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Préoccupations liées à la santé

Le tabagisme chez les jeunes

Quatrième leçon: Les démarches intégrées de réduction du tabagisme rejoignent le plus de jeunes et ont le plus de succès.

1. Une démarche intégrée de réduction du tabagisme englobe plusieurs méthodes de prévention du tabagisme chez les adolescents.

Toute collectivité qui souhaite prévenir le tabagisme chez les adolescents peut choisir parmi un éventail de programmes scolaires, d'approches basées sur les médias de masse, de mesures environnementales et de projets communautaires. Les programmes en milieu scolaire sont généralement centrés sur les influences sociales qui s'exercent sur les jeunes et profitent de l'accès facile à cette clientèle dans les écoles primaires et secondaires. Les approches basées sur les médias de masse exploitent divers moyens pour sensibiliser les jeunes aux risques du tabagisme et aux solutions de rechange, faisant souvent appel à des pairs ou à des personnalités comme porte-parole. Les mesures environnementales comprennent des politiques qui réglementent la publicité, l'emballage, le prix et la vente des produits du tabac de même que des politiques sur l'utilisation du tabac et la création d'espaces publics sans fumée. Enfin, les projets communautaires peuvent être réalisés au sein d'organismes communautaires non scolaires ou lancés dans l'ensemble de la collectivité. Ils tentent généralement de rejoindre les jeunes, les parents et la collectivité dans son ensemble au moyen de messages complémentaires et visent à créer de solides bases communautaires pour un mode de vie sans fumée.

Certains estiment que ces quatre facettes de la prévention sont plus efficaces ensemble que prises isolément5. En fait, il est très probable qu'elles se complètent les unes les autres. L'une des tâches importantes à accomplir pour améliorer les mesures de prévention et d'abandon du tabac destinées aux jeunes sera de découvrir les démarches qui fonctionnent le mieux ensemble.

2. Les écoles canadiennes ont à leur disposition des programmes de prévention en milieu scolaire qui sont efficaces et rentables.

Avant la SRDT, plusieurs programmes de prévention en milieu scolaire étaient utilisés dans les écoles canadiennes, généralement auprès des élèves des 6e, 7e et 8e années. Ces programmes s'inspiraient d'une approche basée sur les influences sociales, en partant du principe que les pairs, les parents et les médias incitent les enfants et les adolescents à fumer. Une telle démarche aide les jeunes à percevoir les influences sociales qui encouragent l'utilisation du tabac et à y résister. Selon une enquête nationale sur les programmes de prévention (S2) réalisée avant la SRDT, les programmes basés sur les influences sociales ont réussi dans une certaine mesure à réduire le taux de tabagisme chez les jeunes. Toutefois, elle a également révélé que les différents programmes avaient des lacunes et qu'il fallait promouvoir des mesures de prévention dans toutes les écoles du Canada. À la suite de cette enquête, une nouvelle ressource de prévention, Maximiser l'impact (I2), a été élaborée pour combler les lacunes du programme actuel. Qui plus est, la ressource a été largement distribuée à l'échelle nationale grâce à un effort de coopération alliant des organismes non gouvernementaux, les principales associations scolaires et différents paliers de gouvernement, démontrant une stratégie de diffusion efficace des programmes nationaux.

Dans le cadre de la SRDT, la ressource Maximiser l'impact (I2) et le Programme d'enseignement par les pairs (PEP) (P2) ont fait l'objet d'une analyse coûts-avantages (S10). Celle-ci a révélé que ces programmes pouvaient être offerts à l'échelle nationale, moyennant un coût total (élaboration et mise en oeuvre) de 67 $ par élève, auprès de 1 167 000 élèves de 11, 12 et 13 ans. Le rendement escompté de cette dépense de 67 $ équivaut, pour chaque élève, à des économies à vie de 3 400 $ en soins de santé et à des économies de près de 14 000 $ au chapitre de la productivité au travail.

3. Les mesures faisant appel aux médias de masse sont essentielles pour neutraliser l'image du tabac véhiculée par les médias.

Des images de jeunes qui fument sont présentes dans les médias, dans les publicités des magazines américains, dans les films populaires et les vidéoclips et dans les paroles des chansons. Les jeunes Canadiens sont continuellement exposés à ces images, que ce soit de manière directe ou insidieuse. Considérées dans leur ensemble, ces images entretiennent l'idée que fumer est « cool » et que tout le monde le fait. Des recherches réalisées dans le cadre de la SRDT donnent à penser que les publicités sur le tabac présentent des images positives qui plaisent aux jeunes (T13). Une conclusion importante de cette étude est que tout message ou image visant à promouvoir un mode de vie sans fumée doit également être positif et être diffusé dans un grande variété de médias.

Deux adolescents regardent la télévision

Le travail accompli dans le cadre de la SRDT comporte de nombreux exemples d'utilisation novatrice des médias : la commandite de concours qui vont de la rédaction de slogans et la production de logos à la conception d'affiches, en passant par la production de publireportages et d'émissions de télévision de trente minutes destinées à la câblodistribution (E6, I3, L1, S11, S12). Bien qu'aucun de ces projets n'ait eu l'envergure suffisante pour servir de contrepoids durable à la promotion du tabagisme, chacun illustre les idées et les options qui peuvent être regroupées dans une contre-offensive d'envergure contre la publicité sur le tabac. Il peut être facile d'élaborer une démarche médiatique intégrée en réunissant tous ces éléments.

