Division de la santé et l'inforoute, Santé Canada 2003
Les percées dans les technologies de l'information annoncent une révolution dans la prestation des soins de santé. En effet, l'accès aux données deviendra plus rapide et efficace. Cependant, les technologies de l'information soulèvent plusieurs préoccupations importantes au sujet de la confidentialité des données sur la santé. Des initiatives législatives récentes en Europe et en Amérique du Nord pourraient compliquer l'accès aux données sur les patients et avoir des répercussions considérables sur la recherche et la surveillance médicale.
Il existe clairement un besoin pour des approches innovatrices qui donneront à l'individu un plus grand pouvoir à l'égard des renseignements médicaux. Le présent rapport, qui décrit les résultats d'une étude visant à évaluer la faisabilité et la pertinence de la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé, se divise en plusieurs sections. D'abord, l'introduction présente un survol de l'état actuel des connaissances et des perceptions de la population canadienne à l'égard de la protection de leurs renseignements médicaux personnels. Elle contient aussi une analyse exposant les principales questions liées à l'équilibre nécessaire entre la protection de la vie privée et le besoin de renseignements médicaux pour assurer le fonctionnement efficace d'un système de santé complexe. La deuxième section traite des questions d'éthique associées aux modifications législatives et montre les bienfaits pour la société de l'utilisation des renseignements médicaux personnels. La troisième section passe en revue le concept de consentement éclairé et décrit en détail ses principaux éléments : compétence, capacité, communication de l'information, compréhension de l'information, libre arbitre et autorisation. La quatrième section expose la relation entre le consentement et les dossiers médicaux. La cinquième section présente les définitions du consentement dans le contexte de l'utilisation des renseignements médicaux selon l'Association médicale canadienne, l'Institut canadien d'information sur la santé et d'autres sources. On y trouve également une analyse du biais d'autorisation.
La sixième section décrit les concepts juridiques liés à l'exemption du consentement et brosse un portrait des principales situations dans lesquelles le consentement n'est pas nécessaire. Cette section se termine par une analyse générale de principes, tirés de publications internationales, concernant les pratiques éthiquement et juridiquement défendables à l'égard des renseignements médicaux. La septième section porte sur les rapports Romanow et Kirby, qui traitent de questions relatives aux renseignements médicaux. La huitième section débute avec une analyse de la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé (DRSS) et, en établissant des liens avec l'analyse précédente, montre le rôle que pourrait jouer la DRSS dans le débat actuel sur la confidentialité des renseignements médicaux. La neuvième section présente les aspects liés à l'évaluation du projet, notamment la méthodologie adoptée pour évaluer la DRSS. Nous avons utilisé une méthodologie mixte pour recueillir des données, c'est-à-dire une combinaison de sondage par courriel auprès d'informateurs clés et de réunions de groupes de discussion. Vingt-six personnes ont répondu au sondage, et quatre groupes de discussion (comptant en tout 28 participants) ont été formés.
L'étude a donné les résultats suivants : la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé a suscité une vaste gamme de réponses, allant d'un grand enthousiasme à une critique sévère; la plupart des informateurs clés ont affirmé que les questions étaient complexes et importantes et qu'un outil comme la DRSS était une bonne idée; la majorité des informateurs clés et des répondants au sondage, très conscients des nombreux obstacles à la mise en oeuvre d'une telle directive, ont souligné le besoin d'une vaste initiative éducative; des suggestions concrètes ont été formulées pour améliorer la DRSS actuelle, notamment la simplification du langage et la clarification et la distinction des types de données; on a aussi soumis des suggestions relatives à l'administration de la DRSS et du type d'intervention éducative qui devrait l'appuyer; les participants aux groupex de discussion ont montré un faible degré de compréhension et de connaissance des questions relatives aux renseignements médicaux, éprouvant généralement une méfiance envers toute utilisation de leurs renseignements médicaux et doutant qu'une initiative telle que la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé puisse protéger adéquatement leur vie privée ou favoriser leur autonomie. Nous reconnaissons donc qu'il existe une divergence d'opinion entre le grand public et les experts en ce qui concerne l'utilisation d'outils pour rehausser la sécurité des renseignements médicaux.
Nous avons formulé trois recommandations découlant des résultats ci-dessus. La première consiste à établir une nouvelle Directive sur les renseignements en matière de soins de santé simplifiée, qui emploierait un vocabulaire général et comprendrait des définitions claires ainsi que des directives et des explications améliorées. Cette directive serait complétée par un manuel ou un programme informatique interactif utilisant des exemples sous une forme conviviale pour montrer comment l'information est utilisée. Il faudrait procéder à des essais pilotes pour déterminer les formes les plus conviviales. Plusieurs types de directives pourraient être nécessaires. Nous recommandons également le lancement d'une vaste campagne d'éducation et de sensibilisation du public à l'égard des renseignements médicaux et de leur protection. Cette recommandation concorde avec les demandes récentes des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) en faveur d'une participation accrue de la population. Enfin, nous recommandons l'augmentation du financement des études sur la protection des renseignements personnels afin de favoriser la détermination des meilleures méthodes pour améliorer leur confidentialité.
À l'ère de l'informatique moderne, la possession et l'utilisation de renseignements personnels constitue un sujet délicat, et avec raison. Les préoccupations récemment exprimées dans les médias à propos des bases de données du type « Big Brother » reflètent un malaise au sein du public quant au degré d'accessibilité des données confidentielles individuelles dans les bases de données informatiques1. Beaucoup de questions demeurent sans réponse concernant la collecte, le rassemblement, le couplage et la sécurité des données ainsi que l'accès à celles-ci.
Les sondages d'opinion publique indiquent que les Canadiens et Canadiennes sont préoccupés par la sécurité de leurs renseignements médicaux et qu'ils s'opposent à l'utilisation de ces données sans leur consentement. L'Association médicale canadienne a commandité un sondage national sur la confidentialité des données sur la santé. Ce sondage a montré que la confidentialité représentait une priorité élevée pour la population canadienne : 77 % des répondants étaient fortement en accord ou plutôt d'accord avec l'énoncé voulant qu'on puisse transmettre leurs renseignements personnels à des chercheurs ou à des gouvernements, mais seulement avec leur consentement; 51 % des répondants étaient opposés à l'utilisation de leurs renseignements médicaux sans leur consentement, même après la suppression d'identificateurs personnels. Selon Peter Vaughn, secrétaire de l'Association médicale canadienne, la question du consentement et de la confidentialité revêt une importance fondamentale pour la population canadienne2. Un rapport publié en Saskatchewan confirme cet avis : en effet, 99,3 % des répondants étaient d'accord avec l'affirmation « Les personnes devraient être informées des raisons pour lesquelles l'information est recueillie »3
Bien que les Canadiens et Canadiennes semblent s'entendre sur l'importance d'être informés des utilisations de leurs renseignements médicaux personnels, les avis divergent quant à la manière d'être informé et à la procédure d'obtention du consentement. Selon le rapport de la Saskatchewan, 62,9 % des répondants étaient d'accord avec l'énoncé « Les professionnels de la santé devraient fournir les détails sur chaque utilisation prévue des renseignements médicaux pour obtenir un consentement éclairé ». Cependant, 71,4 % des participants étaient également d'accord avec l'énoncé « Les professionnels de la santé ne devraient pas être tenus de fournir chaque fois les détails sur chaque utilisation prévue des renseignements médicaux, mais ils devraient transmettre cette information sur demande à l'aide de dépliants, de brochures et d'autres moyens pratiques ». Cette attitude ambivalente pose des défis pour l'élaboration de politiques relatives au consentement de l'utilisation de renseignements médicaux. Il y a un manque de clarté, tant sur le plan juridique qu'éthique.
Les utilisations potentielles des données individuelles sont multiples. Un système de santé ne peut pas fonctionner efficacement sans ces données. Le bon fonctionnement d'un système de santé complexe dépend d'un juste équilibre entre le souci de protéger la vie privée de la population et la nécessité d'utiliser les données individuelles. Cette conviction est exprimée dans le rapport de la Saskatchewan, selon lequel 91,4 % des répondants ont indiqué qu'ils étaient d'accord avec l'énoncé « Il est important de trouver un équilibre entre le souci de protéger les renseignements personnels et la nécessité de recueillir l'information requise pour la prestation et l'évaluation des services ». Le public souhaite recevoir des services de santé et des traitements de la plus haute qualité, mais on ne saurait répondre à ses attentes sans avoir recours aux renseignements médicaux personnels.
Selon certains, l'exigence d'un consentement explicite pour toute utilisation de renseignements personnels compliquerait inutilement l'administration des programmes. Ils soutiennent, de plus, que la collecte et l'utilisation de ces données sont clairement dans l'intérêt du public. Les contradicteurs affirment au contraire que l'utilisation d'identificateurs individuels ne doit être autorisée qu'avec le consentement explicite d'un adulte capable de décision, et que la non-obtention du consentement explicite constitue une violation d'un droit fondamental de la personne dans une démocratie, droit qui doit être protégé.
