faisait l'objet du plus grand nombre de données. Dans les trois localités étudiées, les participants ont attesté qu'il y avait un problème d'alcool dans leur communauté. Alors que certains des participants dans chacune des trois localités étaient d'avis que ce problème n'était pas plus grave dans leur communauté que n'importe où ailleurs, la grande majorité ont manifesté une inquiétude plus prononcée.

C'est une partie importante de la communauté... Je ne sais pas si ça a quelque chose à voir avec la chute des pêcheries ou de l'économie. Ça a l'air que ça a toujours été comme ça.

C'est toujours un problème par ici. On comprend pourquoi. Les gens travaillent dix semaines par année. Ils sont en congé pendant quarante-deux semaines. Eh bien, ils ont beaucoup de temps pour aller boire. Plus on a de temps libre qu'est-ce qu'on va faire avec ce temps? Ils s'ennuient. Les gens s'ennuient.

Dans les trois communautés, on a discuté particulièrement de la consommation d'alcool chez les jeunes. Les groupes de discussion composés de jeunes dans deux des communautés ont décrit de façon semblable leurs rituels du vendredi soir.

Quand on a un groupe d'étudiants du secondaire, et que tout ce qui les intéresse le vendredi soir est de prendre leur demi-douzaine de bières, je ne pense pas que ce soit sain.

Le principal problème est que le vendredi soir, ils n'ont rien à faire alors, d'accord, on se saoule ce soir... Ils planifient le samedi de se saouler le vendredi suivant.

La drogue

Un nombre considérable de participants de chaque localité partageaient l'opinion qu'il y avait un problème d'usage illicite de drogues dans leur communauté.

Pour la taille de la communauté, je dirais que l'usage de la drogue est assez répandu dans la région. À mon avis, il y a beaucoup de drogue qui rentre sur un certain nombre de bateaux... Je veux dire, il y a probablement plus de drogue qui arrive dans cette région que les gens s'imaginent.

Et puis on a les drogues illégales... Je trouve que ces deux derniers mois, c'est bien pire que ça n'a jamais été par ici... Je ne sais pas si c'est la bande des plus jeunes, parce que certains parmi ceux qui en prennent ont presque trente ans, mais ils ne sont pas mariés. C'est la bande des célibataires, je dirais. Pas les plus jeunes; les célibataires.

Bien que l'on n'ai pas perçu l'usage de la drogue comme un problème limité aux jeunes, on reconnaissait le fait que les écoles en étaient affectées. Dans deux des communautés, certains participants étaient d'avis que les administrateurs d'école n'abordaient pas ce problème de façon assez sérieuse. Un groupe de discussion composé de jeunes a émis les commentaires suivants :

Ils ne veulent pas détruire la réputation de l'école en suspendant quarante-cinq personnes en une journée pour avoir pris de la drogue.

Ils n'y font pas attention.

Je suis sûr qu'ils savent ce qui se passe.

Ils ne peuvent pas vraiment faire autrement, quand il y a des personnes qui se promènent avec les yeux comme des billes, l'air complètement perdus.

La passion du jeu

La passion du jeu s'est avérée un problème dans les deux communautés situées en Nouvelle-Écosse, et on a décrit les appareils de loterie vidéo comme étant à l'origine du problème. Apparemment, ces machines n'ont pas envahi les communautés rurales de Terre-Neuve. Cependant, bon nombre de participants de Chéticamp, et plusieurs de l'Isle Madame, voyaient les paris vidéo comme un sérieux danger menaçant leur communauté.

La passion du jeu, c'est une autre histoire, je pense. On a des gens qui vont à la taverne et on a des gens dont on sait qu'ils ont de la misère à arriver... qui dépensent tous leurs chèques dans les machines... Je veux dire, c'est un problème grave. Pour la petite communauté que nous sommes, il y a beaucoup, beaucoup de gens qui dépendent de ces machines.

