Ruth Wilkins
Scientifique chercheur
Division de la radiobiologie
Bureau de la protection contre les rayonnements des produits cliniques et de consommation
Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs, Santé Canada
Au cours d'un incident radionucléaire (RN) de grande envergure, de nombreuses personnes devront faire l'objet d'une évaluation pour connaître leur exposition au rayonnement: les personnes exposées devront être évaluées rapidement pour établir si elles doivent subir une intervention médicale quelconque. Il faudra peut-être évaluer également les premiers répondants pour savoir s'ils ont dépassé leurs limites de dose professionnelle.
Même s'il s'agissait d'un incident localisé, de nombreux membres du public pourraient demander qu'on évalue leur exposition au rayonnement. Puisque très peu de gens possèdent des dosimètres individuels, ces évaluations au cours d'une urgence RN ne sont possibles que par essai biologique.

Des chromosomes normaux forment un X et le centromère se trouve au centre.
On a élaboré le Plan national de dosimétrie biologique (PNDB) en vue de répondre à ces nombreuses demandes éventuelles.
Le rayonnement provoque de nombreux effets biologiques, notamment des dommages particuliers aux chromosomes. Chez les humains, les cellules normales comptent 23 paires de chromosomes, chacun comptant un seul centromère (Figure 1). Le rayonnement peut scinder les chromosomes. Lorsque ceux-ci tentent de se réparer, des noyaux ou des chromosomes comptant deux centromères (dicentromérique - Figure 2) peuvent se former.
Pour déceler des dommages causés par le rayonnement, on analyse des globules blancs en vue d'y déceler des chromosomes dicentromériques et des noyaux. La dose de rayonnement à laquelle une personne est exposée est alors calculée en comparant la fréquence des chromosomes dicentromériques et des noyaux aux courbes d'étalonnage (ou calibrage) qui ont préparées à partir des prélèvements de sang irradiés selon des doses connues.

Des chromosomes anormaux montrant des fragments, des anneaux et deux centromères à cause d'une exposition au rayonnement.
On a recours à cet essai -- l'essai des chromosomes dicen-tromériques (ECD) -- dans le monde entier depuis plus de 30 ans. Un comité de l'Organisation internationale de normalisation a normalisé cet essai.
Pour assurer une dosimétrie biologique précise lorsqu'il est question d'une estimation du dosage de quelques prélèvements, jusqu'à 1 000 cellules par échantillon sont employées pour déceler des dosages aussi faibles que 0,15 Gy. Cependant, ce travail exige toujours beaucoup de travail et de temps. En effet, il faut attendre trois ou quatre jours pour traiter les prélèvements et au moins quatre jours pour permettre à une microcopiste de compter les chromosomes d'une seule personne. Au cours d'un incident radiologique de grande envergure, l'ECD devient un travail fort ardu.
Pour surmonter ce défi, le Bureau de la protection contre les rayonnements des produits cliniques et de consommation de la Division de la radiobiologie de Santé Canada s'affaire à accroître la capacité canadienne en matière de dosimétrie biologique.
On peut, en premier lieu, faire passer le taux de base de détection à 1,0 Gy, seuil généralement accepté comme dose limite après quoi une personne aurait à subir une intervention médicale. Cette hausse réduirait ainsi le nombre de cellules à compter. En ne comptant que 50 cellules, on peut réaliser des estimations de dose suffisamment précises pour faire le triage et déceler les personnes devant subir un traitement médical.
La Division a également négocié des ententes de collaboration avec les laboratoires de recherche de Recherche et développement pour la défense Canada, à Ottawa, les laboratoires de Chalk River d'Énergie atomique du Canada limitée et la McMaster Institute of Applied Radiation Sciences. Ce groupe central de laboratoires de référence connaissent bien l'ECD puisqu'ils ont créé les courbes d'étalonnage pour plusieurs qualités de rayonnement, réalisé des comparaisons et participé à l'exercice Follow-On.
On a également fait appel à des laboratoires cytogénétiques cliniques du pays pour aider à compter les chromosomes dicentromériques. Le personnel de ces laboratoires connaît bien l'analyse des chromosomes, mais non l'ECD en parti-culier; on lui a donc enseigné à compter des chromosomes dicentromériques. Ces laboratoires ont réalisé des comparaisons entre eux afin de vérifier leur capacité à compter s'ils devaient faire du triage.
Dans le cadre du PNDB et au cours d'une urgence RN, les responsables provinciaux communiqueraient avec Santé Canada pour offrir le service de dosimétrie biologique. Le ministère communiquerait alors avec les laboratoires centraux, peut-être même avec les cytogénéticiens. Selon le nom-bre d'échantillons, les prélèvements seraient tous acheminés à Santé Canada où ils seraient traités ou distribués à l'un ou à l'ensemble des laboratoires centraux. Une fois les plaques préparées, celles-ci pourraient être envoyées à d'autres cytogénéticiens pour qu'ils les comptent si les laboratoires centraux ne suffisent plus à la demande. Le nombre de chromosomes dicentromériques comptés serait retransmis aux laboratoires pour qu'ils assurent les conversions de dose. Tous les détails sur les doses seraient transmis à un endroit centralisé.
Malgré cette augmentation de la capacité, il est possible que les ressources disponibles ne puissent pas suffire à la demande en cas d'incidents RN de grande envergure. Les laboratoires de référence centraux font front commun en vue de trouver des méthodes plus rapides et des méthodes auto-matisées qui permettront de trier de nombreux prélèvements. Ces méthodes, à la longue, feront partie intégrante du PNDB.
La création du PNDB et la recherche de nouvelles méthodes de dosimétrie biologique nous préparent davantage à répondre aux besoins des Canadiens en cas d'incident RN de grande envergure.
Nous souhaitons remercier l'IRTC de l'appui offert dans le cadre de l'élaboration du PNDB.