Les voeux exprimés par la population sont contradictoires, celle-ci veut, en effet, à la fois recevoir des soins de santé de haute qualité et protéger ses renseignements personnels. Ces deux souhaits sont légitimes et ils peuvent être compatibles, mais seulement s'ils sont bien compris. Par exemple, en Europe et aux États-Unis, la législation sur la protection des renseignements confidentiels met en péril les bienfaits de la recherche qui mène à des soins de qualité.
Tel que mentionné ci-dessus, les récentes modifications à la législation de plusieurs pays étrangers ont entraîné une meilleure protection des renseignements personnels. Des lois compliquant l'accès aux dossiers médicaux pour les chercheurs sont à l'étude ou ont déjà été adoptées en Europe, aux États-Unis et au Canada. Ces modifications ont eu des répercussions considérables sur la recherche et la pratique, particulièrement dans les secteurs de l'épidémiologie, de la santé de la population et de la santé publique.
Les avantages de l'utilisation des dossiers de santé à des fins de recherche et d'évaluation des programmes sont bien connus. Gordis et Gold ont exposé les progrès réalisés en médecine grâce aux recherches fondées sur des dossiers médicaux4. Les études épidémiologiques de grande envergure ont permis de réaliser des progrès dans la lutte contre le cancer, les affections cardiovasculaires, les maladies infectieuses et les maladies infantiles. Lako a examiné la nouvelle législation européenne, et il a décrit les défis qu'elle pose pour la recherche et la prestation des services de santé. Selon lui, il faudrait sérieusement envisager d'autoriser la communication de renseignements individuels sans le consentement de chaque personne, mais seulement dans le cas de recherches de grande envergure approuvées par un comité d'examen institutionnel et dotées de mesures de sécurité strictes5.
Melton a dressé une liste des bienfaits pour la société des études fondées sur les dossiers médicaux. Ces bienfaits sont, selon lui, menacés par les lois visant à protéger les renseignements personnels6
Il importe de noter que cette liste comprend des aspects de l'analyse de données qui ne sont habituellement pas considérés comme de la recherche, mais qui n'en demeurent pas moins liés aux politiques, à l'administration et au contrôle de la qualité dans le domaine de la santé. Comme aucune distinction claire n'a encore été établie entre la recherche empirique et la vérification, on ne devrait pas considérer que les aspects programmatiques de l'utilisation de données ne sont pas visés par les questions relatives au consentement7
L'utilité sociale des dossiers médicaux est un argument invoqué dans des éditoriaux de publications importantes comme le British Medical Journal8. Gostin et Hodley exposent clairement cet argument9 :
[traduction] « Malgré l'importance du consentement éclairé explicite dans la protection de l'autonomie du patient, le fait de rendre obligatoire le consentement préalable à toute collecte de données personnelles en matière de santé découragerait, pour ne pas dire freinerait, un grand nombre de recherches socialement bénéfiques. Les coûts et les efforts associés à l'obtention de l'approbation nécessaire pour une analyse statistique de grande envergure utilisant les données de dizaines de milliers de patients seraient écrasants. »
Il n'existe pour ainsi dire aucune mention dans la littérature des préjudices causés par l'utilisation de données médicales personnelles aux fins de la tenue de registres et de la recherche. Bien qu'on ait exprimé des craintes que des données tombent entre les mains de sociétés d'assurances ou d'autres entreprises, aucun rapport à ce sujet ne figure dans la littérature. Il y a peut-être eu des incidents isolés, mais de façon générale, les données médicales sont bien protégées.
Le consentement éclairé est l'une des notions centrales de la bioéthique moderne. Il n'est pas exagéré de dire que c'est l'une des notions de la bioéthique qui suscitent le plus de recherches et de débats. Une simple recherche dans MEDLINE ou BIOETHICSLINE suffit pour s'en rendre compte; cependant, la majorité des commentaires portent sur la recherche ou les soins cliniques.
Le consentement est lié au principe de l'autonomie. L'exigence du consentement éclairé reflète la capacité d'autodétermination et d'autorégulation valorisée chez l'humain. En effet, elle reconnaît que l'humain est maître de tous les aspects de sa vie, y compris de l'information qui le concerne. La demande du consentement constitue également une forme de respect pour les personnes, qui sont considérées comme des individus et non comme des moyens pour atteindre un but. Elle affirme que l'humain a une valeur intrinsèque. Ces valeurs tirent leurs origines des démocraties libérales occidentales.
La doctrine du consentement éclairé a une importance historique considérable. Le consentement a, à juste titre, occupé une place prépondérante dans les réflexions sur l'éthique après la Deuxième Guerre mondiale, durant laquelle des personnes ont été soumises à des expériences médicales contre leur gré. Cette pratique a été condamnée à l'échelle planétaire et a conduit à la création du code de Nuremberg, qui fournit la définition fondamentale suivante du consente-ment :
« Le consentement volontaire du sujet humain est absolument essentiel. Cela veut dire que la personne intéressée doit jouir de capacité légale totale pour consentir : qu'elle doit être laissée libre de décider, sans intervention de quelque élément de force, de fraude, de contrainte, de supercherie, de duperie ou d'autres formes de contrainte ou de coercition. Il faut aussi qu'elle soit suffisamment renseignée, et connaisse toute la portée de l'expérience pratiquée sur elle, afin d'être capable de mesurer l'effet de sa décision. »
(le code de Nuremberg, 1949).
Le consentement éclairé comprend les éléments suivants :
Compétence/Capacité : La question de la compétence est complexe. La compétence, qui désigne essentiellement l'habileté à effectuer une tâche, est liée au concept de la capacité. En gros, la personne consentante doit être en mesure de comprendre les conséquences prévisibles qui pourraient résulter ou non de sa décision. La compétence n'est pas une habileté constante chez l'humain; elle peut varier selon les circonstances.
Communication de l'information : La communication de l'information est fondamentale sur le plan juridique. La personne doit recevoir une quantité d'information raisonnable, de manière à pouvoir prendre une décision. L'information doit comprendre les faits ou les précisions qui pourraient influer sur la décision d'accepter ou non une intervention. Il est reconnu que la communication de l'information est assujettie aux « effets de formulation ».
Compréhension de l'information : La personne consentante doit comprendre l'information reçue. Une signature ne veut rien dire en soi. Il faut faire l'effort de vérifier que l'information a bel et bien été comprise.
Libre arbitre : Le consentement doit être donné sans influence manipulatrice ou coercitive venant de l'extérieur. Il ne doit y avoir aucune menace, duperie ou supercherie. Il faudrait reconnaître que ces influences peuvent être plutôt subtiles.
Autorisation : Un certain degré d'interaction, qu'elle soit verbale ou écrite, est nécessaire pour démontrer le consentement.
Ce modèle de consentement est le plus répandu dans les milieux de la recherche et des soins cliniques, où l'on peut pratiquer des interventions effractives ou mettre au point des médicaments. Dans ce domaine, les personnes courent un risque réel d'atteinte physique directement lié à leur décision de participer. L'efficacité de ce modèle en ce qui concerne les renseignements médicaux n'est pas apparente au premier abord. Les préjudices associés à l'utilisation de cette information ne sont pas aussi immédiats que les dommages corporels pouvant découler de la recherche et des soins cliniques10. L'utilisation des renseignements médicaux d'une personne peut ternir sa réputation, provoquer la réprobation sociale ou avoir des répercussions économiques, p. ex. sur le plan de l'assurabilité et de l'employabilité.
Le rapport de la Saskatchewan établit les principes fondamentaux suivants :
« La gestion de l'information dans le système de santé devrait être fondée sur le consentement éclairé. Cela veut dire que les personnes sont informées des usages prévus de l'information recueillie à leur sujet et qu'elles consentent à ces usages. Ce principe de base doit être mis en contre-partie avec la nécessité de fournir des soins et des services rapides et efficaces aux patients. Autrement dit, la nécessité d'informer une personne et de recevoir son consentement ne doit pas nuire à la prestation de soins de qualité - surtout dans des situations graves. Les personnes peuvent être informées par les moyens suivants :
- explication détaillée au moment de la collecte d'information;
- publication de documents d'information;
- publication de politiques et de pratiques en matière d'information;
- publication de rapports annuels;
- adoption de lois définissant les utilisations acceptables
Dans la mesure du possible, l'information devrait être obtenue directement de la personne concernée. »
Cet énoncé tient compte du fait que les renseignements médicaux sont recueillis pour une variété de raisons et touche à un certain nombre de questions potentiellement délicates. De façon générale, les renseignements médicaux se divisent comme suit :
Voici la définition de « consentement » selon le Code de protection des renseignements personnels sur la santé de l'AMC 11:
[traduction] « Le consentement désigne l'accord volontaire et informé d'un patient qui confie des renseignements sur sa santé ou en autorise la collecte, l'utilisation ou la divulgation dans un but précis. Le consentement est explicite s'il est exprimé clairement, verbalement ou par écrit. Un consentement explicite est sans équivoque et n'exige aucune déduction du dispensateur de soins qui le sollicite. Il y a consentement implicite s'il est raisonnablement possible de déduire des actions ou de l'inaction d'une personne qu'elle donne son accord ou s'il y a lieu de croire que le patient a les connaissances nécessaires à ce consentement et exprimerait son consentement si on le lui demandait. »
L'Institut canadien d'information sur la santé a publié un document intitulé Le respect de la vie privée et la confidentialité de l'information sur la santé à l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), dans lequel on définit le consentement comme l'acceptation libre de ce qui est fait ou proposé (peut être explicite ou implicite). Voici la politique de l'ICIS concernant le consentement :
« Toute personne, ou son tuteur ou sa tutrice, doit être informée de toute collecte, utilisation ou communication de renseignements personnels qui la concerne et y consentir, sauf dans les cas suivants :
- la collecte, l'utilisation ou la communication est autorisée par la loi;
- les données seront utilisées ou communiquées à des fins de recherche, d'élaboration de politiques ou d'études statistiques;
- les données ne seront pas utilisées d'une manière qui pourrait porter préjudice à la personne concernée;
- les objectifs ne peuvent être atteints à moins que les données soient fournies sous une forme permettant d'identifier la personne concernée;
- des procédures ont été établies pour protéger les données et les éliminer de façon rapide et sûre;
- les identificateurs individuels sont supprimés ou éliminés dès qu'il est raisonnablement possible de le faire;
- l'information est communiquée à la personne ou à l'organisation qui a fourni les données à l'ICIS ou, en vertu d'une entente, à un ministre de la Santé approprié. »
Certains craignent que l'exigence du consentement explicite pour l'utilisation des dossiers médicaux à des fins de recherche entraîne un biais d'autorisation. Le biais différentiel dû à une constatation incomplète, qui découle du biais d'autorisation, peut fausser les données réelles et mener à des décisions stratégiques et cliniques mal informées. Au Minnesota, où des lois strictes ont été adoptées, plusieurs chercheurs se sont penchés sur le risque de biais d'autorisation.
