Travailler dans un milieu sain : guide des politiques en matière de lutte au tabagisme
Table des matières
Le conference board du Canada
Le Conference Board du Canada est un organisme de recherche autonome et à but non lucratif qui est affilié à des sociétés homologues aux États-Unis et en Europe. Il a pour mission d'aider ses membres à prévoir les changements qui surviennent de plus en plus dans l'économie mondiale et à s'y adapter. Pour ce faire, il favorise l'accroissement et l'échange des connaissances sur les stratégies et les méthodes des organisations, les nouvelles tendances économiques et sociales et les grandes questions d'intérêt public. Depuis 1954, le Conference Board s'adonne à la recherche sur les pratiques novatrices ainsi qu'à la conception de nouvelles stratégies et il offre à ses associés les renseignements, les analyses et les connaissances spécialisées les plus à jour, ce qui leur permet d'exceller au Canada et aux quatre coins du monde. Il est possible d'obtenir de plus amples renseignements sur le Conference Board en consultant sa page d'accueil sur Internet à l'adresse http://www.conferenceboard.ca
Le groupe des services économiques sur mesure
Le Groupe des services économiques sur mesure est une division de recherche du Conference Board du Canada. Il a pour but de répondre aux besoins en renseignements particuliers des membres du Conference Board en effectuant des recherches financées. Parmi les services qu'il offre figurent les prévisions économiques sur mesure aux paliers municipal, provincial et national; des analyses des retombées économiques; des modèles économétriques sur mesure; des enquêtes sur les attitudes des consommateurs et des entreprises; et des analyses des répercussions économiques des modifications à la politique publique. Adresse sur Internet : ces.conferenceboard.ca
Préface
La présente étude a été rendue possible grâce à l'aide financière accordée par la Stratégie de réduction de la demande du tabac, de Santé Canada. Conformément aux lignes directrices du Conference Board relatives au financement de la recherche, la conception et la méthode de recherche n'ont été déterminées que par Le Conference Board du Canada. Les opinions exprimées dans le présent rapport sont celles des auteurs et elles ne représentent pas nécessairement l'opinion officielle de Santé Canada.
- La recherche a été effectuée par Peter Lok, recherchiste, sous la direction de Marie Burrows, directrice des Services économiques sur mesure.
- Un rapport sur le Conference Board du Canada du Groupe des services économiques des douanes
- Vice-président et Économiste en chef : James G. Frank
Directrice : Marie Burrows Chercheurs : Stéphane Arabackyj, Brenda Lafleur, Peter Lok, Robert Squires
- ©1997 La Conference Board du Canada* Imprimé au Canada, Tous droits réservés * Enregistré sous AERIC Inc.
Points saillants de l'étude
- De nombreux employeurs au Canada ne sont pas conscients des coûts liés à l'usage du tabac en milieu de travail.
- Les études menées antérieurement sur le fait d'avoir des fumeurs comme employés requièrent une mise à jour, car elles remontent aux années 80.
- Dans la présente étude, nous calculons quelques-uns des coûts liés au recours à des fumeurs comme employés par comparaison aux coûts liés à des non-fumeurs qui, autrement, présentent les mêmes caractéristiques.
- Nous quantifions quatre facteurs de coût : l'accroissement de l'absentéisme, la baisse de la productivité, la hausse des primes d'assurance-vie et le coût des aires pour fumeurs.
- Les résultats sont présentés au tableau sommaire 1; ils sont exprimés en dollars par employé fumeur, sur une base annuelle.
- Munis de cette information, les employeurs seront mieux en mesure d'évaluer les avantages qu'ils pourraient retirer de la mise en place de programmes ou de politiques de désaccoutumance au tabac en milieu de travail.
- L'employeur qui envisage la mise sur pied d'un programme de désaccoutumance au tabac peut calculer les économies qu'il réaliserait en se servant de données adaptées à son organisation.
Tableau sommaire 1 - Coûts annuels engendrés par les employés qui fument (par employé, en dollars de 1995)
| Facteur de coût |
Coût |
| Accroissement de l'absentéisme |
$230 |
| Baisse de la productivité |
$2,175 |
| Hausse des primes d'assurance-vie |
$75 |
| Coût des aires pour fumeurs |
$85 |
Source : Le Conference Board du Canada.
