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Préoccupations liées à la santé

Comité consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme - Rapport annuel 2003-2004

Questions stratégiques

Pour compléter ses travaux, le Programme de la lutte au tabagisme a demandé au Comité d'examiner quelques questions stratégiques ayant trait à la Stratégie fédérale de lutte contre le tabagisme (SFLT) et de lui soumettre son avis sur les éléments suivants :

  • Buts et orientations à long terme de la SFLT, compte tenu des nouvelles caractéristiques démographiques des fumeurs
  • Secteurs prioritaires de recherche supplémentaire reliée au tabac
  • Facteurs influencant les jeunes et leurs décisions face au tabac
  • Comment optimiser l'efficacité des campagnes médiatiques
  • Comment favoriser l'établissement de liens entre les intervenants à l'échelle locale, provinciale, nationale et internationale

Stratégie fédérale de lutte contre le tabagisme (SFLT) Le gouvernement du Canada a annoncé en 2001 qu'il s'engageait à soutenir la SFLT. On trouvera des renseignements sur cette stratégie.

Lors des trois réunions de cette année, le Comité a examiné en détail nombre des questions susmentionnées.

1. Orientations futures de la lutte antitabac au Canada

Plusieurs des rencontres de cette année ont été consacrées en grande partie à des discussions stratégiques sur l'orientation future de la lutte antitabac au pays.

Malgré l'ampleur des progrès réalisés dans la réduction du tabagisme - le taux de prévalence national se chiffre maintenant à 21 p.100, la situation demeure tout de même préoccupante. Le taux de tabagisme chez les jeunes adultes (les 20 à 24 ans) est toujours élevé, à 30 p.100. Près des deux tiers des Canadiens les plus susceptibles de servir de modèles aux enfants ou aux jeunes adolescents, ou de devenir eux-mêmes des parents, continuent de consommer régulièrement du tabac.

De plus, les taux élevés de prévalence et d'incidence de problèmes de santé chez les Autochtones demeure une préoccupation. De même, il devient évident qu'il nous faut de nouvelles stratégies pour atteindre les fumeurs plus âgés et invétérés. Ces personnes, pour qui il serait impératif de cesser de fumer pour des raisons de santé, sont aussi celles qui ont le plus de difficulté à le faire.

S'inscrivant dans le cadre des quatre volets du Programme de la lutte contre le tabagisme, i.e protection, prévention, renoncement et réduction des méfaits, les conseils du Comité relatifs aux orientations futures de la lutte antitabac s'articulent autour des thèmes suivants :

a) Renoncement - Les recherches démontrent que le renoncement au tabac, à tout âge, qu'une maladie soit déclarée ou non, apporte d'immenses avantages en soi. Compte tenu de la diminution des problèmes de santé et des coûts des soins de santé associée à une baisse des taux de tabagisme, le Comité est d'avis que les mesures ciblées de renoncement au tabac doivent demeurer un volet important des futures stratégies de lutte antitabac.

Selon le « Surgeon General1 » des États-Unis :

  1. Le renoncement au tabac a des effets bénéfiques importants et immédiats sur la santé des hommes et des femmes de tout âge.
  2. Les ex-fumeurs vivent plus longtemps que les personnes qui continuent de fumer. Ceux qui renoncent au tabac avant l'âge de 50 ans ont un risque deux fois moins élevé de mourir dans les 15 années qui suivent que ceux qui continuent de fumer.
  3. Le renoncement au tabagisme diminue le risque de cancer du poumon, d'autres cancers, d'accidents vasculaires cardiaques, d'infarctus et de maladies pulmonaires chroniques.
  4. L'augmentation du risque de coronaropathie attribuable au tabagisme diminue de près de la moitié environ après un an d'abstinence tabagique, et graduellement par la suite. Après 15 ans, le risque équivaut à celui des personnes n'ayant jamais fumé.