C'est comme certaines filles - je ne parle pas seulement des hommes - je parle des femmes aussi. Il y en a qui prennent leur chèque au complet et qui le jouent... Mais une fois qu'on est pris, c'est difficile de lâcher. Et ils ont un groupe de Gamblers Anonymous à Port Hawkesbury... J'en connais certains qui ont déjà téléphoné et ils y vont.

Les problèmes de santé mentale vont s'aggraver avec le temps

On prédisait dans les trois communautés que les problèmes augmenteraient progressivement avec la disparition du soutien du revenu.

Je dirais que beaucoup de personnes ont des problèmes, des problèmes familiaux et des problèmes affectifs, et ça ne peut pas faire autrement que d'empirer à cause des choses qui se passent, à moins qu'il y ait un gros changement comme le développement de l'île.

Oh, il y a un sérieux potentiel pour [une augmentation des problèmes de santé mentale] parce que les gens sont comme en train de devenir - je ne peux pas utiliser le mot paresseux, mais ils sont comme ancrés dans leurs habitudes. Et pour l'instant, ils reçoivent cet argent. Quand ça sera coupé, ils ne sauront pas quoi faire avec ça... et je pense qu'ils vont avoir beaucoup de problèmes.

Résumé :

Le stress lié à la situation économique avait un impact négatif sur la santé mentale dans ces communautés. Parmi les gens sans emploi, les sentiments d'anxiété, de peur, d'incertitude et de dépression étaient fréquents. Par suite de ces sentiments, on percevait une hausse du nombre de cas de tension et de désagrégation familiales, d'abus de drogues ainsi que d'accoutumance au jeu. Les participants s'inquiétaient du fait que ces problèmes risquaient de s'aggraver quand les programmes de soutien du revenu seraient retirés ou réduits dans un proche avenir. Pour ce qui est des services de santé mentale, leur capacité de répondre aux besoins de la population pourrait devenir un sujet de préoccupation croissante dans ces communautés.

Inaction collective

Les participants des trois localités ont signalé que, malgré le travail acharné d'un petit nombre de gens pour favoriser le développement communautaire, ces communautés n'avaient pas relevé, dans l'ensemble, le défi d'évoluer qui s'imposait dans les circonstances économiques actuelles. Trois sous-thèmes étaient manifestes : les communautés n'ont pas réagi de façon adéquate à la crise économique et au chômage, les communautés ont de la difficulté à s'organiser pour faire face à la situation globale et les communautés n'appuient pas les entreprises locales.

Les communautés n'ont pas réagi de façon adéquate à la crise économique et au chômage

Je peux imaginer une situation où on aide quelqu'un, disons, qui a passé une période difficile. Mais je ne me rappelle aucune situation où les gens se sont ralliés par rapport au chômage ou quoi que ce soit.

Nous savions que ça allait arriver... Je trouve que, dans cette région, les gens parlent beaucoup mais qu'ils n'agissent pas quand on en vient à des choses comme ça. Comme : «Nous devrions aller à la Chambre des communes et faire une pétition pour ceci, et faire une pétition pour cela», mais personne ne prend jamais l'initiative de le faire. C'est que tout le monde savait que ça allait arriver, mais personne n'a rien dit pour l'arrêter, pour limiter les dégâts.

Les communautés ont de la difficulté à s'organiser pour faire face à la situation globale

Nous avons de la difficulté à exercer de la pression. Nous avons du mal à nous présenter. Nous avons du mal à revendiquer nos droits. Nous nous organisons seulement sur une petite, minuscule échelle. C'est difficile de former un front commun... Au lieu de nous plaindre de certaines personnes, nous devrions nous plaindre des problèmes, faire face à ces problèmes Au lieu de nous en prendre à certainnes personnes.