Introduction
La question de l'usage du tabac en milieu de travail a de plus en plus d'incidences sur le résultat net des employeurs canadiens. En octobre 1996, par exemple, la Commission des accidents du travail de l'Alberta a donné raison à quatre gardiens de prison, après avoir constaté que la fumée secondaire aggravait l'état de santé préexistant. D'après la décision de la Commission, la fumée de tabac ambiante constitue en effet un risque pour la santé en milieu de travail.
Les effets de l'usage du tabac font l'objet de preuves médicales à la fois détaillées et solides. Santé Canada estime que 21 p. 100 des décès au Canada sont attribuables à l'usage du tabac.1 Mais quels sont les coûts qui en résultent pour l'employeur?
Contexte
Nombreuses sont les études qui ont quantifié les divers coûts de l'usage du tabac. Certaines d'entre elles traitent des coûts sociaux; d'autres, des coûts pour le secteur des soins de santé. Enfin, une partie de ces études quantifient les coûts du point de vue de l'employeur.
Malgré l'abondance de la recherche, un certain nombre d'employeurs ne sont toujours pas conscients des coûts liés à l'usage du tabac en milieu de travail. D'après Smoking Cessation Initiatives in the Workplace, une étude récente menée par Le Conference Board du Canada, les inquiétudes liées à la santé des employés et aux incidences de la fumée secondaire sont les facteurs les plus importants qui influent sur la décision de mettre sur pied des programmes de désaccoutumance au tabac. L'étude conclut que, parce que les gens ne sont pas suffisamment conscients de ces coûts :
[...] ces coûts ne représentent qu'une considération mineure dans la mise en application de mesures de désaccoutumance au tabac. Il existe par conséquent des possibilités de sensibiliser davantage la minorité importante de ceux qui déclarent ne pas être conscients de ces coûts.2 [Traduction.]
En 1989, Travail Canada a effectué une analyse coûts-avantages du tabagisme dans la fonction publique fédérale, dans le cadre d'une évaluation de la réglementation restreignant l'usage du tabac en milieu de travail. Bien qu'elles soient largement citées dans divers articles, les estimations de Travail Canada reposent sur les caractéristiques particulières de la fonction publique fédérale à l'époque. D'autres organisations, telles Dow Chemical et l'Insurance Corporation of British Columbia, ont effectué des études similaires, mais ces dernières datent elles aussi d'au moins dix ans.3
But de l'étude
Nous estimons dans la présente étude le coût additionnel associé à l'emploi d'un fumeur comme travailleur, comparativement à celui d'un non-fumeur ayant par ailleurs les mêmes caractéristiques. Nous effectuons ce calcul du point de vue de l'employeur. Munis de cette information, les employeurs seront mieux en mesure d'évaluer les avantages qu'ils pourraient retirer de la mise en place de programmes ou de politiques de désaccoutumance au tabac en milieu de travail.
Il est important de noter, dès le départ, que les coûts calculés dans la présente étude sont nécessairement de nature générale. En d'autres termes, ces coûts s'appuient sur un certain nombre d'hypothèses qui ne sont pas nécessairement valables pour tous les employeurs. Dans ces conditions, les estimations de coûts devraient être considérées comme approximatives : elles donnent en effet une indication générale des coûts additionnels liés à l'emploi d'un fumeur. Les employeurs qui envisagent de faire une évaluation d'un programme ou d'une politique de désaccoutumance au tabac peuvent procéder à des calculs du même genre en se basant sur leurs propres données.
Plan de l'étude
Notre étude se divise en quatre chapitres. Faisant suite à l'introduction, le chapitre 2 traite de la méthodologie et des sources, tandis que le chapitre 3 renferme les résultats relatifs à chaque facteur de coût quantifié dans l'étude. Au chapitre 4, nous discutons des résultats et des conclusions. Le rapport renferme également un résumé mettant en relief les principales conclusions de l'étude.
