Les résultats constituent le troisième et dernier élément du schéma du ressort psychologique collectif. Il s'agit de manifestations, que l'on peut mesurer ou observer, des réactions d'une communauté face au risque ou à l'adversité. Les résultats peuvent être positifs ou négatifs, sains ou malsains. Les données ont révélé des exemples des deux types.
On a relevé six thèmes dominants liés aux résultats positifs. Quand on a demandé aux participants : « Quels sont les signes les plus évidents de succès dans votre communauté? », trois thèmes prédominants ont fait surface : la croissance économique, une attitude ou une humeur générale de plus en plus positive parmi les citoyens, et le rôle vital que les organismes et le développement communautaires continuent à jouer dans les communautés. De plus, parmi les thèmes liés à des résultats positifs, les données ont également permis de mettre en évidence, l'état de santé physique des citoyens, les comportements des citoyens vis-à-vis de la santé, et les services de santé.
Alors que les participants voyaient le désavantage économique comme le facteur de risque le plus important dans leur communauté, ils ont tout aussi vite vu les signes de croissance économique comme un indicateur primordial de succès. Ce thème a été couvert sous forme de deux sous-thèmes : il y a des signes d'un nouveau développement économique et l'esprit d'entreprise est en croissance.
Les participants des trois communautés voyaient l'apparition de nouvelles entreprises comme un signe très positif et encourageant.
Les nouveaux magasins. Il y a l'IGA qui ouvre le comptoir d'échange de bouteilles, de recyclage de bouteilles. Et j'ai entendu dire que le restaurant à Arichat avait été acheté... On a besoin d'un restaurant. Et ils ont ouvert une laverie automatique. Des choses comme ça, c'est bon pour les citoyens.
Le tourisme est le point de mire du développement économique dans les trois communautés, avec l'industrie de la culture comme thème dominant.
Quand les gens de la troupe théâtrale ont voulu continuer la tradition des concerts et des [activités] théâtrales, qu'est-ce qu'ils ont fait? Ils ont créé un dîner-théâtre... Ce que j'aime à propos [du théâtre], c'est que le service que nous fournissons aide les gens. Ça divertit; ça donne de l'espoir aux gens. Et les emplois que ça crée pour ces gens. Ça leur permet de bien s'entraîner, ils se font connaître, puis ils peuvent poursuivre leur propre carrière. Nous donnons de l'espoir à nos enfants. Il y a maintenant un endroit où les enfants peuvent aller et apprendre le métier de radiodiffuseur ou de technicien... C'est ce que j'appelle du succès... donner à nos enfants ou à nos adultes l'espoir qu'on peut devenir quelqu'un.
Une bonne part de l'accroissement récent du nombre des petites entreprises est le produit de l'esprit d'entreprise local. Un commentaire écrit provenant de Dildo notait :« Un des événements les plus intéressants a été la construction d'un nouveau centre commercial linéaire. Ce bâtiment abrite quatre entreprises appartenant à des femmes et gérées par elles... Trois de ces quatre femmes sont mariées et ont des enfants, et elles n'ont jamais travaillé à l'extérieur de la maison avant de fonder leur entreprise... Les gens parlent du fait que ce bâtiment appuie les femmes entrepreneures, et le public est fier de cette réalisation. »
Je pense que le meilleur indicateur de succès que je puisse voir est que les gens ne veulent pas se coucher, s'aplatir et abandonner. Je vois beaucoup de gens dans notre communauté qui essaient de faire démarrer une entreprise, et certains d'entre eux ont beaucoup de succès. Un des aspects positifs de tout ça, c'est simplement de regarder et de voir que les entrepreneurs à l'Isle Madame, de nos jours, sont jeunes, et qu'ils sont de l'île. Alors, ça c'est quelque chose de bien encourageant par rapport à l'entrepreneuriat dans l'avenir.
Ici, parmi les entrepreneurs, si on veut les appeler comme ça, il y a une volonté de progresser de la part de gens qui ont probablement vécu toute leur vie dans cette communauté - ils sont peut-être partis ailleurs pour aller à l'école puis ils sont revenus... Et ils ont la volonté de fonder des commerces et de réussir de cette façon. Ce ne sont pas des étrangers qui arrivent et qui font ça.
Résumé :
De nouvelles initiatives économiques ont été rapportées dans les trois communautés. Beaucoup étaient de petites entreprises commerciales créées par les habitants du coin se tournant vers l'entrepreneuriat après avoir perdu leur ancien emploi. La croissance dans l'industrie de la culture était particulièrement remarquable étant donné que toutes ces communautés s'efforçaient d'attirer plus de touristes.
