Éléments clés
En ce qui concerne la dépendance aux substances, Barnea et Teichman (1994) expliquent que les facteurs d'ordre pratique tiennent compte de choses comme :
Plus les personnes ont des problèmes de santé, plus elles consomment des médicaments. Plus elles consomment des médicaments, plus il y a des risques de mauvais usage de substances ou de dépendance à l'égard de celles-ci, surtout si différents médecins leurs prescrivent les mêmes médicaments (Barnea et Teichman, 1994). Tamblyn et Perrault (1998) ont examiné les pratiques de prescription des médecins aux personnes aînées. Les auteurs ont établi que les pratiques des médecins non-spécialisés pouvaient être inadéquates. Ils ont donc suggéré aux médecins, surtout ceux exerçant dans les régions éloignées, de consulter avec leurs collègues.
Un autre facteur d'ordre pratique est la distance à destination et en provenance de la clinique. Cela pourrait déterminer le nombre d'examens réguliers et le médecin peut, pour cette raison, avoir plus de difficultés à déceler les problèmes. La distance de la pharmacie et le nombre de pharmacies dans le quartier sont également un autre facteur de risque, si cela se traduit par un accès plus facile aux médicaments (Barnea et Teichman, 1994).
Les personnes aînées ont moins d'eau dans le corps pour diluer l'alcool qu'elles consomment, raison pour laquelle des quantités moindres mènent à l'intoxication (Allen et Landis, 1997). Les changements avec l'âge du métabolisme accroissent la sensibilité du système nerveux central tant à l'alcool qu'aux médicaments, d'où les effets prolongés de ces substances. L'effet intensifié des médicaments psychotropes (comme les benzodiazépines) et la facilité d'accès auprès de leur médecin peuvent rendre les personnes aînées vulnérables à l'abus de médicaments (Allen et Landis, 1997).
Le processus du vieillissement s'accompagne de plus grands risques de douleur ou d'insomnie à cause de problèmes de santé. La douleur chronique est une cause à l'origine de nombreux achats de médicaments en vente libre, surtout d'analgésiques (Adams, Zhong, Barboriak et Rimm, 1993; Atkinson et Ganzini, 1994). Compte tenu de la variété de substances psychoactives disponibles (alcool, médicaments sur ordonnance, médicaments en vente libre et autres drogues) et de l'effet intensifié des médicaments chez la personne aînée, les risques de problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues augmentent (Gomberg et Zucker, 1998).
Graham, Clarke et coll. (1996) ont interviewé 826 adultes âgés de 65 ans et plus pour évaluer le rapport entre la consommation d'alcool et les autres médicaments qui dépriment le système nerveux central (comme la codéine). Ces chercheurs ont utilisé une liste de quatre raisons sociales et de onze raisons personnelles (comme passer le temps, oublier des tracas, et autres à l'origine de la consommation). Ils ont découvert que les personnes qui prenaient déjà des dépresseurs étaient également bien plus susceptibles de se tourner vers la consommation d'alcool pour les raisons suivantes : se détendre, atténuer la tension ou l'anxiété, oublier des tracas et atténuer la douleur. Ils ont obtenu des résultats comparables en examinant la consommation de tranquillisants et de somnifères avec l'alcool. Les chercheurs ont conclu que les personnes aînées prenaient de l'alcool et des médicaments simultanément pour traiter des symptômes psychologiques, ces comportements les rendant plus vulnérables au mauvais usage, à l'abus de substances et à la dépendance à l'égard de celles-ci.
a) Retraite
Norton (1998) a signalé que la profession d'une personne détermine dans une large mesure comment celle-ci se définit. Certaines personnes, souvent des femmes, consacrent leur énergie à s'occuper du foyer et à élever une famille. Pour de nombreuses autres, leur emploi à l'extérieur du foyer leur a conféré un certain statut et une estime de soi, en plus d'une structure de leur temps. Après la retraite, les personnes éprouvent de la difficulté à trouver de nouveaux intérêts et de nouvelles activités qui les occuperont. Les difficultés durant cette période d'ajustement peuvent accroître les risques de problèmes liés à la consommation d'alcool et d'autres drogues chez les personnes aînées.
b) Deuil et autres pertes
Le deuil, surtout celui de son conjoint, est un processus critique pour les personnes (King et coll., 1994). Le divorce et les séparations peuvent déclencher les problèmes attribuables à la consommation d'alcool chez certaines personnes (Dufour et Fuller, 1995). Parmi les autres pertes, mentionnons « ...le niveau de vie et du statut social si le revenu à la retraite est inférieur au revenu préalable à la retraite, le syndrome du nid vide, la perte de la santé, des fonctions cognitives, des habilités et des fonctions motrices, de la vigueur, de la libido ou de la fonction sexuelle, d'un sens à sa vie, de l'intérêt face aux choses qui comptaient auparavant...» (Norton, 1998, p. 377). [Trad.] Une série de pertes sont réputées être un facteur déclenchant de dépression chez les personnes aînées et peuvent marquer le début de la consommation de substances psychotropes pour contrer la dépression. De même, des pertes à un âge avancé peuvent rendre la personne plus consciente de sa propre mortalité et l'amener à faire un bilan de sa vie (Boggs et Leptak, 1991). L'alcool ou d'autres drogues peuvent servir à atténuer les idées négatives troublantes.
