Éléments clés
Segal et coll. (1996) énumèrent les obstacles d'ordre pratique à l'accès au traitement :
« Une personne qui ne se porte pas bien, qui ne peut pas se déplacer, qui vit dans des circonstances malsaines ou qui est confuse ne pourra pas s'attaquer à la consommation d'alcool et d'autres drogues tant que ces problèmes immédiats ne sont pas réglés » (Baron et Carver, 1997, p. 279). [Trad.]
Les professionnels de la santé ont différents points de vue pour ce qui est de savoir ce qui constitue une dépendance à l'alcool ou à d'autres drogues. Selon Solomon et coll. (1993), l'absence de définitions spécifiques, d'outils de dépistage selon l'âge et de critères cohérents qui permettent de diagnostiquer un problème chez les personnes aînées peut mener à un sous-diagnostic (omission de déceler un problème) ou à un diagnostic erroné. Les conditions concomitantes, comme les symptômes physiques d'une gastrite ou d'étourdissements, ou des symptômes psychiatriques comme la démence, la dépression ou l'insomnie viennent compliquer les diagnostics.
Certaines personnes aînées refusent d'admettre qu'elles ont un problème et elles ont donc recours au déni, à la rationalisation, à la défocalisation et à la minimisation pour expliquer leur comportement (Solomon et coll., 1993). Bon nombre d'outils d'évaluation sont fondés sur des auto-déclarations et dépendent donc de réponses exactes et honnêtes. Un déni manifeste et des épisodes oubliés d'usage de substances peuvent contribuer à un sous-diagnostic (Buchsbaum et coll., 1992; Solomon et coll., 1993).
Selon leur âge, les personnes aînées peuvent avoir grandi à l'époque de la prohibition. Cette époque a été suivie par une période où l'alcoolisme était jugé immoral et certaines personnes aînées peuvent voir leur dépendance aux substances comme une faiblesse morale (Rush et Ogborne, 1992). La honte et la culpabilité empêchent souvent cette cohorte d'admettre ouvertement qu'un problème existe (Blow et Barry, 2000).
Beaucoup de personnes ont peur d'essayer quelque chose de nouveau par peur de ne pas réussir. Cette façon de penser maintient les habitudes de consommation d'alcool, en dépit des conséquences négatives ou nuisibles. Selon Segal et coll. (1996), chez les consommateurs d'alcool ayant débuté à un âge avancé, la peur se combine au découragement face aux tentatives vaines du passé pour atteindre la sobriété, ce qui peut créer un sentiment de désespoir. Les personnes peuvent penser qu'elles sont incapables de changer; elles arrêtent donc d'essayer (Baron et Carver, 1997).
Les facilitateurs comprennent la famille, les amis, les personnes aidantes et les médecins qui croient que la personne aînée n'a plus beaucoup de temps pour jouir de la vie, raison pour laquelle cette dernière devrait pouvoir consommer de l'alcool. Les facilitateurs mettent la personne ainée à l'abri des conséquences de ses actes (Baron et Carver, 1997; Mellor et coll., 1996; Segal et coll., 1996; Tabisz, Jacyk, Fuchs et Grymonpre, 1993). Alors que les adultes plus jeunes décident souvent de se faire traiter suite aux pressions exercées par les membres de la famille, le manque d'éducation au sujet des effets néfastes de la consommation d'alcool et de d'autres drogues chez les personnes aînées et des intentions malavisées pourraient empêcher les facilitateurs d'encourager la personne aînée à changer (Segal et coll., 1996). De même, les membres de la famille qui veulent protéger la personne aînée de l'embarras peuvent représenter faussement les problèmes liés à la consommation d'alcool et d'autres drogues (Buchsbaum et coll., 1992).
Parette, Hourcade et Parette (1990) ont examiné les attitudes des médecins envers les clients ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool. Il a été observé que les professionnels de la santé adoptent une perspective moraliste face aux problèmes liés à la consommation d'alcool avec ces clients. Ils avaient tendance à ne pas leur porter autant d'attention et ils attribuaient leurs plaintes et leurs comportements à ces mêmes problèmes, même si ces jugements n'étaient pas justifiés. Les chercheurs ont suggéré que de telles attitudes face aux clients pourraient nuire à leur traitement et à leur rétablissement.
L'âgisme existe chez certains professionnels de la santé qui croient que les adultes âgés sont trop vieux pour apprendre quelque chose de nouveau, surtout si cela exige un changement de leur part. Associé à ce préjugé, il y a la croyance voulant que des comportements solidement ancrés soient trop résistants au changement (Mellor et coll., 1996; Tabisz et coll., 1993).
Danzinger et Welfel (2000) ont examiné l'âgisme en créant des études de cas théoriques (l'âge, le sexe et la santé étant les variables) qui ont été soumises à des travailleurs en santé mentale aux fins d'évaluation et de diagnostic. On leur a demandé de juger de la compétence et de donner un pronostic théorique pour le client. Les résultats ont montré que les personnes aînées étaient jugées sensiblement moins compétentes et que leurs pronostics étaient plus négatifs (Danzinger et Welfel, 2000). Cette attitude voulant que les personnes aînées soient résistantes au changement, d'où la plus grande difficulté de travailler avec elles, pourrait expliquer en partie le comportement de complicité des professionnels de la santé n'encourageant pas le traitement de leurs patients dépendants aux substances (Danzinger et Welfel, 2000).