Yawn et ses coll. (1998) ont étudié les patients d'un centre de soins ambulatoires en consultation externe 12. Parmi les 16 000 patients abordés, 90,6 % ont donné leur consentement, 3,6 % n'ont pas donné leur consentement, 4,5 % étaient indécis et 1,3 % n'ont pas eu à répondre. On a noté que les taux de refus étaient plus élevés dans certains sous-groupes, notamment les femmes âgées et les cas de troubles mentaux, de traumatismes et de troubles oculaires. Les chercheurs ont conclu qu'il existe un risque de biais de sélection.
Jacobsen et ses collaborateurs ont étudié un échantillon de patients fréquentant des centres de consultation externe13. Parmi les sujets, 3,2 % ont refusé leur consentement; si l'absence de réponse équivaut à un refus, cette proportion monte à 20,7 %. Les femmes étaient plus enclines que les hommes à refuser, et les patients plus jeunes refusaient davantage que les personnes âgées. On a également noté que les consentements étaient plus fréquents chez les visiteurs habitant à une grande distance du centre et moins fréquents chez les personnes ayant reçu un diagnostic de nature délicate. Jacobsen et ses collaborateurs ont conclu qu'il existe un biais potentiel pouvant altérer la compréhension clinique et la capacité d'informer adéquatement les patients et le public.
McCarthy et ses collaborateurs ont examiné l'influence de la législation sur un organisme d'assurance-maladie14. Seulement 26 % des personnes interrogées ont accepté qu'on utilise leurs renseignements personnels dans le cadre de l'étude, qui n'aurait pourtant pas nécessité leur consentement avant l'adoption de la nouvelle loi. L'étude présentait des risques minimes pour les participants. Les chercheurs ont conclu que la législation avait une incidence négative sur la capacité d'effectuer l'étude. En d'autres mots, les initiatives visant à protéger la vie privée des patients pourraient réduire la capacité de diffuser rapidement de l'information favorisant la santé publique.
Les études ci-dessus montrent que le biais d'autorisation constitue une obstacle potentiel à la collecte et à l'interprétation des données nécessaires pour élaborer des politiques en matière de santé et orienter les décisions cliniques. Le taux d'autorisation était plus élevé dans les études associées à la clinique Mayo, mais cela s'explique par la grande réputation de la clinique. Le coût d'obtention du consentement pour les études de la clinique Mayo est très élevé (environ un million de dollars américains pour 214 000 patients)15. Au Canada, on estime que le coût de l'obtention du consentement de l'ensemble de la population serait plusieurs fois plus élevé.
Il existe certaines exemptions, dont certaines sont énoncées dans la législation, à l'exigence du consentement explicite. Par exemple, au Canada, le projet de loi C-6 récemment adopté prévoit les exceptions suivantes :
Paragraphe 7(1). [Une] organisation ne peut recueillir de renseignement personnel à l'insu de l'intéressé et sans son consentement que dans les cas suivants :
Alinéas 7(2)c) et 7(3)f). Conditions liées aux exemptions pour une utilisation à des fins statistiques ou à des fins d'étude ou de recherche érudites. Une exemption pour l'utilisation de renseignements personnels à des fins statistiques ou à des fins d'étude ou de recherche érudites ne peut être accordée que si les critères suivants sont respectés :
Voici nos principales observations concernant le consentement et la collecte et l'utilisation de renseignements médicaux personnels :
L'analyse a mené à la formulation de principes généraux qui sont éthiquement et juridiquement défendables.
es renseignements médicaux devraient toujours être conformes aux pratiques équitables en matière d'information, c'est-à-dire :
De plus, conformément aux recommandations de Hodges et ses collaborateurs17, les principes généraux ci-dessous devraient être respectés.
Le contenu devrait être lié au type de renseignements médicaux qu'on prévoit utiliser. L'exigence du consentement varie selon la sensibilité de l'information et son utilisation prévue. La sensibilité des données est étroitement liée aux exigences en matière de consentement explicite et de protection des données. En effet, plus l'information est délicate et permet d'identifier des personnes, plus il devient important d'obtenir le consentement de ces personnes et d'assurer la protection des données.
Deux rapports importants ont été publiés concernant le système de santé au cours de la dernière année. Les rapports Kirby et Romanow ont abordé les questions touchant la nature confidentielle des renseignements médicaux. Dans son rapport final, La santé des Canadiens - Le rôle du gouvernement fédéral, vol. 6 : Recommendations en vue d'une réforme (octobre 2002; le « rapport Kirby »), le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie a décrit le défi comme suit :
« Le droit à la vie privée et à la protection des renseignements médicaux personnels est très précieux pour les Canadiens. Plus que jamais auparavant, ceux-ci ont aujourd'hui besoin de l'assurance que leur vie privée et leurs renseignements personnels seront respectés en cette ère de progrès technologiques rapides. En même temps, l'état de santé et la qualité des soins ont aussi une très grande valeur pour eux. Les fournisseurs de services de santé, les gestionnaires des soins de santé et les chercheurs en santé doivent avoir accès aux renseignements médicaux personnels pour améliorer la santé des Canadiens, renforcer les services et maintenir la qualité du système de soins. Pour les Canadiens, le défi actuel est de trouver un juste milieu entre leur droit à la vie privée et les besoins d'accès à l'information (des fournisseurs de services de santé, des gestionnaires des soins et des chercheurs). »
(p. 230)
Roy J. Romanow, dans son rapport final intitulé Guidé par nos valeurs - L'avenir des soins de santé au Canada (décembre 2002; le « rapport Romanow »), affirme que
« Certains se demanderont peut-être pourquoi l'information fait l'objet d'un chapitre si proéminent en début du rapport sur l'avenir du système canadien de santé. La réponse est que l'information de fine pointe, l'évaluation des technologies et la recherche constituent les fondements de toutes les réformes dont il sera question dans les chapitres subséquents du rapport. De plus, la recherche en santé - plus particulièrement la recherche biomédicale et scientifique - constitue une branche de plus en plus importante de l'économie canadienne du savoir et une grande source d'emplois hautement spécialisés et bien rémunérés pour des milliers de Canadiens. (...) Ainsi pourvus d'une technologie de gestion et d'information améliorée, les chercheurs pourront évaluer l'impact et l'efficacité des divers traitements et des divers modes de prestation des services de santé, en plus de mettre au point et à l'essai des découvertes et traitements nouveaux. (...) Les chercheurs et les décideurs auraient accès à des données agrégées compilées par le système de dossiers de santé électroniques. Ces données pourraient être extraites d'une façon générique pour les fins de la recherche en santé, sans être appariées à aucun dossier électronique personnel. La Commission comprend que des chercheurs pourraient parfois souhaiter avoir accès à des renseignements sur la santé d'une personne en particulier, pour dépister certaines maladies ou pour faire le suivi de facteurs liés à la santé pendant une période donnée. Lorsque les sauvegardes seront suffisantes et qu'il aura été prouvé que le système est en mesure de préserver la confidentialité des renseignements personnels, les chercheurs devraient avoir accès à de telles données « personnalisées ». »
(pages 82 et 86)
L'analyse ci-dessus met en évidence le besoin de solutions innovatrices pour maintenir un juste équilibre entre la protection de la vie privée et l'intérêt public en ce qui a trait aux renseignements médicaux. Pour que la procédure soit acceptable dans une démocratie participative, la population doit évidemment avoir son mot à dire sur l'accès à l'information personnelle et l'utilisation qui en est faite. Cependant, il est également clair que les individus n'ont, à l'heure actuelle, aucun moyen d'exercer un contrôle sur toutes les facettes de leurs renseignements médicaux. La Directive sur les renseignements en matière de soins de santé (DRSS) a été conçue pour combler le vide entre les modèles passifs (p. ex. consentement général et possibilité d'abstention) et les modèles participatifs (où il faut communiquer avec les sujets pour chaque utilisation de leurs renseignements médicaux, peu importe le type de renseignement).
