Éléments clés
Les Autochtones représentent 3 % de la population totale du Canada (environ 800 000 personnes) et sont formés de trois groupes principaux : les Amérindiens, les Métis et les Inuits (Scott, 1992). Les Autochtones sont une population jeune. Selon l'analyse d'un rapport de la Commission royale sur les peuples Autochtones (1996), plus de la moitié des Autochtones sont âgés de 25 ans ou moins (Nemeth et Hiller, 1996). Le taux de natalité de 27 pour mille habitants parmi ce groupe est plus du double de la moyenne canadienne de 13 pour mille habitants, ce qui contribue au nombre élevé de jeunes parmi la population (Affaires indiennes et du Nord Canada, 2000).
Il y a une différence dans l'espérance de vie des Autochtones et des autres Canadiens. Les hommes Autochtones peuvent s'attendre de vivre jusqu'à l'âge de 66,9 ans, sauf s'ils vivent dans une réserve; dans ce cas, leur espérance de vie passe à 62 ans. Les femmes Autochtones ont une espérance de vie de 74 ans; encore une fois, la vie dans une réserve abaisse ce chiffre à 69,6 ans. Ces chiffres diffèrent sensiblement de la population générale au Canada dont l'espérance de vie est de 74,6 ans pour les hommes et de 80,9 ans pour les femmes (Affaires indiennes et du Nord Canada, 2000). La plupart des efforts concernant les problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues sont concentrés sur les jeunes, peu de ressources étant consacrées aux aînés Autochtones. Dans d'autres cultures, les chercheurs utilisent parfois les taux de cirrhose pour prédire la prévalence de l'abus de l'alcool. Toutefois il se peut qu'ils ne vivent pas suffisamment longtemps pour développer une cirrhose, ce qui fait que même ces données sont difficiles à obtenir (Scott, 1992).
Certaines difficultés à obtenir des données sur les problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues sont dues au fait que les chercheurs non-Autochtones n'ont pas assez de connaissances des cultures Autochtones pour élaborer des études appropriées au milieu. De nombreuses communautés Autochtones préfèrent s'occuper elles-mêmes des leurs problèmes sans interférence ou aide de l'extérieur. Certains groupes refusent de participer, car ils estiment avoir été l'objet de trop d'études, sans bénéficier d'une amélioration sensible de leur situation (Scott, 1992).
Selon les données tirées de l'Enquête auprès des peuples Autochtones, 62 % des Autochtones ont indiqué qu'il y avait des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues dans leur communauté et 48 % croyaient que les communautés étaient aux prises avec des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues (Affaires indiennes et du Nord Canada, 2000).
Les données du tableau 2 sont fondées sur les clients fréquentant les 51 centres de traitement qui relèvent du Programme national de lutte contre l'abus d'alcool et de drogues chez les Autochtones (PNLAADA) en 1991 (Scott, 1992).
Tableau 2 : Participation au traitement dans les centres du PNLAADA selon l'âge et selon le sexe, avril à septembre 1991

Tous les groupes ont indiqué que l'alcool est la substance la plus souvent consommée avec excès. Il y a plus d'hommes que de femmes, et les personnes plus jeunes forment la majorité des clients. Une limite d'âge de 45 ans et plus représente la portion plus âgée du groupe (Affaires indiennes et du Nord Canada, 2000; Spencer, 2000; Scott, 1992) (en date de 2003, il y a 48 centres de traitement). Pour les populations Autochtones, les considérations relativement aux traitements selon l'âge peuvent varier comparativement aux autres populations de personnes aînées. Les programmes de traitement doivent tenir compte de la pertinence de leurs modalités de traitement, en fonction des besoins et des problèmes de vie des groupes avec qui ils travaillent.
Un groupe de chercheurs de l'hôpital psychiatrique Lakehead à Thunder Bay, en Ontario a comparé les admissions d'Autochtones (tout âge confondu) et de non-Autochtones à l'hôpital et dans les agences de santé mentale affiliées durant une période de six mois (Dalrymple, O'Doherty et Nietschei, 1995). Aucun diagnostic psychiatrique n'a été posé dans 50 % des admissions d'Autochtones, à part l'abus de substances. En outre, le taux d'admission des Autochtones était 33 fois plus élevé que le taux de base de la population locale. La durée d'hospitalisation différait également entre les deux groupes, les Autochtones demeurant, en moyenne, deux fois plus longtemps que les non-Autochtones.
La dépression était sous-diagnostiquée. Dalrymple et coll. (1995) ont suggéré que les stéréotypes culturels contribuent peut-être à un dépistage excessif d'abus de substances et à un sous-dépistage de la dépression primaire si les cliniciens croient que « la passivité, un regard fuyant, le retrait et un comportement verbal minimum sont associés à l'ascendance ou à la tradition plutôt qu'à un trouble affectif » (Dalrymple et coll., 1995, p. 472).
Les renseignements destinés aux aînés Autochtones ayant des problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues sont presque inexistants. Une exception est la réserve de Kanawahke au Québec qui a classé l'alcool comme l'un des principaux sujets de préoccupation chez les aînés Autochtones lors d'une récente évaluation des besoins communautaires (Spencer, 2000).
Tout comme les autres personnes aînées, les aînés Autochtones pourraient avoir besoin d'intervention directe avant d'accéder aux traitements dispensés sur rendez-vous, surtout dans les communautés isolées. Il faut intégrer les éléments culturels et spirituels aux programmes de traitement pour les problèmes attribuables à la consommation d'alcool et d'autres drogues pour les Autochtones qui s'adonnent à ces traditions (Rush et Ogborne, 1992). Certains groupes Autochtones ont mis au point des modes de traitement uniques pour faciliter le processus de guérison, à partir de traditions et de valeurs Autochtones. Les contes, les cercles d'enseignement, les cercles de partage et les différentes cérémonies comme les danses du soleil, les sueries, les cérémonies du calumet et les gîtes de guérison soulignent le rôle de la spiritualité et du retour au milieu naturel (Poonwassie et Charter, 2001). Le rôle de l'aîné de la tribu est valorisé, mais ce dernier n'est pas nécessairement une personne aînée. Il s'agit plutôt d'une personne qui a un riche bagage en histoire et en traditions culturelles et une expérience de vie suffisante pour la présenter de façon pertinente aux autres. L'accent récent mis sur les approches thérapeutiques axées sur la culture tient compte de la reconnaissance voulant que, pour être efficace, le traitement doit être adapté aux besoins de la personne (Poonwassie et Charter, 2001).