On a interrogé les participants sur l'humeur ou l'attitude générale des gens dans leur communauté. Les réponses étaient divergentes mais, dans l'ensemble, les données brossaient un tableau assez positif. Les données sont divisées en deux sous-thèmes : il y a un courant de détermination, d'espoir et d'optimisme réservé et les gens se tournent vers l'éducation, le changement et l'évolution personnelle.
La plupart des gens refusent de capituler. Aussi bien sur le plan communautaire que sur le plan individuel, la volonté de persister et de réussir est manifeste. Comme l'un des participants l'a fait remarquer : «Ils reprennent goût à la bataille.»
Quand les pêcheries ont fermé, ils ont tous dit qu'avant longtemps, cet endroit serait une ville fantôme. Eh bien, ce n'est pas le cas. Et les gens importent de plus en plus de nouvelles choses et ils se battent pour les garder ici. Ce n'est pas près de devenir une ville fantôme. C'est vraiment en train de se développer.
À ce que je vois, certaines personnes s'efforcent de réinvestir plus dans notre communauté pour ne pas avoir à s'en aller ou Dieu sait quoi. C'est comme si on essayait de lui redonner quelque chose.
Bien que certains participants aient parlé de dépression et de hauts degrés d'anxiété de la part de beaucoup de travailleurs déplacés ou saisonniers, la majorité des réponses dépeignaient trois communautés où la plupart des gens paraissaient prendre les choses du bon côté et faire preuve d'optimisme réservé vis-à-vis de l'avenir.
Il y a des sentiments mitigés. Je pense qu'ils sont arrivés à un croisement et qu'ils ne savent pas quoi penser On a le pressentiment que le poisson ne va pas revenir, mais je pense qu'on a aussi le sentiment qu'il n'est pas question de déménager ailleurs non plus. Dans d'autres communautés, c'est : «Bien, il faut qu'on aille en Ontario.» On n'entend pas ça souvent par ici. Alors je pense qu'ils ont l'espoir de quelque chose, que quelque chose va arriver. J'imagine que c'est un sentiment d'optimisme... Ils se plaignent, mais il y a de l'optimisme.
Quand on voit que les gens se battent encore pour avoir des jobs et du développement, vous savez que c'est quelque chose de pas mal encourageant. Et si les gens vont encore aux réunions, aux activités, aux activités culturelles et qu'ils essaient de faire démarrer des entreprises, tout ça c'est encourageant.
Dans chacune des communautés, il y a eu des commentaires selon lesquels la crise des pêcheries n'avait pas été entièrement négative.
J'ai beaucoup d'espoir qu'on traverse maintenant une période de transition. Ce qui est arrivé par suite du déclin de la pêche est peut-être une bonne chose parce que ça va nous forcer à faire des choses qu'on aurait dû faire il y a vingt ans. Ce n'est pas entièrement négatif. La première chose qu'on doit faire, c'est de développer chez les gens des habiletés d'entrepreneur.
Certains de ces gens ont changé complètement de vie, et je pense que c'est absolument fantastique, parce que des fois ça prend une crise pour changer... Quelques-uns ont dit : «Cette histoire a très bien tourné pour moi.»... Et si on regarde le centre-ville de Chéticamp de nos jours, ça a une allure bien différente de ce que c'était avant... avec notre promenade en planches et les bâtiments nouvellement repeints... Il y a une certaine fierté... nous voulons attirer plus de gens par ici S'il n'y avait pas eu de crise, nous n'aurions pas changé et nous n'aurions pas ce que nous avons maintenant. Je veux dire, les gens sont fiers.
C'est une histoire qui finit bien, en ce sens que la plupart des gens de l'usine de poisson, environ 60 p. cent, je pense, ont été capables ou bien de trouver un autre gagne-pain, ou bien d'obtenir une formation, une forme d'éducation. Ce qui est positif, c'est qu'ils savent qu'ils peuvent faire des choses... Certains d'entre eux ne se rendaient pas compte qu'ils pouvaient apprendre et obtenir leur scolarité de 12e année. En fin de compte, c'est plutôt ça qui est ressorti de toute cette affaire.
Quand je travaillais avec les gens de la LSPA, certains d'entre eux avaient travaillé pendant quinze, vingt ans à faire la même chose... Ils se sont trouvés dans une situation où ils pouvaient retourner à l'école... Quand ils en sortent, ils peuvent travailler sur des ordinateurs. Ils apprennent à lire et à écrire. Ils ont plus d'assurance. Ils se sont fait une toute nouvelle identité... Et certains d'entre eux ont fait démarrer de petites entreprises.