La Directive sur les renseignements en matière de soins de santé (voir l'annexe 1) vise à intégrer la nature délicate des données à la validité éthique de l'utilisation. Elle présente les permutations et les combinaisons de la sensibilité et de l'utilisation des données dans une matrice qui forme un tableau similaire à une directive préalable. La DRSS a pour but de permettre aux personnes de faire des choix éclairés à l'égard de l'utilisation de leurs renseignements médicaux. Les modèles actuels d'obtention du consentement à l'utilisation de renseignements médicaux s'inspirent de ceux s'appliquant aux interventions cliniques. Ces modèles sont distincts et d'une durée limitée. Cependant, les renseignements médicaux, particulièrement les données stockées dans des bases de données électroniques, ont une durée de vie presque éternelle et peuvent servir à de multiples fins. Bien qu'il soit impossible de déterminer à l'avance toutes les utilisations possibles, on peut définir la gamme d'utilisations possibles de ses renseignements médicaux ainsi que le type d'information pouvant être utilisé. Les rangs de la DRSS correspondent aux utilisations, qui vont de « plus indispensables » à « plus facultatives », telles que définies dans les travaux de Mullen et Lavery, selon lesquels :
[traduction] « Par exemple, les usages suivants de données électroniques sur des patients pourraient se ranger le long d'un continuum reflétant la validité éthique de l'accès ou de l'utilisation (compte tenu que la distribution de ces intérêts fait l'objet d'un débat entre les différents intervenants), où les critères d'information sont la proximité de l'utilisateur potentiel de la source de données (patient) et les risques et avantages potentiels associés à la communication de l'information18 »
Les colonnes correspondent aux types de données, allant des plus susceptibles de conduire à l'identification d'une personne aux plus anonymes. La matrice donne une variété d'options combinant les types de données (des plus délicates aux moins délicates) et les utilisations (des plus indispensables aux plus facultatives). Les sujets peuvent alors interdire à l'avance la communication de certains types d'information ou certaines utilisations qui en seraient faites. Ils peuvent également préciser les questions pour lesquelles ils sont disposés à fournir des données, mais seulement avec leur consentement explicite et éclairé. Certains domaines pour lesquels aucun consentement n'est requis (p. ex. gestion comptable) seront exclus de la matrice.
La DRSS a une validité apparente -- elle incorpore les éléments importants touchant aux renseignements médicaux qui ont été abordés dans les publications antérieures. Sur le plan de l'éthique, la Directive augmente l'autonomie du patient, favorise le contrôle de l'information par le patient, stimule l'ouverture et la transparence et respecte plusieurs des principes déontologiques exposés par Kluge19.
L'objectif général de la présente étude était d'amorcer une évaluation de la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé. Nous avons suivi la procédure décrite dans les directives préalables relatives au cancer de Berry et Singer (Cancer Specific Advance Directive) pour interroger les informateurs-clés de différents groupes d'intervenants et former des groupes de discussion constitués de volontaires non professionnels représentant des consommateurs d'une variété de groupes démographiques20.
L'évaluation visait à explorer la faisabilité et la pertinence de la DRSS et à obtenir l'avis de la population concernant les modifications à y apporter sur les plans de la forme et de la présentation.
Tel que mentionné ci-dessus, nous avons utilisé une méthodologie mixte durant la collecte de données (sondage par courriel et groupes de discussion). La recherche a été effectuée à l'Unité de recherche sur les soins primaires du Sunnybrook and Women's College Health Sciences Centre à Toronto (Canada). Les aspects déontologiques de l'étude ont été approuvés par l'établissement d'accueil et l'Université de Toronto.
Nous avons décidé de mener un sondage par courriel auprès des informateurs-clés au lieu d'effectuer les traditionnelles entrevues directes afin de tirer profit des nombreux avantages associés aux méthodes d'enquête électronique. Nous avons eu recours à une approche de Dillman21 modifiée, qui consiste en trois communications distinctes par courrier électronique : un message de préavis, le questionnaire accompagné d'une lettre explicative, puis un rappel/message de remerciement.
Le cadre d'échantillonnage du sondage électronique était constitué de la liste des participants à deux ateliers récents financés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) sur la protection de la vie privée dans la recherche en santé. Parmi les participants à l'atelier, on comptait des représentants de différents groupes d'intervenants, notamment des gestionnaires/propriétaires de données, des utilisateurs de données, des responsables de la réglementation relative aux données, des conseillers en matière de politiques publiques et des bioéthiciens. Quarante-cinq personnes ont participé au premier atelier, qui a eu lieu à Toronto en juin 2000. Environ 125 personnes ont assisté au deuxième atelier, organisé à Ottawa en novembre 2002 (il convient de noter que plusieurs participants étaient présents aux deux ateliers). En tout, nous avons invité 128 personnes à participer à notre sondage par courriel.
Le message de préavis (voir l'annexe 2) visait à informer les participants potentiels de l'étude et à les inviter à remplir le questionnaire qui leur serait envoyé par courriel dans les deux ou trois jours suivants. La deuxième communication (voir l'annexe 3) comprenait le questionnaire du sondage ainsi qu'une lettre d'accompagnement expliquant l'objectif de l'étude ainsi que les différentes manières possibles de retourner le questionnaire (p. ex. par courrier électronique, par télécopieur ou par la poste). On a demandé aux participants potentiels de lire un court article de journal de 4 pages (affiché en ligne sans frais) concernant la DRSS avant de remplir le questionnaire. Le sondage en soi était plutôt bref, étant divisé en quatre sections comportant chacune trois questions ouvertes. Enfin, un rappel (voir l'annexe 4) et une copie de remplacement du questionnaire ont été envoyés par courriel aux non-répondants au bout de 10 jours. Les répondants ont reçu un message de remerciement du chercheur principal [REGU].
Nous avons reçu 26 questionnaires remplis. La vaste majorité des participants (n = 22, 85 %) ont répondu par courrier électronique; trois réponses ont été envoyées par télécopieur et une, par la poste. Le groupe de 26 répondants consistait en 12 utilisateurs de données, 4 bioéthiciens, 3 responsables de la réglementation relative aux données, 3 conseillers en matière de politiques publiques, 2 gestionnaires/propriétaires de données et 1 expert en informatique de la santé. Un des participants a conservé son anonymat.
Les réponses au sondage (certaines étaient écrites à la main) ont été mises en forme à l'aide d'un traitement de texte. Nous avons utilisé les techniques d'analyse du contenu22 pour coder toutes les réponses selon un ensemble prédéterminé de codes ou de variables d'intérêt, notamment l'utilité, la faisabilité, les avantages, les inconvénients, etc. Cette méthode a donné une matrice « éléments par variable »
permettant d'effectuer une analyse de fond.
Nous avons organisé une série de quatre réunions de groupes de discussion avec des utilisateurs du système de santé en Ontario (Canada). Les réunions ont eu lieu à des endroits qui convenaient aux participants. Nous avons d'abord communiqué avec les participants potentiels par téléphone. Ensuite, nous leur avons envoyé une lettre d'invitation accompagnée de dépliants contenant des renseignements généraux sur le projet. Nous avons communiqué avec quatre organismes communautaires et un hôpital qui pourraient être intéressés par le thème de l'étude. Bien que l'hôpital et un des organismes communautaires, qui ont tous deux des groupes de personnes âgées, n'aient pas été en mesure de respecter nos délais, nous avons recruté un nombre suffisant de participants. Les centres restants ont affiché nos dépliants. Nous souhaitions recruter des personnes possédant des expériences variées de l'utilisation du système de santé, et nous avons réussi à attirer des membres de groupes liés au cancer, des personnes âgées, des défenseurs du thème de l'étude, des immigrants récents et un groupe aléatoire d'utilisateurs du système de santé. En moyenne, les réunions ont duré de 90 à 110 minutes. Nous avons effectué un enregistrement audio puis rédigé un compte rendu mot à mot de chaque réunion avec le consentement écrit des participants. Les noms de personnes ou de lieux qui pourraient conduire à l'identification des participants ont été supprimés afin de protéger la vie privée de ces derniers.
us avons rédigé un guide de discussion (voir l'annexe 6) pour explorer les principales questions liées à la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé. Nous avons lu les comptes rendus plusieurs fois pour faire ressortir les principaux thèmes. Ensuite, nous avons analysé ces thèmes jusqu'à ce que nous soyons certains que les six présentés ci-dessous représentent bien les idées fondamentales des groupes de discussion. Enfin, nous avons cherché des citations qui exprimeraient clairement ces idées.
