Les participants à l'atelier ont discuté, entre autres, des indicateurs qui pourraient faire l'objet de recherches aux fins de la lutte contre le tabagisme mais qui ne doivent pas nécessairement être inclus dans le contenu de base de l'une des trois séries de questions proposées par les participants à l'atelier en vue de la surveillance continue de l'usage du tabac.
Même si, dans les cas où des données sont déjà disponibles, il n'est pas nécessaire d'étudier plus en détail bon nombre de ces indicateurs, ceux-ci devraient tout de même, de l'avis des participants, faire l'objet d'une analyse secondaire. Le cas échéant, cela est indiqué dans le tableau ci-dessous pour chaque question.
| Enjeu | Sommaire de la discussion | Mesure recommandée |
|---|---|---|
| Classement des fumeurs dans des catégories | Les participants ont convenu de l'utilité d'une série plus générale et plus descriptive de catégories standard d'usage du tabac car celle-ci faciliterait divers efforts ciblés en matière de programmes. | D'autres tâches doivent être effectuées en vue de l'établissement d'un modèle de classification indiquant à laquelle des trois étapes de la « trajectoire » le répondant se trouve : première consommation, tabagisme actif et renoncement au tabac. Voici le modèle proposé par les participants en guise de point de départ : 1) Début (initiation/première consommation) 2) Maintien (fumeur actif, usage quotidien et non quotidien du tabac)
3) Réduction (fume moins de cigarettes afin de renoncer au tabac; fait des tentatives en ce sens) 4) Rechute (recommence à fumer après une période d'abandon du tabac) 5) Fumeur passif (ne fume pas mais est exposé à la fumée des autres) 6) Jamais fumé (n'a jamais fumé de cigarettes) |
| Comportements associés et simultanés | Les participants estiment qu'il est impossible de dissocier l'usage du tabac des autres comportements de dépendance, en particulier de la consommation d'alcool et d'autres drogues. L'alcoolisme et le tabagisme vont très souvent de pair (co-dépendances). Les participants sont d'avis que le fait que les enquêtes sur le tabagisme ne comportent d'ordinaire que peu ou pas de questions concernant la consommation d'autres drogues est une importante lacune. Qui plus est, il est rare que les enquêtes portant sur le tabagisme et la consommation d'autres drogues abordent expressément la question de la consommation simultanée. | L'ajout de questions de base sur le tabagisme dans d'autres enquêtes portant sur la consommation de drogues (autres que le tabac) permettrait de mieux comprendre les co-dépendances. Des questions relatives à la consommation d'alcool et de drogues devraient être élaborées aux fins d'inclusion dans les enquêtes sur le tabagisme. En outre, l'inclusion, dans les enquêtes portant sur la consommation de drogues ou d'alcool, de questions de base sur le tabagisme doit être encouragée. Les participants appuient l'élaboration de mesures plus robustes de la fréquence de consommation de marijuana, car elles permettraient de mieux évaluer jusqu'à quel point la consommation de marijuana est associée au tabagisme et de cerner d'éventuelles tendances en matière de substitution. |
| Sensibilité aux fluctuations en matière de consommation de tabac | Les questions visant à déterminer le nombre de cigarettes fumées « en moyenne » par jour ou le nombre de cigarettes « habituellement » fumées sur une longe période ne tiennent pas compte des fluctuations à court terme du taux de consommation. Les participants sont conscients que cela restreint la collecte de données sur la consommation de cigarettes des personnes qui ne font pas un usage quotidien du tabac en l'absence d'une approche axée sur le rappel quotidien. | Les participants ont recommandé l'utilisation plus généralisée d'approches axées sur le rappel quotidien et l'élaboration de mécanismes additionnels en vue d'améliorer la déclaration des fluctuations à court terme en matière de consommation. Des travaux (en particulier d'autres recherches) doivent être effectués afin de mieux comprendre les variations sur de plus longues périodes (p. ex. fluctuations saisonnières du niveau de consommation pouvant correspondre à l'année scolaire et aux périodes de congé des jeunes). |