c) Pertes dans le réseau social
Selon Hanson (1994), les changements dans le réseau social sont inévitables lorsqu'une personne vieillit. La personne aînée peut perdre des amis et des voisins en s'installant dans un nouvel endroit, ou ce sont les membres de la famille ou les amis qui déménagent. Elle peut perdre contact avec des collègues de travail après son départ à la retraite, et des problèmes de santé physique peuvent l'empêcher de participer à des activités ou à des groupes sociaux dont elle tirait plaisir auparavant. Hanson (1994) a examiné le rapport entre les réseaux sociaux et la consommation élevée d'alcool dans un échantillon choisi au hasard de 500 hommes qui étaient tous âgés de 68 ans au moment de l'étude. Il est ressorti que les consommateurs excessifs d'alcool étaient plus susceptibles de vivre seuls et d'avoir moins de contacts avec les amis et la famille, de participer moins aux événements sociaux et de compter sur un réseau social moins intégré.
d) Attitudes et comportements facilitateurs
Les attitudes et comportements facilitateurs chez les personnes sont ceux qui permettent aux problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues de se développer sans obstacles et qui peuvent nuire au traitement recommandé. Les membres de la famille veulent parfois se protéger de l'embarras ou protéger la personne aînée qui fait un usage abusif d'une substance. Ils pourraient croire que les personnes aînées devraient faire à leur guise, car il leur reste moins d'années pour profiter de leur vie (Baron et Carver, 1997; Segal et coll., 1996).
e) Stress chronique
Welte et Mirand (1995) ont mené un sondage téléphonique auprès de 2 325 résidents choisis au hasard qui étaient âgés de 60 ans ou plus dans le comté d'Érié, New York. Ils leur ont posé des questions sur leurs habitudes de consommation d'alcool, sur les événements stressants de leur vie, sur leurs facteurs de stress chronique, leur soutien social, leurs problèmes de santé médicaux et physiques ainsi que leurs styles d'adaptation. Contre toute attente, ils n'ont découvert aucun rapport entre le stress, la consommation excessive d'alcool et le style d'adaptation d'une personne aux agents stressants de la vie. Ce qu'ils ont découvert, toutefois, c'est que des antécédents de stress chronique étaient un prédicteur solide de problèmes d'alcoolisme. Selon cette perspective, la consommation d'alcool peut être vue comme un moyen d'adaptation.
Selon Anetzberger et Korbin (1994), la dynamique de la relation entre l'auteur des mauvais traitements et la personne aînée victime des mauvais traitements est extrêmement complexe et peut comporter des antécédents de violence familiale, d'abus d'alcool ou de conflits. Des personnes aînées peuvent devoir s'occuper de parents âgés ou d'autres membres de la famille. Ainsi, des personnes aînées peuvent recourir à l'alcool ou aux médicaments pour composer avec le stress associé à leur situation actuelle. De plus, les problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues peuvent également être évident chez les personnes aînées qui vivent dans des situations de violence ou qui en ont vécu (Anetzberger et Korbin, 1994).
f) Antécédents familiaux et personnels
Ceux qui commencent à consommer de l'alcool à un âge avancé n'ont pas les mêmes antécédents familiaux et personnels de consommation d'alcool que ceux qui débutent à un jeune âge. Les consommateurs d'alcool qui débutent à un jeune âge ou les consommateurs chroniques d'alcool sont plus susceptibles que les consommateurs excessifs d'alcool ayant débuté à un âge avancé d'avoir des membres de leur famille qui ont consommé excessivement de l'alcool, sans parler des traumatismes psychologiques et sociaux qui accompagnent ce comportement (Goldstein, Pataki et Webb, 1996). Ils ont également été des consommateurs excessifs d'alcool toute leur vie, ce qui influencera leurs consommation d'alcool à un âge plus avancé. Gurnack et Hoffman (1992) ont examiné les influences des troubles affectifs sur les habitudes de consommation d'alcool des hommes et ont conclu que, même si la consommation excessive chez les personnes aînées peut être perçue comme une conséquence de ces agents stressants, elle est plus que probable la continuation d'habitudes de toute une vie.
g) Niveau de scolarité et revenu
Ganry et coll. (2000) ont découvert que les niveaux de scolarité et les revenus familiaux élevés se traduisaient par une augmentation proportionnelle de la fréquence de la consommation d'alcool. Un revenu élevé offre aux personnes plus âgées de s'installer dans une communauté de retraités où il y a plus d'occasions de consommer de l'alcool socialement. Le fait d'avoir des ressources financières et du temps illimité pour consommer de l'alcool sont des facteurs de risque possibles (Norton, 1998).
En plus des facteurs de risque notés, les chercheurs et les experts clés en traitement ont reconnu l'importance des facteurs de protection. Dans le cas des personnes aînées semblant résister aux risques, il y a certains facteurs de protection dans leur vie qui leur donne la force nécessaire pour surmonter les risques possibles. Les facteurs de protection comme les contre-parties des facteurs de risque peuvent être considérés. Le même facteur peut parfois constituer à la fois un facteur de risque et un facteur de protection. Par exemple, la prestation de soins à un conjoint âgé est stressante et constitue donc un facteur de risque. Cependant, si cela donne un rôle à la personne aidante à un moment où celle-ci risque de perdre son rôle, il peut donc s'agir d'un facteur de protection.