Méthodologie et sources
Nous décrivons dans le présent chapitre la méthode employée pour calculer les coûts additionnels, pour les employeurs, qui résultent de l'usage du tabac. (On trouvera à l'annexe A les formules utilisées pour les calculs.) Comme dans la plupart des études de ce genre, les calculs reposent sur un certain nombre d'hypothèses. Celles-ci font l'objet de discussion; nous indiquons également la provenance des données utilisées pour les calculs.
Approche générale
Divers facteurs contribuent à l'accroissement des coûts liés à l'emploi d'un fumeur plutôt que d'un non-fumeur ayant des caractéristiques semblables. Les estimations auxquelles nous arrivons dans la présente étude portent sur les quatre facteurs suivants :
- l'accroissement de l'absentéisme;
- la baisse de la productivité;
- la hausse des primes d'assurance-vie;
- le coût des aires pour fumeurs.
Cette liste de coûts n'a rien d'exhaustif. En outre, ces coûts ne s'appliquent pas tous à chaque organisation. Et même dans ce cas, l'hypothèse sous-jacente sur laquelle reposent les calculs ne vaut pas nécessairement pour chaque employeur en particulier.
Un grand nombre des facteurs de coût examinés varient en importance selon les politiques en vigueur sur les lieux de travail. Le graphique 1 illustre la répartition des politiques en matière de tabac en vigueur au Canada en 1994. Tirées d'une enquête effectuée par Statistique Canada pour le compte de Santé Canada, les données révèlent que 39 p. 100 des Canadiens ont proscrit l'usage du tabac en milieu de travail.
4 Lorsqu'il est permis de fumer sur les lieux de travail, un pourcentage presque identique (41 p. 100) imposent des restrictions quant aux endroits où il est permis de le faire. Les autres ont indiqué qu'il n'y avait pas de restrictions quant à l'usage du tabac en milieu de travail.
Nous calculons les facteurs de coût du point de vue de l'employeur. Autrement dit, il s'agit de coûts engagés par l'employeur parce que les employés fument en milieu de travail. Nous avons utilisé autant que possible les données de 1995 dans l'estimation des coûts. Ainsi, les estimations de coût pour chaque facteur sont exprimées en dollars de 1995 par employé et par année. Lorsque les données pour 1995 n'étaient pas disponibles, nous avons pris note de l'année à laquelle s'appliquaient les données utilisées et nous les avons rajustées, au besoin, en fonction de 1995.
Politiques concernant l'usage du tabac en milieu de travail, 1994
Source : Santé Canada, Enquête sur le tabagisme au Canada.
1. Accroissement de l'absentéisme
Dans de nombreuses études épidémiologiques, on a constaté que les fumeurs avaient tendance à s'absenter de leur travail plus que les non-fumeurs.
5
Chart 2
L'absentéisme chez les non-fumeurs et chez les fumeurs, 1994
Note : Le terme « fumeurs » comprend les fumeurs et les ex-fumeurs.
Source : Santé Canada, Enquête sur le tabagisme au Canada..
L'Enquête sociale générale de 1994 effectuée par Statistique Canada révèle que les employés non-fumeurs s'absentent de leur travail 1,8 jour de moins par année que les fumeurs (graphique 2). Si les employés sont rémunérés pour leurs congés de maladie, comme c'est le cas dans de nombreux milieux de travail au Canada, l'absentéisme impose un coût réel aux employeurs.
Pour calculer le coût attribuable à l'augmentation de l'absentéisme, on multiplie la différence entre le nombre annuel de jours de maladie pris par les fumeurs, d'une part, et par les non-fumeurs, d'autre part, par le coût salarial quotidien moyen.
Le nombre moyen de jours de maladie des fumeurs actuels aussi bien que des ex-fumeurs est de 13,5 par année, d'après l'Enquête sociale générale de 1994. Par contre, il est de 11,7 jours pour les personnes qui n'ont jamais fumé. Ce sont les jours de maladie additionnels des fumeurs qui font la différence entre les deux.
On obtient le salaire quotidien moyen en divisant par cinq jours ouvrables les salaires et traitements hebdomadaires moyens de 1995 (dans l'ensemble des secteurs d'activité). Suivant cette méthode, le salaire quotidien moyen en 1995 était de 112$.