| Méthode de mesure : passer des estimations de la prévalence à un moment donné, fondées sur des méthodes d'enquête transversales, à l'étude des transitions et des mécanismes sous-jacents à l'aide de modèles de recherche longitudinale | Outre leur utilité pour établir les habitudes tabagiques des répondants, les transitions dans le comportement tabagique doivent, comme le prônent vigoureusement les participants à l'atelier, être mieux comprises : quand et comment une personne modifie-t-elle la fréquence de son tabagisme ou la quantité de cigarettes qu'elle fume, ou quand et comment commence-t-elle à fumer ou renonce-t-elle au tabac? Si nous avions une meilleure connaissance de ces transitions, nous pourrions mieux comprendre à quel moment et à quel endroit se présentent des possibilités d'intervenir et de poursuivre l'évaluation des processus et des résultats des politiques et des programmes antitabac. | Comme point de départ pour l'élaboration de telles mesures, il pourrait être utile de mettre l'accent sur la dernière transition d'une personne et sur les mesures qui permettent de décrire le changement ainsi que sur les raisons de ce dernier et le moment où il s'est produit. Au nombre de ces changements, signalons non seulement le fait de recommencer à fumer ou d'abandonner cette habitude mais également l'augmentation ou la diminution du nombre de cigarettes fumées. |
| Nouveaux fumeurs | Il faut faire davantage pour déterminer des marqueurs significatifs de la première consommation de tabac et pour s'entendre sur les définitions de concepts aussi élémentaires que « commencer à fumer ». Bon nombre d'événements marquants pourraient servir de point de « départ » (p. ex. l'âge auquel les répondants ont tiré une bouffée de cigarette pour la première fois, fumé leur première cigarette au complet, commencé à fumer sur une base régulière, mais non quotidienne, commencé à fumer tous les jours, acheté leurs premières cigarettes ou fumé pour la première fois devant leurs parents). Il serait peut-être utile de suivre le processus d'initiation au tabac au fil du temps, comme s'il s'agissait d'un continuum et non pas d'un événement discret. | Cet aspect du comportement n'est pas encore bien compris et la recherche à cet égard devra être approfondie. Les participants ont proposé qu'un groupe de travail soit formé pour discuter de ces questions dans le cadre des travaux préparatoires qui seront effectués. |
| Renoncement au tabagisme | Les questions actuelles ne portent habituellement que sur l'épisode le plus récent de renoncement au tabac et sur les tentatives de renoncement au cours de l'année précédente. Les participants savent bien que le statut d'ancien fumeur n'est pas immuable étant donné que certaines personnes font une rechute et recommencent à fumer après avoir abandonné le tabac pendant une longue période. | L'élaboration de questions pour étudier plus en profondeur les tentatives d'abandon du tabac qui ont ou non porté fruit (entre autres, les rechutes faisant suite à de longues périodes d'abstinence tabagique) permettrait de mieux comprendre le comportement tabagique et la trajectoire d'abandon. La mesure des « dérapages » demeure un sujet de recherches ultérieures. |
| Consommation excessive de cigarettes | Les participants sont conscients du manque de questions pertinentes concernant les fluctuations à court terme des niveaux de consommation, par exemple la consommation excessive de cigarettes. | L'ESUTC utilise déjà la méthode de la roue de sept jours, qui permet de saisir les épisodes de consommation excessive. Toutefois, le fait de devoir indiquer le nombre de cigarettes fumées quotidiennement pour une période de sept jours peut représenter une lourde tâche pour les répondants. On suggère d'étudier d'autres façons de saisir ces épisodes tout en allégeant le fardeau pour les répondants. |
| Évolution des données démographiques se rapportant aux fumeurs et du contexte social du tabagisme | Les données démographiques ayant trait aux fumeurs de même que le contexte social du tabagisme évoluent. À mesure que fléchissent les taux de prévalence du tabagisme et qu'évoluent les habitudes et le contexte social du tabagisme, nous devrons être en mesure d'aborder certaines questions, comme les fumeurs ayant une dépendance à la nicotine par rapport à ceux qui fument en société; la hausse de l'âge auquel les gens commencent à fumer, et les anciens fumeurs plus âgés qui recommencent à fumer. | Déterminer et adapter des outils de mesure afin de mieux étudier les modifications, par exemple l'incidence de l'évolution du contexte social et des données démographiques (à savoir l'immigration, les migrations interprovinciales, le vieillissement de la population) sur les habitudes tabagiques au Canada. |