Comment est-ce qu'ils expriment [leur colère et leur frustration?] Entre eux. La colère n'est pas exprimée comme elle devrait l'être, aux organismes gouvernementaux. Elle n'est pas exprimée aux réunions [d'un organisme] en vue de s'occuper de leur avenir. Elle est exprimée quand ils vont au bureau de poste... dans les petites cantines... quand ils se rencontrent en groupe quelque part, entre eux. Cette façon de s'exprimer est naturelle... Mais ce n'est pas efficace de faire ça.

Les communautés n'appuient pas les entreprises locales

Un des signes de la tiédeur de la réaction des communautés aux tentatives locales de s'adapter au déclin économique, c'était le manque de soutien aux nouveaux entrepreneurs. Ce fait a été noté dans les trois communautés.

Et les gens essaient de mettre sur pied leur propre entreprise et ils trouvent ça difficile. Parce que je pense que les gens ont beaucoup de temps libre... Leur chèque arrive de toute façon et ils n'ont pas à travailler pour l'avoir. Et ils répandent leur argent partout ailleurs au lieu de le dépenser dans la communauté parce qu'ils ont trop de temps.

Il semble que tout le monde ait une auto. S'ils veulent aller à Sydney, ils y vont. C'est là que sont les plus grands centres commerciaux Et les prix sont moins élevés que ce qu'on peut trouver par ici. Et les gens ne sont pas prêts, je suppose, à appuyer leur communauté quand il s'agit d'économiser des sous.

Résumé :

Alors que le succès de certains projets de développement communautaire témoignait du travail de certains citoyens, ces communautés ne s'étaient pas encore ralliées en bloc pour faire face à la crise économique actuelle. Les gens se plaignaient entre eux, mais ils avaient de la difficulté à traduire leurs paroles sous forme d'action organisée. Dans les trois communautés, le manque de soutien aux entreprises locales et aux nouveaux entrepreneurs a été cité comme exemple du fait que les gens ne réussissent pas à penser et à agir de façon concertée.

Manque de coordination des organismes communautaires

La nécessité d'une démarche plus concertée face aux défis actuels était un thème dominant dans les deux communautés acadiennes, surtout chez les participants engagés dans le développement local. (Cela n'a pas été signalé comme un problème à Dildo, probablement parce qu'il y a beaucoup moins d'organismes dans la communauté et qu'il semblait y avoir une bonne collaboration entre eux). Deux thèmes étaient manifestes : l'absence organismes de coordination à grande échelle constitue un problème et les organismes existants doivent davantage collaborer et coordonner leur action.

L'absence d'organismes de coordination à grande échelle constitue un problème

L'absence d'organismes de coordination à grande échelle qui pourraient aborder des questions générales et complexes de développement a été relevée comme un problème dans les deux communautés acadiennes.

Il est presqu'impossible pour [l'association de développement] de s'attaquer à ces questions d'infrastructure parce que ce sont de gros problèmes qui devraient être abordés par un groupe communautaire à grande échelle. Et ce que [l'association de développement] a fait par rapport à ça, c'a été d'essayer de créer un conseil communautaire de l'Isle Madame.

Ça pourrait être n'importe quelle sorte d'organisme qui regrouperait les différents organismes, les banques, les entreprises, les groupes de la communauté, qui parlerait au nom de la communauté et pour le développement de la communauté.

Les organismes existants doivent davantage collaborer et coordonner leur action

Il est significatif que le plus grand nombre de données à ce sujet proviennent de l'Isle Madame où les divisions au sein de la communauté sont ressorties comme un facteur de risque lié à la colère collective.

Ce que j'aimerais voir, c'est que ces communautés soient capables de faire l'effort concerté de s'unir de manière à former un seul organisme. Appelons ça la communauté de l'Isle Madame... Si on avait ce genre de système, on établirait un ordre de priorité de nos projets... Mais tant que l'île ne prendra pas de recul par rapport à ces minuscules petits groupes qui ne font que leur petite affaire et qui n'ont aucune vision de l'île dans son ensemble, ils n'arriveront nulle part.