6 Ce montant représente le salaire ou traitement reçu par l'employé, mais il sous-estime le coût salarial réel assumé par l'employeur. En vertu de la loi, les employeurs sont en effet tenus de cotiser à divers programmes fédéraux et provinciaux au nom de leurs employés.
Ces programmes comprennent le Régime de pensions du Canada (RPC) ou le Régime de rentes du Québec (RRQ), l'assurance-emploi, les régimes provinciaux d'assurance-maladie, le régime d'indemnisation des victimes d'accidents du travail ainsi que les autres charges sociales. De plus, nombreux sont les employeurs qui contribuent volontairement au régime d'avantages sociaux des employés. On estime à environ 15 p. 100 des salaires le coût de ces charges sociales et de ces avantages sociaux pour les employeurs, d'après les données nationales relatives à 1995.
7 Afin de calculer les coûts salariaux réels, nous avons combiné les charges sociales et avantages sociaux avec le salaire hebdomadaire moyen.
2. Baisse de la productivité
Cette deuxième catégorie de coûts quantifie le coût pour l'employeur qui résulte du fait que les employés prennent des pauses pour fumer pendant leur journée de travail. Le calcul ne s'applique qu'aux employeurs qui ne permettent pas à leurs employés de fumer sur les lieux immédiats de leur travail. Les employés qui sont autorisés à fumer sur les lieux immédiats de leur travail imposent cependant aux employeurs d'autres coûts qui ne sont pas pris en compte ici.
Nous calculons la perte annuelle de productivité qui résulte du fait que les employés quittent leur poste de travail pour aller fumer en multipliant le temps consacré à la pause-cigarette par le salaire moyen.
D'après les enquêtes, le fumeur canadien moyen consomme environ 19 cigarettes par jour. Selon une étude sur la désaccoutumance au tabac en milieu de travail effectuée par le Conference Board, par exemple, les hommes fument environ 20 cigarettes par jour et les femmes, 18 environ, la moyenne pondérée pour les deux sexes s'établissant à 19.
8
À supposer que la période de sommeil est de huit heures, le quart de travail de huit heures représente la moitié du temps où le travailleur est éveillé. Lorsqu'il n'a pas le droit de fumer à son poste de travail, ce dernier a habituellement tendance à fumer davantage en dehors des heures ouvrables; aussi risquerait-on de surestimer les coûts si l'on disait simplement que la moitié des cigarettes fumées pendant la journée le sont pendant les heures de travail. Pour être prudent dans notre calcul, nous supposons par conséquent qu'un quart des cigarettes fumées pendant la journée (c.-à-d. cinq) le sont pendant les heures de travail. Si la personne fume une cigarette à chacune de ses deux pauses et une à l'heure du midi, il lui en reste deux à fumer à des moments qui ne sont pas désignés comme étant des pauses.
Supposons qu'il faille dix minutes pour griller une cigarette et cinq pour se rendre du poste de travail à l'aire pour fumeurs et en revenir. La pause-cigarette exige donc quinze minutes au total. Si la personne fume deux cigarettes en dehors de ses heures normales de pause, elle consacre alors trente minutes par jour au total au rituel de la cigarette, et ces minutes sont perdues.
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Nous utilisons le salaire horaire moyen (dans l'ensemble des secteurs d'activité) pour calculer le coût d'opportunité du temps perdu à fumer. Le salaire horaire moyen (des employés salariés aussi bien que de ceux qui sont rémunérés à l'heure, dans l'ensemble des secteurs d'activité) pour 1995 s'établit à 16,87 $. Comme dans le cas du calcul de l'absentéisme comme facteur de coût, le salaire horaire sous-estime le coût salarial réel que paie l'employeur. Nous ajoutons par conséquent au salaire horaire le montant des avantages sociaux payés par l'employeur pour le compte de l'employé.
Nous procédons comme suit pour établir le nombre de jours ouvrables dans une année. L'année civile comptant 365 jours, nous déduisons 104 jours pour les weekends, 10 jours fériés, 15 jours de vacances et 9 jours de maladie
10, ce qui fait 138 jours de repos dans une année et donc 227 jours ouvrables.