| Meilleure compréhension des personnes qui déclarent être des « fumeurs » | Les interventions en vue du renoncement doivent concorder avec la propre perception des fumeurs quant à leur tabagisme. Par exemple, si certaines personnes qui ne fument que quelques cigarettes par jour ne se considèrent pas comme des « fumeurs », le concept de « renoncement » n'aura aucun sens à leurs yeux. | Nous devons mieux comprendre le processus d'auto-identification des fumeurs et, au bout du compte, élaborer des mesures axées sur les définitions et l'auto-identification des « fumeurs ». Pour ce faire, d'autres enquêtes pourront être nécessaires pour déterminer comment les fumeurs se définissent eux-mêmes. |
| Répercussions sur les politiques | Les participants sont d'avis qu'il serait utile d'être proactif et d'étoffer des questions afin de tenir compte des changements d'orientation prévus, de sorte que des mécanismes puissent être mis en place avant que ces changements ne soient apportés, qui fourniront des mesures, initiales et complémentaires, de l'incidence de ceux-ci. | Élaboration d'indicateurs visant à surveiller la réaction de la population à l'égard des initiatives stratégiques; ces réactions pouvant être fondées sur des attitudes ou des opinions plutôt que découler d'un comportement. |
| Recours aux données administratives et au couplage des dossiers | Les participants ont convenu de l'importance d'établir un mécanisme en vue d'obtenir des renseignements sur l'élaboration de programmes et de les combiner aux données sur les « résultats » découlant d'enquêtes de suivi ou à des mesures indirectes comme les mesures de la santé ou du taux d'absentéisme. | Tirer parti des possibilités d'améliorer les données et de réduire les coûts de la collecte des données grâce à certaines mesures comme le couplage des dossiers et la collaboration, la coordination et la synchronisation des mécanismes d'enquête, conformément aux paramètres des lois fédérales, provinciales et territoriales existantes. |
| Fumée de tabac ambiante (FTA) | Les questions actuelles (qui visent d'ordinaire à déterminer si le répondant a été exposé, ou est exposé chaque jour ou presque chaque jour, à la fumée secondaire) sont-elles formulées efficacement aux fins du suivi de l'exposition à la FTA, étant donné que cette formulation définit mal l'intensité ou la fréquence de l'exposition? | Tenter d'élaborer des mesures pour cerner les « fumeurs passifs » et les personnes « exposées de temps en temps ». Mettre à l'essai, dans le cadre de l'enquête sur le tabagisme dans les écoles menée au Québec, une question (priant les répondants d'indiquer la fréquence de leur exposition à la fumée secondaire sur une échelle de six points, allant de « tous les jours » à « jamais » pour chacun des lieux d'exposition mentionnés). |
| Grossesse | Les participants ont cerné plusieurs questions clés : Les femmes continuent-elles à fumer lorsqu'elles sont enceintes? Lorsqu'elles renoncent au tabac pendant leur grossesse, recommencent-elles à fumer après la naissance du bébé? Leur partenaire (ou un autre membre du ménage) continue-t-il à fumer pendant ce temps? Si une femme abandonne le tabac au cours de sa grossesse, à quel moment exactement le fait-elle? | La taille de l'échantillon constitue un problème. Pour qu'un nombre suffisant de femmes ayant vécu une grossesse au cours des cinq années précédentes puissent être interrogées dans le cadre d'une enquête, il faut que l'échantillon soit assez important. |
| Joindre des populations particulières (p. ex. les Premières nations, les personnes souffrant de co-dépendances) | Nous devons joindre certaines populations particulières (p. ex. les populations autochtones, les personnes atteintes de troubles mentaux). La prévalence du tabagisme chez les sous-populations cibles est souvent élevée et celles-ci sont marginalisées et difficiles à joindre dans le cadre des programmes et des activités de surveillance. | D'autres recherches doivent être menées pour découvrir la meilleure manière d'entrer en communication avec chaque groupe cible. Les participants ont recommandé que Santé Canada et Statistique Canada fassent la promotion des indicateurs de surveillance de l'usage du tabac dans le cadre d'autres enquêtes nationales menées auprès de populations particulières et d'enquêtes portant sur les comportements liés à la santé (c.-à-d. déterminants de la santé) et sur l'usage de substances toxicomanogènes. Entre autres exemples, mentionnons l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, l'Enquête de surveillance canadienne de la consommation d'alcool et de drogues (en voie d'élaboration) et les sondages spécialement conçus aux fins du suivi des questions sanitaires au sein de la population autochtone. |