Cette section renferme les résultats de notre évaluation de la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé. Pour des raisons de clarté, les résultats du sondage par courriel et des réunions des groupes de discussion sont présentés séparément.
Les réponses des informateurs-clés au sondage par courriel sont présentées dans les tableaux ci-dessous. Les titres des rangs indiquent le type d'informateur-clé et ceux des colonnes, les réponses aux éléments du sondage. Les réponses se divisent en deux grandes catégories :
1) Contenu et utilité
2) Faisabilité et avantages/inconvénients
La DRSS a suscité une vaste gamme de réponses de la part des informateurs-clés, allant d'un grand enthousiasme à une critique sévère. Bien que presque tous les participants s'accordaient pour dire que les enjeux sont importants et très complexes et qu'une directive est souhaitable, on a reconnu que la directive actuelle n'est ni adéquate ni pratique. Les répondants ont affirmé presque unanimement qu'un volet éducatif important est essentiel et qu'il faut se concentrer davantage sur la clarté, la simplicité du langage et la disponibilité dans différentes langues.
Plusieurs solutions concrètes et constructives ont été formulées en ce qui a trait à l'amélioration de la directive (p. ex. utilisation de cases à cocher, noircissement des sections obligatoires, réagencement des colonnes et des rangs, simplification du langage et distinction des types d'utilisation des données). On a exprimé le sentiment que la directive devrait s'appliquer aux situations où le patient n'est pas vulnérable (p. ex. atteint d'une maladie grave ou souffrant d'une autre forme de stress). Les avis divergeaient quant à la meilleure personne pour administrer la directive (commis expérimentés, dispensateurs de soins de santé tels que les infirmières et les médecins de famille, ou auto-administration). Les participants étaient manifestement convaincus qu'il était impossible de mettre en oeuvre la DRSS, car elle est trop complexe et prendrait probablement trop du temps.
Un nombre important de répondants croyaient qu'un outil comme la DRSS favoriserait le contrôle des données par le patient, augmentant du même coup son autonomie. Cependant, on a également reconnu que cet outil pourrait également réduire les pouvoirs du patient et lui conférer un faux sentiment de sécurité.
| Ident | Domaine de compétence | Premières impressions sur la matrice de la DRSS | La trouvez-vous claire? | La DRSS est-elle suffisamment explicite? | De quelle manière serait-elle utile, en pratique? | La présentation est-elle conviviale? | Suggestions d'amélioration |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| KI01 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui | améliorer les définitions | en tant que cadre pour l'élaboration de politiques et de procédures sur l'accès aux données | doit être améliorée |
|
| KI02 | Utilisateur(trice) de données | bonne méthode pour informer les gens et recueillir des données avec un certain degré d'aisance | oui |
|
|
il pourrait être utile d'ajouter des couleurs | pas certain(e) |
| KI03 | Propriétaire /gestionnaire de données |
|
oui |
|
|
|
le titre prête à confusion; il faut mettre l'accent sur les renseignements et non sur les soins de santé |
| KI04 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui | il faut beaucoup plus d'explications | utile pour les données sur les congés d'hôpitaux et les études de grande envergure | difficile à utiliser pour les aînés |
|
| KI05 | Réglementation relative aux données |
|
oui |
|
|
|
|
| KI06 | Réglementation relative aux données | bon moyen de trouver un juste équilibre entre la confidentialité et le besoin d'avoir accès aux renseignements | oui | je préférerais qu'il y ait davantage de détails |
|
|
aucune pour le moment |
| KI07 | Utilisateur(trice) de données | pourrait être utile dans certaines situations | oui | je la comprends, mais il faut davantage d'instructions pour le public |
|
|
il faut un exemple pratique de son utilisation |
| KI08 | Bioéthique |
|
oui |
|
|
|
il faudra joindre un document explicatif |
| KI09 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui | il se peut qu'il faille donner davantage d'information aux non-spécialistes | permettrait aux gens de mieux comprendre la façon dont on utilise les renseignements médicaux personnels, ainsi que la nécessité de trouver un équilibre entre « confidentialité » et « bien collectif » | il faut mieux expliquer les termes qui figurent dans les colonnes | regrouper les rangs par fonction/utilité |
| KI10 | Bioéthique |
|
est suffisamment clair pour le moment | plus on avance, plus il faut d'explications et d'instructions |
|
|
|
| KI11 | Politiques publiques | idée prometteuse qui mérite d'être étudiée davantage | oui | il faut plus de définitions |
|
|
j'ajouterais une ligne pour les dispensateurs de soutien spirituel dans les communautés (sujet très controversé dans ma province) |
| KI12 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui | il faudra donner beaucoup d'explications aux patients et aux professionnels de la santé | pourrait être utile pour obtenir l'autorisation d'accéder à des dossiers et pour préciser en quelle circonstance le consentement explicite est nécessaire | il pourrait y avoir une certaine confusion par rapport aux termes; ils doivent être définis rigoureusement | le tableau est satisfaisant mais il faut joindre une annexe qui donne des définitions claires et faciles à comprendre |
| KI13 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui | je ne suis pas certain(e) que le public la trouve clairec |
|
|
|
| KI14 | Politiques publiques |
|
oui |
|
|
il faudrait remanier les en-têtes des colonnes, car certains ne sont que des sous-catégories d'autres en-têtes |
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| KI15 | Utilisateur(trice) de donnéesr |
|
oui | me paraît trop complexe pour être couramment utilisée |
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|
moins de choix |
| KI16 | Informatique de la santé |
|
oui |
|
|
je crois que le recours à certaines cases à cocher de type « oui » / « non » serait utile |
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| KI17 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui |
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|
elle n'est pas conviviale |
|
| KI18 | Utilisateur(trice) de donnéesr |
|
oui |
|
|
dans sa forme actuelle, non |
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| KI19 | Utilisateur(trice) de données | semble utile pour obtenir le consentement | oui |
|
permettrait une variété de possibilités en ce qui a trait au consentement à l'utilisation de renseignements médicaux personnels |
|
on pourrait peut-être utiliser des cases plutôt que des lignes horizontales seulement |
| KI20 | Propriétaire /gestionnaire de données |
|
non | il faut mieux expliquer les types de données qui s'appliquent à chaque utilisation (p. ex. les données agrégées ne s'appliquent clairement pas au soin des patients) | il faut souligner le fait qu'en recherche, on utilise généralement des données anonymes ou agrégées, ce qui incitera les gens à donner leur consentement | pour qu'elle soit pratique, il devra absolument y avoir un important volet explicatif | je préférerais qu'il y ait un formulaire pour chaque utilisation plutôt qu'un seul formulaire pour toutes les utilisations |
| KI21 | Politiques publiques |
|
oui |
|
|
|
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| KI22 | Utilisateur(trice) de données |
|
oui | il faut donner des explications considérables au grand public | inutile | rébarbative | - |
| KI23 | Réglementation relative aux données | sert de cadre pour la prise en compte des différents niveaux de renseignements médicaux personnels | oui | oui | montrerait aux intervenants de première ligne à quel point la question des renseignements médicaux personnels est complexe et les sensibiliserait à l'utilisation de ces renseignements | je ne crois pas que je pourrais en améliorer la présentation | - |
| KI24 | Bioéthique | j'étais enthousiaste, mais je me suis rendu compte que certains aspects pourraient poser des problèmes | en général, oui, sauf lorsque le choix est sous-entendu et qu'il n'y en a pas vraiment |
|
|
|
il faut séparer « recherche » et « registres », car il s'agit d'utilisations différentes, assujetties à des autorisations et à des restrictions distinctes |
| KI25 | Bioéthique/ Utilisateur(trice) de données |
|
je la trouve obscure et ambiguë |
|
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| KI26 | Non précisé | beau concept, mais trop compliqué pour que le public l'utilise de façon courante | oui | dépend de l'usage | donnera une plus grande autonomie aux plus instruits à l'égard de leurs renseignements médicaux personnels |
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réaliser un essai pilote |
| Ident | Domaine de compétence | Degré de faisabilité de la DRSS | Qui devrait la présenter? | Quand la présenter? | Avantages possibles | Inconvénients possibles | Protège-t-elle la confidentialité? |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| KI01 | Utilisateur(trice) de données | irréalisable | ne devrait pas être présentée dans sa forme actuelle | ne devrait pas être présentée dans sa forme actuelle | cadre pour l'élaboration de politiques et de procédures |
|
nous ne pouvons nous permettre de renoncer aux grands avantages que nous apporte la technologie de peur de perdre la maîtrise de la situation ou d'être confrontés à l'inconnu, ce qui est perçu comme le problème principal |