3. Hausse des primes d'assurance-vie
Depuis plus de dix ans, les compagnies d'assurance-vie accordent un « rabais » aux détenteurs de police individuelle qui ne fument pas, ce qui tient compte de leur taux de morbidité moindre et de leur espérance de vie plus grande que chez les fumeurs. À l'heure actuelle, ce rabais n'est pas offert habituellement dans les régimes d'assurance-vie collective auxquels souscrivent de nombreux employeurs canadiens.
Toutefois, en raison du nombre accru de demandes de remboursement présentées par les employés qui fument, les employeurs constateront avec le temps que leurs primes augmentent plus que celles de leurs homologues qui ont moins de fumeurs à leur service. L'inverse est également vrai : les employés non fumeurs présentant moins de demandes de remboursement, leurs primes diminueront à la longue. Le rythme auquel les primes augmentent ou diminuent varie en fonction de la taille de l'organisation. En général, les demandes de remboursement des gros employeurs (400 vies assurées et plus) jouissent d'une crédibilité plus grande que celles qui proviennent d'employeurs de moindre envergure. Par conséquent, bien que les compagnies d'assurances canadiennes n'accordent peut-être pas de rabais directement pour les employés non fumeurs, au fil des ans, le niveau moindre des demandes de remboursement associé aux demandes de ces derniers entraînera une réduction des primes.
Dans le cas des polices individuelles, les actuaires ont établi des tables de rabais sur les primes d'assurance-vie à l'intention des détenteurs de police qui ne fument pas; ces rabais varient selon le sexe et l'âge du requérant. Dans le cas d'un homme de 35 ans, par exemple, le rabais peut aller jusqu'à 50 p. 100 du montant de la prime exigée d'un fumeur présentant des caractéristiques équivalentes.11
Nous calculons le coût supérieur des primes d'assurance-vie attribuable aux employés qui fument en utilisant le rabais moyen applicable aux polices individuelles (35 p. 100) établi à partir d'un échantillon de compagnies d'assurance-vie canadiennes fourni par LifeGuideMD. Pour estimer la prime moyenne d'assurance-vie collective, nous prenons le montant total des primes versées en 1995 et divisons ce montant par le nombre total d'employés en 1995.12, 13
Nous nous sommes servi des taux de prévalence de l'usage du tabac à l'échelle nationale en 1994 pour estimer le coût additionnel de la prime imposé par le fait de fumer en milieu de travail.
4. Coûts des aires pour fumeurs
Le quatrième et dernier facteur de coût pris en considération dans la présente étude comprend les coûts liés à la construction, à l'exploitation et au nettoyage des aires pour fumeurs sur les lieux de travail. Le calcul de ce facteur de coût repose sur l'hypothèse selon laquelle les gens vont fumer dans un endroit ventilé séparément. Ce coût varie cependant en fonction de l'endroit où il est permis de fumer.
Le coût de la construction et de l'exploitation d'une aire pour fumeurs ventilée séparément varie en fonction d'un certain nombre de facteurs liés à la conception du local. Si la pièce désignée donne sur un mur extérieur, on peut engager un entrepreneur directement pour installer un ventilateur mural qui maintiendra une pression négative dans la pièce. Il faudra peut-être effectuer des études de génie et d'architecture dans le cas d'installations plus complexes, et prévoir l'installation de conduits et d'appareils additionnels tels qu'un ventilateur-récupérateur de chaleur. Par conséquent, les estimations obtenues auprès d'un certain nombre de cabinets d'ingénieurs spécialisés dans les sciences de la construction vont de 2 000 $ (pour un entrepreneur qui installe un ventilateur mural) à 20 000 $ pour une installation plus complexe. Nous avons utilisé la moyenne de ces deux estimations (11 000 $) dans nos calculs et l'avons amortie sur une période de dix ans. Par hypothèse, nous avons fixé à 5 p. 100 (550 $) du coût initial des immobilisations les coûts annuels d'exploitation et avons établi à 25 le nombre de fumeurs que cette aire pour fumeurs peut accueillir.