Résumé :
Alors qu'il y avait des degrés élevés d'anxiété et de négativité dans les trois communautés, l'humeur générale était Ë l'optimisme réservé mais croissant. Beaucoup de gens paraissaient se remettre du choc initial causé par l'effondrement des pêcheries et, étant bien résolus à ne pas se voir obligés de quitter la communauté, ils semblaient explorer des avenues et des options nouvelles. Les gens puisaient de l'assurance dans leurs nouvelles expériences en matière d'éducation ainsi que de l'espoir dans les signes évidents de croissance et d'activité dans la communauté. Il y avait des commentaires provenant des trois localités selon lesquels la crise actuelle n'était pas entièrement néfaste puisqu'elle mettait les gens et la communauté dans son ensemble devant le défi de développer des attitudes et des comportements nouveaux et positifs.
Comme les organismes locaux sont, dans une large mesure, une manifestation des caractéristiques de la communauté et de l'activité collective, le rôle actuel des organismes dans la vie de la communauté était l'un des points de mire de cette enquête, dans laquelle nous avons prêté une attention particulière au développement communautaire. Dans l'ensemble, cet élément constituait un résultat positif bien que la faible participation collective dans le fonctionnement et le développement de la communauté ait été qualifiée de un facteur de risque. Trois sous-thèmes étaient manifestes : les organismes continuent à jouer un rôle vital, les gens sont très conscients des organismes de développement communautaire et ils les tiennent en haute estime et les organismes ont réussi à exploiter certaines ressources.
De solides organismes locaux font partie de l'histoire des trois communautés étudiées. Les données de l'enquête démontrent qu'en ces temps difficiles, ils continuent à jouer un rôle de premier plan dans la vie de la communauté. Notamment, les organismes de développement communautaire ont souvent été reconnus pour le travail qu'ils accomplissent en vue d'aider leur communauté à passer à travers le processus d'adaptation aux défis actuels.
Avec nos organismes de services et nos associations de développement, je pense qu'on est sur la bonne voie.
La plupart des organismes de la communauté survivaient aux temps difficiles; certains s'en trouvaient même pleins de vitalité.
Et jusqu'ici, nous avons été capables de garder tous nos organismes. Je n'ai jamais entendu dire qu'un d'entre avait fermé ses portes. Par exemple, le Centre acadien à Chéticamp a vécu une période difficile, mais même là... et voilà encore une fois les bénévoles... Je pense que je n'ai jamais entendu parler d'aucun projet valable qui ait débuté dans ces communautés et qui [n'ait] pas réussi.
La société historique s'est beaucoup améliorée ces quelques dernières années. C'est en soi une petite histoire à succès. Tous les petits festivals dans la région...
Les organismes étaient perçus comme des dispensateurs de leadership. Ils offraient une structure au moyen de laquelle certaines personnes qui ont des qualités de leadership apportent leur contribution à la communauté. Les organismes de développement communautaire ont souvent été cités dans ce sens.
Les gens qui s'engagent (dans des organismes) font une grosse différence parce que ce sont eux qui font bouger les choses. Ils vont assister aux réunions et participer à des comités et ils sont la force derrière les groupes petits et grands.
Je dirais que la DIMA (Development Isle Madame Association)... c'est le plus important maintenant. La principale force agissante. Composée de vrais meneurs qui poussent vraiment pour que ça aille mieux.
La plupart des participants étaient au courant de leur(s) organisme(s) de développement communautaire et ils pouvaient nommer quelques-uns de leurs projets et de leurs accomplissements. La plupart ont dit que ces organismes étaient efficaces, qu'ils faisaient de gros efforts et qu'ils apportaient une précieuse contribution à chacune des communautés.
Je dois dire qu'ils se sont occupés des problèmes de la communauté. Ils ont donné de l'assurance aux gens. Et quand je dis «ils», c'est nous en réalité. C'est comme les gens de la communauté en fait... On peut voir ce qu'ils font maintenant. On peut voir des choses qui se produisent, des choses qui s'améliorent, alors ils ont démontré leur efficacité.
Pour beaucoup d'organismes bénévoles, l'accès aux ressources, sous forme notamment de renseignements et de subventions, représente un défi. Ceci est particulièrement vrai dans le cas des organismes de développement communautaire en période de restrictions financières. Dans chacune des communautés, il y avait un projet de développement communautaire qui témoignait du succès des personnes responsables quant à l'exploitation de certaines ressources. Aux yeux de beaucoup de participants, l'« aboutissement » de ces initiatives représentait à la fois l'espoir d'une croissance économique et le sentiment d'optimisme qui semble prendre racine de plus en plus. Il est important de noter que tous ces projets témoignaient également de l'espoir et de l'effort que les trois communautés sont en train d'investir dans le développement du tourisme.
À Chéticamp, c'était la nouvelle promenade en planches le long du port :
La [Commission de développement communautaire] par exemple, il y a la promenade. Je pense que ça dépasse probablement les attentes de tout le monde. Je veux dire, l'été dernier, le monde qu'il y avait! C'est l'endroit idéal. Et où on profite au maximum de l'effet de l'eau et de la communauté.