b) Jeunes - Les jeunes adultes exercent une influence marquée sur les comportements, non seulement à l'échelle des détaillants et des collectivités, mais aussi chez les enfants et les adolescents. Or l'industrie du tabac fait tout pour « normaliser » la consommation de tabac chez ce groupe d'âge, notamment en recourant aux vendeuses de cigarettes dans les bars, en organisant des concours dans les collèges et en montrant des vedettes qui fument au grand écran. Par l'exposition de ces tactiques, on essaie de pousser les jeunes à s'interroger sur la façon dont les manufacturier les ciblent et de les motiver à faire leur propre choix en matière de consommation tabagique. Habitués d'être inondés de publicité ingénieuse, ces jeunes sont aussi les plus aptes à concevoir des stratégies et des tactiques qui auront une influence positive sur le comportement de la génération montante. Le Comité juge que la mise à contribution du leadership potentiel des jeunes devrait être examinée plus attentivement au cours des prochaines années.

c) Recherche - Vu l'urgence créée par l'épidémie du tabagisme et les demandes importantes et diversifiées sur les ressources financières limitées en santé, Santé Canada doit impérativement poursuivre les activités et les initiatives les plus susceptibles de réussir. C'est pourquoi il est critique de comprendre quelle information existe présentement et où il faudrait des recherches additionnelles pour le développement de stratégies efficaces. Le Comité recommande d'entamer d'autres recherches sur la réduction des méfaits, le tabagisme chez les Autochtones et sur le milieu de la vente au détail.

d) Tactiques de l'industrie - La planification de stratégies efficaces de prévention, de protection et de renoncement ne se fait pas en vase clos. Devant les changements du milieu dans lequel ils opèrent, l'industrie du tabac - comme tout fabricant de produits commerciaux - renouvelle constamment ses tactiques et stratégies de marketing afin d'attirer ou de fidéliser la clientèle. Pour pallier aux conséquences de telles pratiques, le gouvernement doit riposter avec efficacité et efficience. Le Comité recommande donc, à des fins stratégiques, que le Programme de la lutte au tabagisme se tienne au courant des diverses stratégies et opportunités de promotion des produits du tabac et élabore les ripostes antitabac qui s'imposent.

2. Optimiser l'efficacité des campagnes médiatiques

L'importance des campagnes médiatiques (médias écrits et télévisuels) comme élément clé dans le succès des mesures de réduction du tabagisme est généralement reconnu. Conçues pour sensibiliser le public et changer les comportements, ces campagnes portent habituellement sur trois ou quatre thèmes pivot : conséquences du tabagisme sur la santé; dangers du tabagisme passif (ou de la fumée secondaire); tactiques de l'industrie du tabac pour attirer et fidéliser la clientèle; ingrédients contenus dans les produits du tabac.

Parce que différents types de messages (et de véhicules) sont efficaces auprès de différents types d'audience, les campagnes médiatiques ont souvent une cible bien précise. Par exemple, une série d'annonces peut recourir à la pression des pairs pour aider des enfants ou des adolescents à ne pas commencer à fumer; tandis qu'une autre utilisera une approche différente auprès des fumeurs dans la quarantaine ou la cinquantaine qui envisage, ou sont prêts, à cesser de fumer.

Comme les campagnes médiatiques exigent de surcroît de gros investissements financiers, il importe d'allouer les ressources là où elles seront le plus efficaces. Cette année, le Comité a entretenu des discussions sur des questions stratégiques relatives aux campagnes médiatiques avec des cadres du Programme de la lutte au tabagisme. Trois thèmes en sont ressortis :

a) Si les campagnes médiatiques sont efficaces pour stimuler le recours aux lignes téléphoniques et aux autres instruments de cessation pour fumeurs, l'utilisation de ces outils chute de façon marquée une fois ces campagnes terminées. Pour maintenir des taux élevés de renoncement, le Comité recommande le maintien des campagnes médiatiques nationales afin d'offrir un profil de visibilité élevé partout au pays.