Les coûts de nettoyage reposent sur ce qu'il en coûte pour nettoyer la partie du bâtiment où les gens fument. Il faut vider les cendriers qui s'y trouvent, habituellement tous les jours. Il faut aussi balayer la pièce ou la nettoyer d'une autre manière, ce qui se fait généralement une fois par semaine.
Nous estimons qu'il faut cinq minutes par jour pour nettoyer les cendriers remplis par 25 employés. Le nettoyage hebdomadaire de l'aire pour fumeurs nécessite une demi-heure par groupe de 25 employés fumeurs. Nous nous servons du salaire horaire moyen d'un concierge en 1995 (9,75 $) pour convertir le temps en argent.14 Les avantages sociaux payés par l'employeur au nom des employés sont également compris dans le calcul du coût salarial réel pour l'employeur.
Estimation des coûts
La présente section contient des estimations relatives à chacun des facteurs de coût, exprimées en dollars de 1995. Les résultats sont résumés au tableau 1 (ci-dessous).
L'accroissement de l'absentéisme attribuable à l'usage du tabac se solde par un coût annuel d'environ 230 $ par employé fumeur. Ce montant reflète le coût pour l'employeur de près de deux journées de congé additionnelles de chaque employé qui fume.
Le coût moyen pour les employeurs qu'entraîne la baisse de la productivité des employés qui fument en dehors des pauses est estimé à 2 175 $ par employé fumeur par année. Ce montant couvre le coût assumé par les employeurs lorsque les employés fument pendant leurs heures de travail.
Lorsqu'on se sert des rabais sur les primes moyennes d'assurance-vie individuelle payables par les détenteurs de police qui ne fument pas et qu'on applique ces rabais aux primes moyennes payées par les employeurs canadiens pour les régimes d'assurance collective, on obtient des économies estimées à environ 75 $ par employé fumeur par année. Précisons que ces économies de coûts ne s'appliquent qu'à l'assurance-vie et non à l'assurance-invalidité à long terme, à l'assurance-maladie et à l'assurance-soins dentaires.
Nous estimons qu'il en coûte 65 $ par année par employé pour construire et entretenir une aire pour fumeurs ventilée séparément. Comme les coûts de nettoyage sont d'environ 20 $ par année, le coût total de l'aire pour fumeurs est estimé à 85 $ par année, par employé fumeur.
Tableau sommaire 1 - Coûts annuels engendrés par les employés qui fument (par employé, en dollars de 1995)
| Facteur de coût |
Coût |
| Accroissement de l'absentéisme |
$230 |
| Baisse de la productivité |
$2,175 |
| Hausse des primes d'assurance-vie |
$75 |
| Coût des aires pour fumeurs |
$85 |
Source : Le Conference Board du Canada.
Discussion des résultats
Dans ce dernier chapitre, nous nous demandons si les employeurs qui mettent sur pied un programme ou des politiques de désaccoutumance au tabac à l'intention de leurs employés peuvent réaliser les économies de coûts présentées au chapitre précédent.
Est-il possible de réaliser des économies?
Quelles sont les possibilités d'économiser, grâce à la mise en œuvre d'un programme ou d'une politique de désaccoutumance au tabac, qui s'offrent à l'employeur muni de renseignements sur les coûts additionnels imposés par l'usage du tabac en milieu de travail? Le coût du programme ou de la politique jouera manifestement un rôle tout comme son efficacité dans la réduction de l'incidence de l'usage du tabac. Ces considérations mises à part, l'employeur fera-t-il des économies si un employé fumeur de plus devient non-fumeur?
La réponse à cette question dépend d'un certain nombre de facteurs. Chacun des facteurs de coût estimés dans la présente étude est calculé en fonction d'hypothèses. Si ces hypothèses ne sont pas fondées pour un employeur, il se peut qu'il ne fasse pas d'économies. Dans certaines sociétés, par exemple, les employés qui fument fournissent chaque jour une demi-heure de travail additionnelle pour compenser le temps consacré à leurs pauses-cigarettes. Dans le cas de ces employeurs, il est clair que l'estimation relative à la perte de productivité comme facteur de coût ne tient pas.