À l'Isle Madame, c'était La Picasse, qui est à la fois un centre culturel et un incubateur d'entreprises.
Une des choses que j'aimerais souligner, c'est que La Picasse elle-même, c'était un rêve pour commencer. C'est fascinant de voir ce grand bâtiment maintenant et de penser que c'était juste un rêve. Le comté de Richmond s'est réuni à Arichat... et ils ont décidé de ce qu'ils voulaient faire, et les démarches ont commencé, et les démarches ont continué, et maintenant ils ont ce magnifique bâtiment. C'est grâce à tout le monde qui y a cru que ça s'est développé. Tout ce que ça prend quelquefois, c'est d'y croire un petit peu.
À Dildo, c'était le nouveau Centre d'interprétation, dont tout le monde parle comme de «l'édifice». Ce centre, un projet en cours de la «Society of United Fishermen» et de l'association locale de développement, a eu comme point de départ la rénovation d'un vieux site distinctif qui était devenu une forme de pollution visuelle. Il est situé au coeur géographique de la communauté, sur la route principale qui suit la côte de Trinity Bay. Le coordonnateur communautaire a décrit la période de construction comme suit : «Des bénévoles ont aidé à faire une partie du travail, des entreprises de la région ont donné des matériaux et l'une d'elles a donné une journée gratuite de travail pour couler du ciment. Tout le monde a participé au projet. Les gens s'arrêtaient pour faire des compliments sur la qualité du travail des ouvriers. Les douze semaines pendant lesquelles on a vu le vieux bâtiment se transformer pour devenir le Centre d'interprétation ont été très excitantes.»
Plusieurs participants ont signalé que l'édifice était devenu un symbole d'espoir et de fierté pour la communauté. Chez bien des habitants de Dildo, il a amorcé un regain d'intérêt pour la communauté ainsi que l'espoir de voir croître l'industrie touristique. Comme l'un des participants l'a fait remarquer, cela a aussi amené les gens à redécouvrir et à apprécier le patrimoine local :
Comme ce pôle d'attraction, l'édifice, et tout ce qu'il a déclenché. L'infrastructure physique est là maintenant, mais ça a provoqué également beaucoup de discussions à propos de notre communauté - les groupes communautaires, l'archéologie, rien qu'en lui faisant revivre toute son histoire. Ça commence à faire germer des idées dans la tête des gens au sujet de leur communauté, où ils en étaient, où ils s'en vont et comment faire avec ce qu'ils ont.
Résumé :
La santé physique ne semblait pas constituer un sujet de préoccupation majeure dans ces communautés. Les participants étaient d'avis que la santé générale dans leur communauté était au moins aussi bonne que n'importe où ailleurs, bien que les taux de cancer fussent perçus comme étant élevés. Ce résultat positif peut être lié aux deux thèmes suivants, qui démontrent que la promotion de la santé et les services de santé sont également des indicateurs de résultats positifs dans ces communautés.
On a demandé aux participants de faire des commentaires sur l'état de santé général des citoyens de leur communauté. Bien que la quantité de données engendrées par cette question ne fát pas énorme, elles étaient positives dans l'ensemble. Le seul thème était le fait que la santé physique n'était pas un sujet de préoccupation majeure pour les citoyens des communautés étudiées.
Selon une très grande majorité de réponses, la santé générale dans les communautés était bonne ou moyenne.
Ils n'ont aucune raison de ne pas être (en bonne santé). Les services médicaux sont là... Il y a des gens dans les quatre-vingt ou quatre-vingt-dix ans qui sont toujours en pleine forme.
Je pense que ça ne va pas trop mal pour les gens en ce qui concerne leur santé physique. J'imagine que c'est comme partout ailleurs au Canada... Je ne pense pas que [l'incidence] de maladies soit au-dessus de la moyenne nationale ou de quoi que ce soit.
On a demandé aux participants s'il y avait des taux élevés de maladies ou d'invalidités particulières dans leur communauté. Les réponses n'ont apporté aucun résultat significatif, à part une exception. Des commentaires venant de chacune des trois communautés ont signalé des taux élevés de cancer. Plusieurs personnes dans les deux communautés acadiennes du Cap-Breton ont mentionné une enquête provinciale récente qui a révélé des taux élevés de cancer dans cette région de la Nouvelle-Écosse.
Résumé :
La santé physique ne semblait pas constituer un sujet de préoccupation majeure dans ces communautés. Les participants étaient d'avis que la santé générale dans leur communauté était au moins aussi bonne que n'importe où ailleurs, bien que les taux de cancer fussent perçus comme étant élevés. Ce résultat positif peut être lié aux deux thèmes suivants, qui démontrent que la promotion de la santé et les services de santé sont également des indicateurs de résultats positifs dans ces communautés.