| KI02 | Utilisateur(trice) de données | c'est plus exigeant pour l'intervieweur ou le patient | un intervieweur qualifié | lorsque le patient est calme et seul |
|
le degré de complexité peut décourager les gens | je ne sais pas |
| KI03 | Propriétaire /gestionnaire de données |
|
une personne bien informée, qui serait en mesure d'expliquer les conséquences d'un non-consentement et qui aurait suffisamment de temps pour le faire |
|
parler enfin de la question du consentement |
|
oui, car je vois que le formulaire permet aux patients de choisir, et c'est ce qu'implique le mot « consentement » |
| KI04 | Utilisateur(trice) de données |
|
cela dépendrait de l'endroit où l'on s'en sert (p. ex. au service d'admission d'un hôpital ou en salle d'urgence) |
|
possibilité de disposer d'une grande base de données dont les données auraient déjà fait l'objet d'une autorisation d'utilisation |
|
on peut présumer que les dépositaires des données visées par la DRSS auront recours aux mesures de protection de la confidentialité applicables aux grandes bases de données |
| KI05 | Réglementation relative aux données |
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oui, si l'on tient compte des suggestions ci-dessus |
| KI06 | Réglementation relative aux données |
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| KI07 | Utilisateur(trice) de données |
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le médecin, car c'est lui ou elle qui a le plus besoin d'avoir accès aux renseignements | au moment de l'admission dans un service ou de l'adhésion à un régime d'assurance-santé |
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| KI08 | Bioéthique |
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pourrait se faire dans divers environnements, pourvu que ceux qui la présentent soient bien informés et aient suffisamment de temps | il serait préférable que ces questions soient réglées avant l'apparition d'importants problèmes médicaux |
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| KI09 | Utilisateur(trice) de données |
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le système de santé (c.-à-d. les autorités sanitaires provinciales ou régionales) | avant que les gens aient besoin de soins de santé de façon à ce qu'on ne la leur impose pas lorsqu'ils sont vulnérables |
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| KI10 | Bioéthique |
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je suis d'accord avec les avantages évoqués par Upshur et Goel et n'ai rien à ajouter |
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| KI11 | Politiques publiques | je crois qu'il vaut la peine de réaliser une étude pilote pour voir le temps qu'il faudrait pour donner les explications aux patients et répondre à leurs questions, et pour que les patients remplissent le formulaire |
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doit être rempli avant qu'on en ait besoin (c.-à-d. pas au moment de l'entrée à l'hôpital) |
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| KI12 | Utilisateur(trice) de données |
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elle peut accélérer le processus d'examen des questions éthiques entourant certains types de recherche | si elle est bien gérée, l'inconvénient serait avant tout une question de ressources supplémentaires |
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| KI13 | Utilisateur(trice) de données |
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probablement déplacé de le faire lorsque les patients présentent un grave problème de santé, alors ce serait mieux après le congé de l'hôpital | pas le temps pendant les visites régulières chez le médecin de famille, alors cela devrait se faire à un autre moment | nous avons besoin d'un tel outil dans la recherche sur les services de santé |
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| KI14 | Politiques publiques |
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aucun commentaire | aucun commentaire | j'aimerais voir une nouvelle version avant de commenter |
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| KI15 | Utilisateur(trice) de donnéesr |
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le meilleur moment serait lorsque les patients adhèrent au programme des dossiers médicaux électroniques | la volonté des patients serait claire |
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| KI16 | Informatique de la santé |
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au début de la visite, avec une confirmation verbale à la fin de la visite | - |
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| KI17 | Utilisateur(trice) de données |
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avant de recueillir les données | si c'était réalisable, cela pourrait simplifier l'obtention du consentement en ce qui concerne les renseignements médicaux personnels |
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| KI18 | Utilisateur(trice) de données |
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les infirmières et les assistants de recherche |
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en principe, c'est une amélioration sur le plan de la protection et de la gestion des renseignements personnels |
| KI19 | Utilisateur(trice) de données | dépendrait du degré de compréhension des patients | pas le médecin, une infirmière clinicienne ou une autre personne que le principal soignant |
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- | - |
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| KI20 | Propriétaire / gestionnaire de données | un formulaire qui présente autant d'utilisations possibles des renseignements médicaux personnels peut inciter les patients à croire que toutes les utilisations sont également valables | doit être présentée au premier contact avec le système de santé où l'information sera vraisemblablement utilisée | s'il faut la présenter chaque fois que les patients reçoivent des soins, ce serait très difficile à gérer, et les données seraient incomplètes et d'aucune utilité pour les chercheurs | en ce moment, je ne suis pas certain(e) |
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| KI21 | Politiques publiques | il vaut la peine de la mettre à l'essai afin d'en déterminer le degré de faisabilité dans un certain nombre de domaines (lieu de la présentation, formule employée pour la présentation, etc.) |
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au début d'un traitement médical |
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| KI22 | Utilisateur(trice) de données | irréalisable | - | - | meilleur accès aux bases de données pour les chercheurs | les gens donneront leur consentement sans parfaitement comprendre les questions en jeu | - |
| KI23 | Réglementation relative aux données |
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je crois que le premier contact devrait se faire avec le médecin des patients |
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donnerait davantage de pouvoir aux patients, qui, en bout de ligne, croiraient que leurs renseignements médicaux personnels sont protégés |
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oui |
| KI24 | Bioéthique |
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pas certain(e) |
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| KI25 | Bioéthique/ Utilisateur(trice) de données |
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| KI26 | Non précisé | pas vraiment faisable | pas encore prête à être présentéed | - | orientation des patients | biais dans la recherche en santé | pas certain(e) |
En tout, 28 personnes ont participé à 4 groupes de discussion :
L'âge des participants allait de 29 à 76 ans, et 70 % d'entre eux étaient des femmes. Les tableaux 3 et 4 présentent les caractéristiques des participants.
| <30 | 30 - 39 | 40 - 49 | 50 - 59 | 60 - 69 | > 70 | Total | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Hommes | 1 | 3 | 4 | 8 | |||
| Femmes | 3 | 2 | 3 | 2 | 4 | 6 | 20 |
| Total | 4 | 2 | 6 | 6 | 4 | 6 | 28 |
| <30 | 30 - 39 | 40 - 49 | 50 - 59 | 60 - 69 | > 70 | Total | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Cours secondaire non terminé) | 3 | 3 | |||||
| Cours secondaire (terminé) | 1 | 1 | 1 | 2 | 5 | ||
| Collège ou université (non terminé) | 1 | 1 | |||||
| Collège ou université (terminé) | 1 | 1 | 4 | 1 | 7 | ||
| Enseignement universitaire supérieur (non terminé) | 1 | 1 | 2 | ||||
| Enseignement universitaire supérieur (terminé) | 1 | 1 | 5 | 2 | 1 | 10 | |
| Total | 3 | 2 | 6 | 6 | 4 | 7 | 28 |
Six thèmes sont ressortis des discussions avec les différents groupes :
11.2.1 Connaissance et compréhension
Nous avons amorcé une discussion sur les questions liées aux renseignements médicaux et à la vie privée. Il était clair que les questions fondamentales, à savoir qui a accès aux renseignements médicaux et qui devrait y avoir accès, étaient des notions complètement nouvelles pour les immigrants. Comme l'a indiqué l'un des participants, c'est une question à laquelle ils n'avaient jamais pensé :
« À vrai dire, je ne le sais pas. Je n'y avais jamais pensé; je ne me suis jamais demandé(e) qui avait accès à mes renseignements. »
(IMM5)
Même chez certains participants nés au Canada et qui y ont grandi, les aspects fondamentaux des renseignements médicaux n'étaient pas clairs, même si ces personnes croyaient le contraire :
PROF2: « [Les renseignements médicaux personnels] C'est évident... Mais ça ne l'est peut-être pas. Je ne sais pas tout ce que ça englobe, n'est-ce pas? Je ne sais pas tout ce que ça englobe. Je croyais que c'était seulement des renseignements de base. Vous savez, le nom, le numéro de téléphone, l'adresse, la famille. »