Un autre élément qui milite contre la réalisation d'économies découle de l'utilisation de moyennes dans les calculs. Les coûts de nettoyage et d'entretien, par exemple, ont été calculés sur la base du coût moyen par employé. Si un seul employé cesse de fumer au travail, l'employeur n'observera qu'une réduction de coût minime. Par exemple, s'il n'y a qu'un fumeur de moins, le personnel du service de nettoyage et d'entretien devra quand même nettoyer l'aire pour fumeurs. Ce n'est qu'avec une importante réduction de l'usage du tabac en milieu de travail que l'employeur commencera à se rendre compte qu'il économise.
L'usage du tabac engendre des coûts pour les employeurs.15 La meilleure façon d'évaluer l'ampleur de tels coûts est d'analyser la situation sur une base individuelle, à partir de données propres à l'employeur. En faisant un tel calcul, les dirigeants seront mieux en mesure de déterminer s'il est possible de réaliser des économies et combien de temps il leur faudra pour ce faire. En comparant les économies avec les coûts d'un programme ou d'une politique de désaccoutumance au tabac, les employeurs seront en mesure de prendre des décisions éclairées sur l'opportunité de la mise en œuvre d'un tel programme ou d'une telle politique en s'appuyant sur les coûts liés à l'usage du tabac.
Annexe A : formules relatives au calcul des coûts
Le texte suivant n'est disponible qu'en anglais.
1. Increased Absenteeism
The calculation of the annual cost of increased absenteeism per employee is based on the following formula:
where:
- COSTABSENT = annual cost due to increased absenteeism (in dollars per employee)
- DAYSEVER = average number of sick days taken annually by "ever" smokers
- DAYSNEVER = average number of sick days taken annually by "never" smokers
- DAILYWAGE = average daily wage (industrial composite)
- BENEFITS = benefits paid by the employer on behalf of the employee (ratio)
2. Decreased Productivity
The annual loss in productivity that results when an employee leaves their work area to have a cigarette is calculated by use of the following calculation:
where:
- COSTPROD = annual loss in productivity (in dollars per employee)
- CIGS = average number of cigarettes smoked per day at work during non-designated break periods
- TIME = time taken to smoke cigarette in minutes
- MINUTES = number of minutes in an hour (60 minutes)
- WAGEAVERAGE = average hourly wage-industrial composite (dollars)
- BENEFITS = benefits paid by the employer on behalf of the employee (ratio)
- DAYSWORKED = number of days worked per year (days)
3. Increased Life Insurance Premiums
The formula for calculating the annual incremental life insurance premium between employees who smoke and non-smoking employees is:
where:
- COSTLIFE = annual loss in life insurance premiums (dollars per employee)
- PREMIUMAVERAGE = average group life insurance premium per employee-both employer and employee contributions (dollars per employee)
- EMPLOYER = percentage of group life insurance premium paid by employer (ratio)
- DISCOUNT = average discount for non-smokers on individual life insurance (ratio)
- %SMOKE = percentage of the population that smokes (ratio)
4. Smoking Areas Costs
The increased cost of a smoking area is divided into two items: the cost of constructing and operating a separately ventilated smoking area; and the cost of cleaning and maintaining the smoking area.
a) Capital and Operating Costs for a Separately Ventilated Smoking Area
The formula for calculating the annual cost of constructing and operating a separately ventilated smoking area is:
where:
- COSTROOM = annual cost of constructing and operating a separately ventilated smoking area (dollars per employee)
- CAPITAL = capital cost of constructing a separately ventilated smoking area (dollars)
- SMOKERS = maximum number of smoking employees accommodated by the smoking area (number of employees)
- AMORTIZATION = the amortization period for the smoking area (years)
- OPERATING = the annual cost of operating the smoking area expressed as a percentage of the initial capital cost (ratio)
b) Cost of Cleaning and Maintaining the Smoking Area
The formula for calculating the annual cost of cleaning and maintaining the separately ventilated smoking area is:
where:
- COSTCLEANING = annual cost of cleaning and maintaining a smoking area (dollars per employee)
- DAILY = time spent cleaning ashtrays in the smoking area each day (minutes)
- WEEKLY = time spent cleaning the smoking area each week (minutes)
- MINUTES = number of minutes in an hour (60 minutes)
- WORKDAYS = number of working days per year (days)
- WAGEJANITOR = the average wage for janitorial employees (dollars per hour)
- SMOKERS = number of smoking employees accommodated by the smoking area (number of employees)
- BENEFITS = benefits paid by the employer on behalf of the employee (ratio)
Notes
- Santé Canada, Décès au Canada attribuables au tabagisme, Ottawa, communiqué de Santé Canada, novembre 1996.