On a interrogé les participants sur les comportements des citoyens de leur communauté vis-à-vis de la santé. Qu'il s'agisse du niveau de sensibilisation ou de la pratique en matière de santé, leurs commentaires étaient franchement positifs dans la plupart des cas. Beaucoup de gens ont parlé en connaissance de cause et de façon élogieuse des initiatives de promotion de la santé dans leur communauté. Trois sous-thèmes étaient manifestes : il y a une hausse du niveau de sensibilisation aux avantages d'un style de vie sain, la hausse du niveau de sensibilisation en matière de santé entraîne des comportements plus sains et on fait activement la promotion de la santé dans les trois communautés.
La majorité des réponses indiquaient que le niveau de sensibilisation aux pratiques conformes à un style de vie sain était à la hausse dans les trois communautés.
Je pense que les gens sont plus conscients de leur santé maintenant qu'ils ne l'ont jamais été. Peut-être qu'il y vingt ans on ne pensait pas à certaines choses auxquelles on pense maintenant. Ou bien les gens n'en reconnaissaient pas les bienfaits.
La réponse d'un participant de Chéticamp témoignait de la portée des compressions budgétaires dans les hôpitaux ainsi que du Projet sur les soins de santé primaires dans cette communauté. Les attitudes étaient en train de changer :
Je pense que les gens prennent conscience du fait que c'est plus facile de rester en bonne santé. Si on a un rhume... et qu'on pense qu'on va aller à l'hôpital pendant une semaine, ça n'existe plus. Alors je pense que c'est un aspect positif.
Il y avait des questions sur des comportements spécifiques par rapport à la santé. Bien que l'usage du tabac fût encore considéré comme un problème actuel dans les trois localités, la majorité des réponses ont confirmé une tendance générale vers des styles de vie plus sains dans les trois communautés.
Les deux tiers des données liées à l'exercice physique étaient positives. L'image sans doute la plus frappante fournie par les données sur les comportements sains est celle de trois communautés où les gens se promènent beaucoup à pied. Bon nombre de participants ont mentionné le fait que les gens prennent plaisir à toutes sortes d'activités de plein air. D'autres ont fait allusion aux sports auxquels participent les citoyens, notamment le hockey. Mais à peu près tout le monde a mentionné le fait que les gens marchent davantage dans leur communauté.
Même pendant les journées d'hiver, on les voit marcher d'un pas décidé, très vite. Et je pense que je dirais que c'est la principale activité de loisir à Arichat. Et le paysage y est pour quelque chose aussi. C'est un endroit superbe. Beaucoup de gens ici marchent et font de l'exercice comme ça.
Eh bien, il y a des gens qui marchent. Je connais des gens qui sont des marcheurs invétérés, ce que j'aimerais être aussi. Oui, les gens marchent, c'est un fait. Je ne sais pas si leur attitude vis-à-vis de ça vient de raisons de santé ou bien s'ils ont juste besoin de sortir de la maison. On dirait que peu importe la raison, c'est bon quand même.
Beaucoup de participants ont souligné le fait que leur communauté aurait besoin d'installations supplémentaires pour les loisirs sportifs et le conditionnement physique. Le manque d'installations locales était en fait à l'origine d'une très grande proportion des commentaires négatifs, qui représentaient le tiers des données à propos de l'exercice physique. Les adeptes de la marche étaient de ceux qui désiraient de meilleures installations.
Quelquefois les gens disent : «J'aimerais qu'on ait un bel endroit où on pourrait aller marcher ailleurs que sur les routes.» Si on avait des pistes ou quelque chose comme ça, ce serait bien parce qu'on n'a pas de trottoirs, comme vous le savez.
Il n'y a pas assez d'endroits dans la communauté qui favorisent des comportements sains... On a le hockey, mais on a besoin de plus que ça.
...de bonnes installations de loisirs, de bons directeurs des loisirs qui organisent des activités axées sur ces installations. Voilà deux choses qui nous manquent.
Dans l'ensemble, les données relatives à la consommation d'aliments nutritifs étaient plus positives que négatives.
Les gens, je pense, sont conscients maintenant du sel et du gras et du cholestérol. Ils sont au courant à ce sujet. Ils peuvent bien se boucher les oreilles, ils sont au courant.
Cette prise de conscience de plus en plus répandue en matière de nutrition provenait en partie du fait qu'on reconnaît davantage les résistances transmises par les générations et la culture vis-à-vis d'une alimentation saine. Plusieurs participants ont noté la prédilection des jeunes pour les aliments vides, le prêt-à-manger. Cependant, d'autres étaient d'avis que c'était les plus vieux que le message à propos de la nutrition ne rejoignait pas.