MODÉRATEUR : « Ce sont en fait des "données d'enregistrement". »
PROF2: « Ah bon. Alors je ne sais pas. »
Un membre du groupe des défenseurs était d'avis que la population générale en savait peu sur ces questions :
« C'est une autre chose. Que savent les gens à propos de ce à quoi ils ont accès, de ce qu'ils peuvent demander et de ce à quoi ils peuvent s'attendre? Je crois que la majorité de la population n'a aucune idée de ce qu'elle peut demander et de ce qu'elle peut s'attendre à recevoir. »
(ADV4)
En plus d'une faible compréhension, nombre de participants avaient l'impression de n'avoir que très peu de contrôle sur les renseignements médicaux qui les concernent :
« Nous n'avons aucun contrôle. »
(IMM6)
11.2.2 Contrôle de l'accès
Les utilisateurs se sont montrés très préoccupés de l'accès général aux renseignements médicaux personnels qu'ont tous les membres de la profession médicale ainsi que certains autres professionnels. Ils ont désigné, entre autres, les compagnies d'assurances et les sociétés pharmaceutiques comme d'importantes menaces à leur vie privée :
« Et si une compagnie d'assurances mettait éventuellement la main sur des renseignements qui concernent quelqu'un et qu'elle se dise : "Savez-vous quoi? Voici une personne à risque élevé. Elle peut éventuellement développer - ou son bagage génétique indique qu'elle aura - un cancer à un très jeune âge, et nous allons payer une énorme somme si elle crève, alors augmentons les primes." C'est le désavantage qu'il y a à ce que de tels renseignements soient disponibles. »
(PROF2)
« C'est quelque chose que je voulais dire... que quelqu'un qui travaille pour une compagnie d'assurances ou pour une société pharmaceutique ou de produits chimiques ne peut avoir accès aux renseignements, même si les médecins qui travaillent pour ces entreprises y ont accès. C'est ce à quoi je m'oppose le plus farouchement, à ce que [l'information] sorte de la société médicale, ou de la communauté médicale, et circule dans les secteurs connexes. »
(PROF4)
« La communication des renseignements aux sociétés pharmaceutiques... Nous n'avons aucune idée de ce qui se passe à cet égard. »
(ADV4)
Plusieurs participants étaient préoccupés du fait que leurs renseignements médicaux personnels ne sont pas en sûreté et qu'un outil comme la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé n'améliorerait pas la situation de façon importante :
« Donc, je ne peux souscrire à la communication sélective de l'information parce que je ne crois pas que l'on puisse isoler l'information et en faire la communication de façon sélective. Il y aura des fuites, il y aura divulgation, il y aura des indiscrétions, alors je me méfie de ce processus. Ça ne fait que causer davantage de fuites, et si je reçois un tel formulaire [la directive sur les renseignements] et que je le remplis, je me trouve à valider un processus qui ne m'inspire pas vraiment confiance. »
(PROF7)
Ces « fuites d'information »
constituaient une préoccupation constante. Même si les participants doutaient que la directive proposée empêche ce genre de fuites, ils la voyaient comme un pas important dans la bonne direction :
« " Qu'est-ce qui va empêcher les fuites d'un secteur à l'autre? Je ne sais pas si c'est possible, mais nous devons tout de même essayer. Nous devons quand même faire notre possible et tenter de mettre quelque chose sur pied, tout en sachant très bien que ce sera efficace à... quoi... à 60 %? Je ne peux pas imaginer que ce soit efficace à plus de 60 ou 70 %. Il y aura toujours des individus ou des groupes qui mettront la main sur des renseignements ou qui soudoieront des gens. Notre société est peut-être moins corrompue que d'autres, mais il y a toujours moyen de s'arranger. »
(PROF5)
Afin d'écarter ces menaces possibles, les participants ont proposé de recourir à un ombudsman ou à un quelconque système de surveillance pour éviter (ou réduire au minimum) les fuites, tant à l'intérieur du système qu'à l'extérieur. Ils ont également suggéré que soit créé un système auquel les utilisateurs eux-mêmes auraient accès, qui leur permettrait de savoir qui a consulté leurs renseignements et, plus particulièrement, quels renseignements ont été consultés :
« Ce qui pourrait être intéressant, selon moi, c'est que si quelqu'un consulte nos renseignements, nous puissions connaître son identité. Si c'est un chercheur universitaire, nous pourrions le voir. Alors si quelque chose arrivait un jour, nous pourrions voir qui a utilisé nos renseignements. »
(PROF1)
Ce mécanisme permettrait aux usagers d'exercer un certain contrôle et pourrait également empêcher les abus de la part d'autres intervenants. Une autre stratégie semblable pour contrer les fuites serait de stratifier les données, de sorte qu'un professionnel de la santé donné n'aurait accès qu'à l'information dont il a besoin et non à tout le dossier du patient :
« Ces personnes-ci ont droit à un certain niveau d'accès, et celles-là, à un autre : les physiothérapeutes ont besoin de consulter certains radiogrammes et certaines données, mais ils n'ont pas vraiment besoin de connaître les détails de certains autres troubles ou traitements médicaux. Qu'on ait subi un avortement ne concerne aucunement un physiothérapeute. Il faut que les données soient stratifiées d'une façon ou d'une autre. »
(ADV1)
Les participants s'inquiétaient de l'accès général aux renseignements médicaux personnels que pouvaient avoir les professionnels de la santé, y compris les étudiants en médecine, et s'interrogeaient sur le respect des lignes directrices officielles en matière de confidentialité :
« Eh bien, après que la personne est entrée, je suppose qu'on a dit "Vous permettez?", mais il n'y a jamais eu de signature. On vient récemment de diagnostiquer un truc bizarre chez mon fils, qui revient d'un voyage [à l'étranger]. Il a consulté un spécialiste en médecine tropicale avant-hier, et il y avait une troisième personne, un étudiant à je ne sais quel niveau. J'ignore ce qu'ils lui ont dit, mais ce genre de situation peut se produire partout et pas seulement dans un hôpital de recherche. Je ne sais pas. C'est difficile à dire... »
(ADV4)
En même temps, cependant, on admettait clairement que ceux qui doivent consulter des renseignements médicaux devaient avoir accès à l'information dont ils ont besoin :
« Les dispensateurs de soins de santé doivent avoir accès à l'information, ce qui permet au système de mieux servir la population. »
(ADV3)
La majorité des participants a également reconnu les aspects positifs de la communication de l'information. Un exemple qui est revenu souvent était celui des pharmaciens communautaires :
« L'un est indépendant et l'autre, affilié au réseau Shopper's Drug Mart, mais les deux semblent être au courant. Je n'y avais jamais pensé. C'est une bonne chose parce que si on a consulté deux médecins différents, par exemple, ou si on a fait exécuter une ordonnance à une pharmacie et une autre ailleurs, il pourrait théoriquement y avoir conflit. »
(PROF6)
« ...ou d'un médicament quelconque sans délai, et qu'une personne n'ait pas accès à un médecin dans l'endroit perdu où elle est allée, si elle consultait un pharmacien, celui-ci pourrait faire un interurbain ou se connecter au système et voir toutes les données qui la concernent à l'ordinateur, et il saurait exactement quoi lui donner... »
(SEN6)
D'autre part, il a été question de limiter cet accès afin d'éviter que les professionnels de la santé aient accès à tous les renseignements (surtout aux renseignements de nature délicate) qui figurent dans le dossier des patients :
« Évidemment, cela ne fait rien qu'un physiothérapeute soit au courant de l'état du genou d'un patient, mais ce dernier pourrait ne pas vouloir que le physiothérapeute sache quelque chose d'autre... Je crois que certains renseignements ne devraient être transmis que lorsque c'est nécessaire; il ne faudrait pas donner le dossier entier à quelqu'un et lui dire "Prenez ce dont vous avez besoin. »
(PROF6)
La grande majorité des participants se sont montrés inquiets de l'accessibilité à leurs renseignements médicaux personnels :
« Nous avons tous entendu parler de cas d'usurpation d'identité. À quel point est-il difficile pour les victimes de recouvrer leur identité? C'est le même type de problème. Ça s'arrête où? Qui détient quelle information? Comment vais-je me protéger? »
(PROF3)
11.2.3 Méfiance
Chacun des quatre groupes a soulevé des questions liées à la confiance. Les participants de tous les âges et de tous les groupes socio-économiques éprouvaient une méfiance à l'égard de la protection et à l'égard de la sécurité de leurs renseignements médicaux personnels. Nous avons relevé une méfiance considérable envers les sociétés pharmaceutiques et les compagnies d'assurances. Par exemple, les participants ont souligné l'accès de ces entreprises aux gouvernements, aux comités d'hôpitaux et au système de santé lui-même et l'influence qu'elles exercent :
« Qui va veiller au respect de [la DRSS]? Qu'en sera-t-il des droits du patient? Disons que je suis le patient. Quels sont mes pouvoirs en tant que patient? Si [la DRSS] est mise en oeuvre l'an prochain, comment le patient peut-il s'assurer que la directive est appliquée? Personnellement, je crois qu'une société pharmaceutique est bien plus [accentué] puissante que le patient. »
(PROF2)
Les participants étaient également préoccupés par la sécurité de leurs renseignements médicaux personnels dans les cas où ceux-ci sont échangés ou transférés par la poste ou par Internet. Certains participants ont aussi affirmé que leurs renseignements médicaux personnels avaient été communiqués ou utilisés dans des circonstances inattendues.