- Le Conference Board du Canada, Smoking Cessation Initiatives in the Workplace, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 1995, p. 26.
- Herbert Mills, Economic Implications of Smoking in the Workplace, Vancouver, Insurance Corporation of B.C., 1985.
- Santé Canada, Enquête sur le tabagisme au Canada (quartier 2), Ottawa, Santé Canada, novembre 1994.
- Par exemple : Robert L. Bertera, « The Effects of Behavioural Risks on Absenteeism and Health Care Costs in the Workplace », Journal of Occupational Medicine, vol. 33, no 11 (novembre 1991), p. 1119-1124; ou Bruce Hocking, Heather Grain et Ian Gordon, « Cost to Industry of Illness Related to Alcohol and Smoking : A Study of Telecom Australia Employees », The Medical Journal of Australia, vol. 161 (octobre 1994), p. 407-412.
- Il vaut la peine de noter que la formule adoptée dans la présente étude pour estimer le coût de l'absentéisme entraîne vraisemblablement une sous-estimation du coût véritable. Dans une étude inédite sur le coût de l'absentéisme effectuée par le Conference Board du Canada (David Shepherdson, « Estimating the Cost of Absenteeism », Ottawa, Le Conference Board du Canada, 1992, inédit), l'auteur arrive à la conclusion que le facteur de coût net moyen pour les employés absents est égal à 1,26 fois le taux de base du salaire horaire moyen. Évidemment, le facteur de coût net ne prend pas en considération la baisse du moral des collègues de travail qui doivent supporter une plus lourd fardeau ou compenser autrement l'absence. Dans la présente analyse, nous ne nous sommes pas servi du facteur de coût net moyen pour l'absentéisme.
- On calcule ces avantages en divisant le revenu supplémentaire du travail (qui comprend le RPC, le RRQ, l'assurance-emploi, les charges sociales du Québec et de l'Ontario ainsi que les autres avantages payés par l'employeur pour le compte de l'employé) par le montant total des salaires et traitements.
- The Conference Board of Canada, Smoking Cessation Initiatives in the Workplace, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 1995, p. 19.
- Dans le calcul de cette perte de productivité, nous supposons qu'aucun travail productif ne s'effectue pendant que la personne fume et que le temps perdu à fumer n'est pas compensé par une prolongation du temps de travail.
- Le nombre de jours de maladie correspond au nombre moyen de jours congé de maladie en 1995, d'après l'Enquête sur la population active menée par Statistique Canada.
- D'après le LifeGuideMD, le prix demandé à un homme de 35 ans pour une police d'assurance-vie individuelle de 200 000 $, d'une durée d'un an, est de 152 $ pour un non-fumeur et de 308 $ pour un fumeur.
- Selon le Bureau du surintendant des institutions financières, le montant total des primes d'assurance-vie collective payées en 1995 s'élève à 2,2 milliards de dollars.
- D'après l'Enquête sur la population active de Statistique Canada, il y avait en moyenne 13,5 millions d'employés en 1995.
- Travailleurs dans le secteur de l'entretien de bâtiments et d'habitation.
- Le professeur William Weis, de l'Albers School of Business (Université de Seattle) relève dix domaines dans lesquels l'employeur peut réaliser des économies : l'assurance-maladie; l'absentéisme additionnel; l'assurance-vie et l'assurance-invalidité, l'assurance contre le feu; l'assurance-responsabilité et l'assurance contre les accidents de travail; la ventilation et la consommation d'énergie pour le chauffage et le conditionnement de l'air; la responsabilité légale; les dommages matériels, la dépréciation et l'entretien des biens; le temps perdu à fumer; le moral des employés; enfin, l'image de l'entreprise.
Bibliographie
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