Certaines personnes le font (mangent de façon saine). Les plus jeunes le font. Les plus vieux sont ancrés dans la croyance qu'un poisson salé et un morceau de viande salée vont vous maintenir en vie plus longtemps qu'un pot de yogourt.
En effet, les régimes alimentaires traditionnels dans ces communautés étaient perçus comme un obstacle à une alimentation saine, surtout à Chéticamp :
Je pense que le [régime] pourrait causer des problèmes; parce que ce sont des Acadiens, beaucoup de gens sont habitués à tous ces mets acadiens qui sont préparés par les plus vieux, et cela a été transmis à la jeune génération. Et tous ces mets acadiens sont assez riches en gras et ce ne sont pas nécessairement les choses les plus saines qu'on puisse manger. Mais je pense que de plus en plus de gens maintenant sont plus conscients de ce qu'ils mangent et qu'ils vont être plus attentifs à la préparation de la nourriture et tout ça.
Dans chacune des communautés, des réponses diverses ont été suscitées par la question suivante : «Qu'est-ce qui se passe dans votre communauté pour encourager les gens à cultiver une bonne santé?». Alors que le degré de promotion de la santé semblait varier selon la communauté, le tableau général s'avérait positif. Beaucoup de participants de partout ont mentionné les restrictions sur l'usage du tabac et les programmes de promotion de la santé en milieu scolaire. Les conclusions les plus représentatives provenant de chacune des communautés sont énoncées ci-dessous.
Parmi les trois communautés, Chéticamp semblait avoir de loin la plus grande variété de programmes de promotion de la santé, hérités sans doute de l'attitude proactive manifestée depuis longtemps à cet égard par un hôpital local, ainsi que du Projet sur les soins de santé primaires qui a eu lieu de 1992 à 1995. La portée de ce projet dans la communauté a été signalée par bon nombre de participants.
Avec le Projet sur les soins de santé primaires, quand c'est arrivé il y a quelques années, on a organisé beaucoup de réunions dans diverses résidences familiales et avec diverses personnes de la communauté. Ce programme a beaucoup sensibilisé les gens sur l'importance du fait d'être proactif vis-à-vis de la santé au lieu d'attendre d'être malade... et c'est probablement là que ça a commencé, mais il y a encore beaucoup à faire.
Les programmes mentionnés concernaient la nutrition, la sensibilisation aux problèmes de l'alcool et des drogues, des cliniques d'information et d'autogestion par rapport au diabète, à l'arthrite et aux maladies du coeur, la Well Women's Clinic, une clinique du pied, une clinique du cancer du sein, une clinique de pression artérielle et des programmes pour les personnes âgées. Des foires de santé communautaire ont été organisées dans le passé.
Comme à Chéticamp, les participants de Dildo n'ont eu aucune difficulté à nommer les activités de promotion de la santé dans leur communauté et dans ses environs. Le centre situé dans la localité avoisinante de Whitbourne semblait faire preuve de dynamisme à cet égard.
Ils font tout le temps des annonces pour la Well Women's Clinic. Dernièrement, ils ont tenu une clinique pour hommes à Whitbourne, et ça c'était très positif... Maintenant, par exemple, il y a une des infirmières là-bas qui s'occupe d'une sorte de programme pour les diabétiques, et c'est annoncé à notre canal de télévision communautaire.
L'utilisation du canal de télévision communautaire comme source de renseignements sur les activités de promotion de la santé (et sur tout le reste!) prenait une place importante dans les données provenant de Dildo. Il est manifeste que le canal communautaire est perçu comme une ressource précieuse dans cette communauté. Il est sans doute à l'origine du fait que la population était très au courant des activités de la Heart Health Fair, qui avait eu lieu plusieurs mois auparavant. En parlant de cet événement, plusieurs participants ont fait état de la participation des jeunes.
L'année dernière, il y a eu un festival sur la santé cardiaque organisé par la Heart Health à Terre-Neuve et le Economic Development. Et c'était une assez bonne chose où il y avait des étudiants qui participaient. Des problèmes comme la consommation d'alcool par les mineurs et la consommation d'alcool en général, de même que l'usage du tabac, ont été abordés ainsi que des manières de se tenir en forme, comme d'aller dehors et de faire de l'exercice et ce genre de choses.
Le groupe de discussion composé de jeunes de Dildo a parlé du succès de son party Safe Grad, qui avait eu lieu dernièrement et qui était le premier du genre à l'école de ces jeunes. Ce party a eu l'appui de la communauté entière et quarante-cinq des soixante-dix finissants y ont participé.