L'auteur de la citation ci-dessus a signalé Chéticamp comme modèle :

On peut voir un bon exemple à Chéticamp; il n'y a pas de communauté mieux organisée. Ils se mettent ensemble pour accomplir des choses.

L'ironie de la situation, c'est que les participants de Chéticamp ne le voyaient pas de cette façon.

Tous ces comités. Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas avoir un membre de chacun de ces comités dans un même comité? Seulement un comité, et qu'il fasse quelque chose. Qu'ils travaillent ensemble. Il y en a trop.

Je veux dire, on devrait se réunir... pas pour se faire la guerre, mais pour discuter de nos problèmes et pour essayer de les régler ensemble... Un groupe de leaders de divers organismes, de diverses entreprises, de divers clubs de service... avec la CDC (Commission de développement de Chéticamp). On devrait tous se réunir avec tous les gens sans emploi et travailler en groupe - comment nous allons faire face à la réforme de l'assurance-chômage et comment nous pourrions, ensemble, améliorer l'économie de Chéticamp.

Il est intéressant de mentionner ici le projet Chéticamp 2000 présentement en cours, qui aborde justement ce sujet. Son but est la «concertation» (c.-à-d. l'harmonisation, la coordination) des organismes locaux afin que leur travail réponde plus efficacement aux besoins de la communauté. Comme le coordonnateur communautaire l'a fait remarquer, il s'agit là d'un processus où beaucoup de défis devront être relevés. Entre autres, il y a un manque de collaboration interinstitutions qui est aggravé par le fait que l'on se dispute les fonds alloués aux projets. Le coordonnateur communautaire a décrit une réunion en ces termes : «J'ai trouvé... qu'on n'accordait pas assez de temps à l'établissement des priorités en ce qui a trait au développement économique. J'ai senti un manque de confiance entre les participants quand il s'agissait de discuter ouvertement des projets particuliers que chaque organisme avait élaborés à des fins de développement économique. Les organismes sentent qu'ils doivent rivaliser entre eux pour obtenir les fonds existants et ils ne dévoilent pas leurs demandes pour des projets spéciaux jusqu'à ce que ceux-ci soient approuvés.» Un bilan récent sur le progrès de cette initiative indique que des liens interinstitutions ont été créés depuis. Les conflits et le manque de confiance au sein des organismes participants demeurent cependant des obstacles au progrès, en l'absence du concours d'un organisme indépendant pour aider les participants à résoudre leurs différends et à aller de l'avant.

Résumé :

On a relevé, dans les deux communautés acadiennes en particulier, la nécessité d'une coordination des efforts pour faire face aux problèmes graves que doivent affronter ces communautés. On a suggéré la création d'un organisme de coordination à grande échelle comme moyen d'y arriver ainsi que pour aider le grand nombre d'organismes locaux existants à collaborer dans leur travail dans l'intérêt de la communauté. La tentative de la part de l'une des communautés de créer un processus à long terme destiné à accomplir cet objectif a mis en lumière le fait qu'une forme de soutien pourrait s'avérer nécessaire de manière à développer les compétences des participants dans les domaines de la résolution de conflit et de la planification stratégique.

Remarque : Il est significatif que les conclusions de l'enquête parallèle menée dans la région de Crowsnest Pass en Alberta soient semblables en bien des points. Les problèmes d'emploi et la nécessité d'une base économique plus diversifiée constituaient les facteurs de risque prédominants. Le bénévolat et un sens commun de l'histoire et des valeurs étaient des facteurs de protection qui contribuaient aux résultats positifs que sont la résolution des problèmes collectifs et l'adaptation. On reconnaissait des besoins tels qu'une augmentation des services de santé mentale et l'inclusion d'un plus grand nombre de membres de la communauté dans la création de changements à la Pass, des besoins dont on trouve des échos au Canada atlantique.