Les campagnes médiatiques nationales de Santé Canada se traduisent par une augmentation du nombre de Canadiens qui s'informent sur le renoncement au tabac et demandent de l'aide. Ainsi, la campagne de Bob et Martin a vu :

  • 21 000 appels placés au numéro 1 800 O Canada;
  • 25 000 fumeurs ont commandé la brochure de Santé Canada Sur la voie de la réussite
  • 11 000 nouveaux appelants ont eu recours aux lignes d'aide provinciales 1 800;
  • 50 000 Canadiens ont établi leur profil de fumeur sur le site Web du Programme de la lutte

b) On peut compter sur la force du nombre. Comme les conséquences du tabagisme et la difficulté du renoncement sont les mêmes pour tant de Canadiens, et comme l'industrie déploie les mêmes produits et les mêmes tactiques presque partout en Amérique du Nord et en Europe, les occasions de collaborer et de coopérer ne manquent pas pour les gouvernements, les organisations non gouvernementales (ONG) et les activistes, dans chaque juridiction. Le Comité a fait part au PLT de l'importance d'une mobilisation continue des intervenants pour que des partenariats vigoureux puissent s'établir, permettant ainsi le partage de renseignements et de ressources, tout en tenant compte des défis et des situations propres à chacun.

c) N'oublions pas l'importance de l'influence des pairs chez les jeunes. Conséquemment, ces derniers ont besoin de nouvelles ressources pour devenir des champions de la lutte antitabac dans leur milieu. À cet égard, les campagnes ciblant les jeunes sont essentielles. Le Comité a fait valoir le besoin de favoriser les activités populaires et communautaires qui tirent parti de la capacité des jeunes à influencer les comportements des parents, écoles, détaillants, politiciens, etc.

3. Éthique de la réduction des méfaits via la modification des produits

Cette année, un sujet de discussions incontournable fut la réduction des méfaits comme approche de lutte antitabac.

Alors que les taux de tabagisme dans la population générale continuent de baisser (bien que lentement), il est temps de se demander jusqu'où ils peuvent réalistiquement descendre. Est-il envisageable de voir un jour le Canada entièrement affranchi du tabac ? Notre pays doit-il se Comité consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme faire chef de file de la réduction des méfaits à l'échelle internationale ? C'est à ce genre de questions qu'il faut répondre dans l'élaboration d'une stratégie à long terme pour les mesures et programmes antitabac.

L'approche de réduction des méfaits repose sur le principe qu'il y aura toujours un faible pourcentage de personnes qui commenceront à fumer et continueront de le faire, peu importe les informations qu'ils reçoivent sur le produit ou les conséquences associés à cet usage. On peut alors se demander s'il est réaliste, voire même souhaitable d'exiger que les produits soient modifiés de manière à être moins nocifs pour les fumeurs et leur entourage.

Une telle approche soulève certes des inquiétudes, en partie en raison des pratiques antérieures de l'industrie du tabac. À titre d'exemple, citons l'arrivée des cigarettes dites « douces » ou « légères », qualificatifs laissant sous-entendre que celles-ci avaient subi des modifications de nature à les rendre moins nocives pour les fumeurs. Toutefois, après des années de litiges et de recherches, il s'avère que la composition et la méthode de fabrication de ces cigarettes révèlent que ces produits sont tout aussi dangereux pour la santé. Entretemps, des fumeurs - particulièrement des jeunes - se croient à tort protégés des dangers associés aux cigarettes « régulières ».

Nos discussions sur la réduction des méfaits nous ont permis de dégager les thèmes suivants :

a) Les stratégies de réduction des méfaits via la modification des produits, sont un élément important, mais non le seul, d'une stratégie globale de lutte antitabac. Attendu qu'elles nous placent devant des dilemmes éthiques et comportent des conséquences anticipées et non-intentionnelles, le Comité convient qu'il faut absolument poursuivre les recherches et les consultations pour élaborer des stratégies appropriées de réduction des méfaits, tout en poursuivant avec la même vigueur les initiatives tout aussi importantes de renoncement, de prévention et de règlementation.

Des recherches scientifiques additionnelles s'avèrent nécessaires afin d'obtenir les données qui permettent d'évaluer le potentiel de réduction des méfaits des produits modifiés et de prendre des décisions stratégiques qui s'imposent.