Il semblait y avoir beaucoup moins de promotion de la santé dans cette communauté. Elle était la seule d'ailleurs où les médecins et les brochures étaient cités comme étant les sources d'information sur la santé. Plusieurs participants ont exprimé le besoin de programmes plus poussés d'éducation à la santé ainsi que d'une meilleure promotion des services et des programmes qui étaient offerts.
Il y avait cependant des commentaires positifs. On reconnaissait que les organismes de femmes étaient en tête lorsqu'il s'agissait de parrainer des programmes. Cette communauté est la seule ayant un centre qui offre des programmes de conditionnement physique. Le Centre d'activités était la dernière création d'un groupe de femmes du coin qui avaient transformé un bâtiment vide en un petit établissement de conditionnement physique.
Les groupes de femmes essaient de faire en sorte que le message parvienne davantage au public que les gens devraient être actifs, qu'ils devraient surveiller leur poids, devraient surveiller leur alimentation. C'est apparemment un sujet important... Je ne sais pas ce qu'elles font, mais ça doit faire partie du programme.
Résumé :
La promotion de la santé semblait avoir eu des répercussions positives dans les trois localités bien que le nombre d'activités liées à la promotion de la santé variât d'une communauté à l'autre. Les participants ont signalé que les gens prennent conscience de plus en plus du besoin de prendre soin de leur santé. Plus particulièrement, ils ont noté que tous les citoyens étaient manifestement plus portés à l'activité physique (surtout la marche) et qu'ils faisaient plus attention à leur nutrition.
En dépit du fait qu'ils avaient perdu certains services et malgré la crainte d'autres restrictions éventuelles, la plupart des participants ont indiqué qu'ils étaient généralement satisfaits des services de santé de leur communauté. Cela s'appliquait davantage aux services de santé physique qu'aux services de santé mentale. Cependant, le soutien de la communauté en matière de santé mentale est ressorti comme un thème positif. Deux sous-thèmes traitent des résultats positifs liés aux services de santé physique et mentale respectivement : les gens sont satisfaits des services de santé physique et les communautés fournissent des sources de soutien de rechange en matière de santé mentale.
L'éventail des services de santé accessibles diffère selon les communautés : Chéticamp paraît en offrir la plus grande variété. Cette communauté avait également le plus grand nombre de programmes consacrés à la prévention ou aux soins de santé primaire (probablement hérités du Projet sur les soins de santé primaires), ainsi qu'un degré remarquablement élevé de sensibilisation, de la part des participants, aux services de santé offerts dans leur communauté.
Dans l'ensemble, les réponses concernant la satisfaction des participants par rapport aux services de santé physique existants étaient positives, bien que le degré de satisfaction variât selon les communautés. Les citoyens de Dildo ont exprimé le plus haut degré de satisfaction (bien qu'ils doivent sortir de la communauté immédiate pour avoir accès à la totalité des services médicaux!), alors que ceux de l'Isle Madame ont manifesté le niveau de satisfaction le plus bas, les réponses positives et négatives se divisant également.
Eh bien, avec les services de santé, ça va beaucoup mieux là-bas. Je pense que dernièrement, on a obtenu du personnel excellent, plus jeune, plus dynamique, dans le domaine de la santé dans ces communautés. Et comme ces personnes occupent des postes-clés, elles ont vraiment commencé à fournir le genre de services dont cette communauté a besoin... les soins aux personnes âgées sont maintenant bons. Et aussi les soins aux jeunes enfants, aux mères célibataires.
Nous n'avons pas de clinique ou quoi que ce soit ici même, mais je ne crois pas que le nombre d'habitants justifierait ça... Le nouveau centre de soins de santé n'est pas très loin. Il se trouve à Whitbourne. De plus, il y a des médecins à New Harbour et à Greens Harbour. Je pense que les services de santé sont meilleurs qu'ils l'étaient auparavant... Je sais qu'on peut se faire livrer [ses ordonnances] à la maison, des choses comme ça... Je sais qu'il y a des communautés rurales à Terre-Neuve... s'ils veulent un médecin, ils ont peut-être à rouler pendant une heure ou quelque chose du genre. Ce n'est pas comme ça ici.
Une constante remarquable dans les réponses positives, sans doute un signe des temps, était que les services de santé étaient souvent décrits comme étant « bons mais... » ou « bons étant donné les circonstances ».
Nous avons tous les soins de santé nécessaires dans la région. Si on considère toutes les compressions des effectifs qui ont été effectuées, c'est encore assez convenable.