L'efficacité potentielle d'une offensive médiatique de grande envergure a été démontrée lors de la SRDT. Dans le cadre des projets de marketing social de la SRDT, Santé Canada a lancé un « défi aux jeunes », invitant les jeunes de 13 à 19 ans à soumettre un message antitabac de 20 secondes en appelant un numéro de téléphone sans frais. Les annonces gagnantes ont été diffusées dans les salles de cinéma avant la présentation du film principal. Le concours, qui a été annoncé dans une variété de médias, y compris à la télévision, sur Internet, dans les cinémas et les boutiques de CD, a attiré 10 000 inscriptions.

4. Une variété de mesures environnementales mises en place à la suite de politiques officielles peuvent restreindre et réduire l'usage du tabac chez les adolescents.

Les mesures environnementales peuvent souvent avoir pour résultat de restreindre l'accès des adolescents aux produits du tabac. Les mesures en ce sens comprennent des restrictions touchant la vente et la distribution du tabac et une meilleure information du public (A10). Les adolescents eux-mêmes reconnaissent l'effet des mesures environnementales; interrogés sur les meilleurs moyens de prévenir le tabagisme chez les jeunes, 50 % d'entre eux ont répondu d'augmenter le coût des cigarettes, 25 %, de faire en sorte qu'il soit plus difficile de s'en procurer, 13 %, de donner plus d'information sur les effets du tabac sur la santé et 6 %, de rendre les paquets moins attrayants (P10).

Une mesure environnementale importante a été l'application de lois qui rendent illégale la vente de tabac à toute personne âgée de moins de 18 ans ou 19 ans, selon les provinces (S21). En dépit de cette mesure, la prévalence du tabagisme chez les jeunes montre qu'ils ont encore accès aux produits du tabac. Près de la moitié des détaillants de tabac au Canada continuent de vendre du tabac aux jeunes sachant fort bien que c'est illégal et qu'ils sont tenus de demander une preuve d'âge (M4). On croit généralement que l'intensification de la surveillance des détaillants et des efforts d'éducation peut aider à résoudre ce problème. L'activité Smoke Out in the Great Southwest (S11) a illustré une façon originale de sensibiliser les détaillants et de modifier leur relation avec les jeunes ; on a envoyé des jeunes accompagnés d'agents de la GRC chez les commerçants locaux afin de leur remettre des affiches éducatives.

Deux jeunes femmes discutent

Un autre changement environnemental est la mise en place de politiques d'interdiction de fumer dans différents lieux publics. Une enquête menée dans le cadre de la SRDT dans les écoles primaires et secondaires révèle que 97 % d'entre elles avaient une politique quelconque d'interdiction du tabac et qu'il était complètement interdit de fumer dans 65 % des établissements (S20). Il semble que les élèves ne soient pas toujours au courant que leur école est un endroit sans fumée. L'Enquête de 1994 sur l'usage du tabac chez les jeunes a permis de constater que seulement 38 % des étudiants avaient signalé une interdiction totale de fumer dans leur école ; la connaissance des règlements était à son minimum chez les jeunes de 10 à 12 ans (Y3).

L'interdiction de fumer a également été appliquée dans les restaurants et les centres commerciaux (R1, S20). Il est démontré que ces restrictions ont eu de nombreux effets bénéfiques, y compris l'amélioration de la santé et du moral des employés, une diminution des plaintes des clients, une réduction de l'exposition à la fumée secondaire, la présence d'espaces sans fumée pour les anciens fumeurs et pour les fumeurs qui tentent d'arrêter et, plus important encore, la diminution du nombre de cigarettes fumées par les adolescents qui fréquentent les centres commerciaux (R4, C3).

5. Les projets communautaires peuvent amener des collaborations qui étendent la portée des mesures antitabac.

Les projets communautaires consistent en stratégies et en activités qui sont choisies et réalisées dans une collectivité particulière. Ils peuvent être sous la responsabilité d'un seul commanditaire ou résulter des efforts collectifs de plusieurs organismes ou groupes communautaires. Les projets communautaires subventionnés dans le cadre de la SRDT ont maintes fois révélé que la collaboration de plusieurs groupes communautaires était l'approche la plus avantageuse.

Des filles courent et sautent sur un terrain

La participation de nombreux intervenants permet à une collectivité d'adopter une approche globale dans ses programmes. Une organisation peut se sentir dépassée à l'idée d'offrir la gamme complète des programmes de réduction du tabagisme, allant de la prévention pour tous les groupes d'âge à l'abandon du tabagisme dans les écoles et à l'extérieur, et à la mise en place de mesures qui protègent de la fumée secondaire. En collaboration, chaque partenaire apporte ses connaissances et ses compétences particulières, de même que l'accès à différentes ressources de la collectivité. Ensemble, ces connaissances et ces compétences améliorent les chances de succès du projet.

Les projets communautaires permettent de neutraliser l'image de l'utilisation du tabac dans la culture populaire en proposant d'autres images et d'autres modèles dans la vie quotidienne des jeunes d'une collectivité. En favorisant une culture collective sans fumée, les programmes communautaires amènent les jeunes à voir le contraste entre les messages véhiculés par les médias et la « réalité ».

Les projets communautaires mis en place dans le cadre de la SRDT ont permis de découvrir la liste impressionnante de partenaires potentiels pour les mesures antitabac : les écoles, la police, les services de santé publique, les médecins, les dentistes, les chefs de groupes de jeunes, les organisations de loisirs, les jeunes, les parents, les journaux, les entreprises locales, les conseils de bande et les commerçants, pour ne nommer que ceux-là.


5 Stead, M., G. Hastings, et C. Tudor-Smith. Preventing adolescent smoking: a review of options. Health Education Journal, 1996; 55 : 31-54.