Les services de santé mentale, qui étaient perçus généralement comme moins nombreux et moins accessibles que les services de santé physique, étaient un sujet de préoccupation dans les trois communautés. Cependant, un médecin de campagne à Terre-Neuve a souligné que la restructuration du système des soins de santé avait abouti à des changements positifs :
Nous nous dirigeons, comme dans beaucoup de provinces, vers la régionalisation des services de santé... Pour ce qui est des sujets auxquels j'ai fait allusion plus tôt, par rapport aux problèmes reliés au stress - stress collectif, stress individuel - je pense qu'il se passe des choses positives par rapport Ë la réorganisation et au réaménagement des services de santé mentale qui ont été pratiquement inexistants dans la communauté.
Alors que l'on percevait le nombre de professionnels de la santé mentale et de groupes d'entraide comme étant limité, des sources d'aide et de soutien de rechange en santé mentale ont été mentionnées par un certain nombre de participants dans les trois communautés :
Les médecins de famille et le clergé ont été désignés par quelques participants comme des personnes sur qui on peut compter pour donner de l'aide en cas de problèmes affectifs.
Il y a toujours des endroits où les gens qui souffrent de ces problèmes peuvent aller. Il y a l'église par exemple. Si les gens ne sont pas sûrs, ils peuvent aller voir le prêtre et [il] peut les diriger vers ces services.
À Dildo et à l'Isle Madame, deux communautés comprenant une population considérable de pêcheurs déplacés, des gens qui avaient participé aux programmes subventionnés par LSPA ont parlé du soutien psychologique que ceux-ci avaient fourni :
Dès que les pêcheries ont fermé, nous avons eu un programme appelé Improving our Odds à l'école, et j'y suis allé pendant à peu près six semaines. Je pense que ça a beaucoup aidé les gens parce que les gens pouvaient se parler personne Ë personne, et parler des pêcheries et de l'effet que cela avait sur chacun. Et il y avait du soutien parce que nous savions qu'ils passaient par les mêmes difficultés que nous.
Dans les trois communautés, bon nombre de participants ont fait remarquer que l'on trouvait aisément des sources officieuses de soutien affectif et que l'on y avait souvent recours dans la communauté. Ces sources comprenaient les voisins, les amis et les collègues de travail.
Il y a beaucoup d'entre eux qui sont dans la même situation, alors je pense qu'ils peuvent puiser de la force chez leurs voisins... Alors je pense qu'ils s'adaptent assez bien.
Voici ce que des femmes dans un groupe de discussion ont répondu lorsqu'on leur a demandé si les gens formaient des groupes de soutien de façon officieuse :
Oui, juste le fait de parler, à quatre ou cinq personnes, peu importe, c'est du soutien.
On est en train de bavarder ou de discuter, et il est possible que tout d'un coup quelqu'un ait un problème; et là il vide son sac.
En hiver, beaucoup de gens forment des groupes de tricot ou d'autre chose.
Plusieurs participants dans un groupe de discussion constitué de travailleurs déplacés passaient du temps aux piquets de grève pendant la période des consultations :
On a toujours été comme une famille. Si quelqu'un souffre, les autres souffrent aussi. Et durant les deux derniers jours, on s'est tenu les coudes... Vous savez, si quelqu'un dit : «Que le diable les emporte. Qu'est-ce que ça me donne? On fait du piquetate pour rien!», eh bien, les autres sont là : «Il faut que tu nous aides et il faut que tu te battes avec nous.» Mais autrement, on n'a rien (p. ex., des groupes de soutien officiels).
Les organismes communautaires ont été reconnus comme des dispensateurs non officiels de soutien affectif. C'était particulièrement le cas à Dildo :
À Dildo, je suppose que le groupe de personnes âgées pourrait être qualifié de groupe d'entraide. Et les groupes paroissiaux aussi. En fait, notre groupe d'étude sur la bible est en quelque sorte un groupe d'entraide parce qu'il règle beaucoup de problèmes que nous avons à affronter régulièrement. Et les gens qui y participent font ressortir des problèmes qu'ils ont probablement oubliés depuis longtemps, et ils les règlent. Et je pense que c'est important.
Résumé :
Malgré certaines différences quant à la variété et l'accessibilité des services au sein de chaque communauté et malgré la perte récente de certains services, les gens semblaient généralement satisfaits des services de santé physique de leur communauté. Cette satisfaction était quelque peu tempérée par le fait que l'on reconnaissait la nécessité de modérer ses attentes en période de contraintes financières ainsi que par la crainte de la possibilité d'autres restrictions dans l'avenir.
On se préoccupait dans une certaine mesure du manque apparent de services professionnels en santé mentale. Cependant, les participants ont souligné que la communauté fournissait des sources de soutien de rechange en santé mentale par l'entremise des médecins de famille, du clergé, des amis et des collègues de travail. On a également mentionné les programmes de réorientation et les organismes communautaires comme endroits où on pouvait obtenir du soutien affectif. Les participants trouvaient manifestement que la communauté dans son ensemble avait un rôle à jouer dans la santé affective des citoyens.