Une autre manifestation claire de cette méfiance est le dialogue suivant entre deux immigrants établis au Canada depuis plusieurs années :
IMM6: « On aurait beau créer tous les formulaires possibles, je pense qu'on trouvera toujours un endroit ou un moyen pour obtenir notre information. Le système n'est pas infaillible. »
IMM5: « Oui, mais si on dit non, ne communiquez pas mes renseignements, ils ne sont pas censés le faire. »
IMM6: « Même si on dit non, le système n'est pas infaillible. »
Les expériences personnelles peuvent influer sur les croyances et les attitudes à l'endroit du partage de renseignements médicaux personnels. Quelques participants se rappelaient que le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration et les services de santé publique avaient échangé de l'information à leur sujet :
« Je sais que l'Immigration possède de l'information sur moi. Je sais qu'au moment de traiter mon cas, ils... ont dû communiquer avec le ministère de la Santé pour connaître mon état de santé et me permettre de revenir. Je n'ai pas eu à leur donner mon consentement. Ils ont simplement pris l'information dont ils avaient besoin. »
(IMM3)
Tel que mentionné ci-dessus, plusieurs participants ont vécu des expériences négatives avec les administrations gouvernementales. Le problème est encore plus grave chez les immigrants confrontés à des barrières linguistiques qui affectent leur confiance envers le système. Certains participants étaient ambivalents en ce qui a trait au gouvernement, plus particulièrement au système de santé :
« Je pense que s'ils en ont besoin, ils vont chercher l'information, peu importe qu'on y ait consenti ou non. Ce serait bien si on pouvait remplir ces formulaires et s'ils respectaient ce qui y est indiqué. »
(IMM2)
Enfin, la qualité de la relation entre le médecin et le patient semblait influer sur le point de vue des participants concernant le consentement et la protection des renseignements personnels. Pour un participant en particulier, son excellente relation avec son médecin de famille avait réduit ses craintes à l'égard de la confidentialité de ses renseignements médicaux personnels et, du même coup, la valeur accordée à la DRSS :
« En fait, je ne sais pas quoi penser de [la DRSS]. J'ai une relation avec mon médecin qui est telle que je pourrais l'appeler ce soir pour lui laisser un message, et je saurais qu'il me rappellera demain matin. Si j'avais besoin de le consulter un matin, je me rendrais à son cabinet le matin même, et je pourrais faire examiner un de mes enfants immédiatement. Je n'ai même pas besoin de ma carte santé. Je n'ai donc pas besoin de [cette directive ou d'autres mesures similaires]. »
(PROF5)
11.2.4 Contenu et présentation
En général, les participants aux groupes de discussion percevaient la DRSS comme un processus lourd et excessivement complexe :
« Peut-être y a-t-il trop de colonnes... On essaie de faire trop de choses à la fois. »
(SEN3)
De tels obstacles pourraient mener à des réponses inexactes, comme en témoigne la réponse suivante :
« " Je pense que les gens ont tendance à refuser pour des raisons qui ne sont pas claires. Je dirais oui si je savais exactement ce que ça implique, mais comme je n'en suis pas certain, je ne veux pas prendre de chance. »
(IMM5)
Comme les termes utilisés étaient considérés complexes par les profanes, les participants ont recommandé quelques stratégies, telles qu'utiliser des cases à cocher, donner des exemples et des définitions et utiliser un langage plus simple.
Une autre stratégie pour réduire le fardeau des utilisateurs, particulièrement dans des situations difficiles liées à des risques imminents pour la santé, consistait à adopter une approche « par étapes », permettant aux utilisateurs de ne remplir que les sections nécessaires dans les circonstances (p. ex. durant l'hospitalisation). Voici une de ces suggestions :
« Il pourrait y avoir une personne dûment formée sur place. Ainsi, si on veut discuter des conséquences potentielles, on pourrait s'asseoir avec quelqu'un qui fournirait des conseils. J'aimerais suggérer qu'en fait, une personne à l'hôpital ne devrait pas avoir à considérer plus de trois ou six cases. »
(ADV2)
Pour réduire la longueur de la directive, on a aussi proposé de mettre en grisé certaines cases (qui demeureraient « sans objet ») pour lesquelles les usagers n'auraient pas de pouvoir discrétionnaire (p. ex. rémunération à l'acte, renseignements médicaux personnels pour les dispensateurs de soins de première ligne). De même, la fusion des colonnes 3 (données dépersonnalisées) et 4 (données agrégées/statistiques) a fait l'objet d'un débat intéressant :
« Avons-nous vraiment besoin de deux colonnes distinctes? Une fois que les données sont dépersonnalisées, est-ce que la plupart des gens se demandent si elles sont utilisées à des fins statistiques? Au fond, est-ce que [les colonnes] 3 et 4 sont si différentes pour le consommateur moyen? »
(ADV4)
Quant à la liste des dispensateurs de soins de première ligne (médecins, infirmières, physiothérapeutes, etc.), les participants ont insisté pour que la DRSS compte un rang distinct pour chaque groupe intervenant dans les soins du patient. Ils ont également suggéré d'y ajouter les traducteurs et les dentistes.
Plusieurs participants du groupe de défenseurs ont proposé d'inverser l'ordre des colonnes, de manière que l'information figure dans l'ordre de la moins délicate vers la plus délicate. Selon eux, la classification actuelle (de l'information la plus délicate vers la moins délicate) fait en sorte que si une personne consent à l'accès à l'information la plus délicate (c.-à-d. renseignements médicaux personnels), elle ne se souciera pas des autres types d'information :
« En inversant l'ordre -- vers l'information la plus délicate -- ils y penseront peut-être davantage. Si vous voulez qu'ils s'arrêtent vraiment à chaque bloc. Si c'était moi, une fois que j'aurais pris une décision concernant le premier bloc, je ne m'attarderais pas aux blocs suivants. »
(ADV4)
Cependant, cette position a été contestée par d'autres participants, qui croyaient que l'ordre devrait rester inchangé :
« Ça pourrait être le contraire. Autrement dit, je suis prêt à accepter qu'on utilise mes renseignements sous forme de données agrégées, mais pas sous forme de données dépersonnalisées, parce que ces renseignements resteraient un ensemble de caractéristiques individuelles. »
(ADV2)
« ...comme les utilisateurs devraient se concentrer sur ce qui importe vraiment... je veux que ce soit la première chose à laquelle les gens pensent. »
(ADV1)
Les participants avaient des opinions précises à l'égard du type de modèle à utiliser pour une directive comme la DRSS. Bien que cette question portait clairement à confusion, principalement en ce qui a trait au vocabulaire employé, la vaste majorité semblait en faveur d'un modèle de « consentement actif », selon lequel les participants devraient donner un consentement éclairé avant que leurs renseignements médicaux ne puissent être utilisés ou communiqués :
« Je pense que la réponse par défaut devrait être Aucune information. »
(PROF6)
« " Je n'aime pas ce système de [fondé sur l'option de refus]; le fait de ne rien dire équivaut à un consentement. Je n'aime pas ça. Je préférerais qu'en l'absence de réponse, quelqu'un soit obligé de me demander oui ou non. »
(PROF 8)
« Je pense que ça devrait être fondé sur le consentement actif. »
(PROF7)
11.2.5 Mise en oeuvre
Un débat intense a éclaté sur la meilleure manière de remplir la DRSS (copie papier ou formulaire électronique). Quelques participants ont manifesté une grande réticence à fournir leurs renseignements médicaux personnels aux fins de stockage/diffusion dans Internet :
« Je préfère de loin l'ordinateur, mais je sais qu'il y a un risque de vol d'information. Dans ce cas, je pense que le papier est plus sûr que l'ordinateur. »
(PROF8)
Ils étaient très conscients de la faillibilité des systèmes de sécurité des fichiers électroniques. Plusieurs participants ont évoqué la possibilité que les renseignements médicaux agrégés et/ou dépersonnalisés soient disponibles en ligne, mais non les renseignements médicaux personnels.
Un des participants préférait utiliser un questionnaire au lieu d'un tableau. D'autres ont souligné la nécessité d'avoir accès à une personne-ressource, que ce soit dans une clinique de santé ou au moyen d'une ligne d'assistance téléphonique, pour mettre au clair certains détails de la DRSS. Les avis étaient partagés dans tous les groupes quant à savoir s'il était préférable de remplir la DRSS dans le cabinet du médecin ou dans un bureau de l'assurance-santé au moment du renouvellement. Certains participants du groupe de personnes âgées privilégiaient le cabinet du médecin, car ils ne voulaient pas courir le risque d'utiliser la poste :
« Je préfère le médecin. Je ne la retournerais pas par la poste après l'avoir remplie, non. »
(SEN7)
Les membres du groupe d'immigrants préféraient renvoyer le formulaire par la poste au lieu d'Internet, car ils auraient plus de temps pour réfléchir aux questions.
Quant au renouvellement, la majorité des participants préféraient le faire en tout temps ou une fois par année. Un des participants était d'avis qu'il en coûterait trop cher au système si on permettait les modifications en tout temps.
11.2.6 Perception de la pertinence
Tel que noté par un participant, on tente d'introduire la DRSS dans une société qui travaille à établir un juste équilibre entre la protection des renseignements personnels et l'intérêt public :
« Je dirais que deux questions me préoccupent. Premièrement, on assiste à l'apparition d'une forme de « Big Brother ». Au nom de la sécurité, il y a un risque accru que l'information soit utilisée (à bon ou à mauvais escient). Deuxièmement, la dignité humaine est en train de se perdre. »
(ADV6)
« C'est l'éternel débat entre les droits individuels et la collectivité, ou société. »
(PROF2)
Au cours des dernières années, la protection des renseignements personnels est devenue une question de plus en plus publique, particulièrement à la suite de cas fortement médiatisés d'atteinte à la vie privée.
« Des situations comme "Oh, mon Dieu! Nous avons jeté toutes ces boîtes de dossiers au lieu de les détruire; vos renseignements médicaux se trouvent maintenant dans les rues de la Saskatchewan", ou quelque chose du genre. Je pense qu'il faut exercer une diligence et une prudence raisonnables. Je pense que c'est une question importante. »
(ADV6)
Un des participants a noté que la DRSS pourrait servir d'outil de sensibilisation. Les autres perceptions de la directive variaient de « Présente un certain potentiel » à « Constitue un grand pas en avant ». Les avis divergeaient sur la capacité de la DRSS d'augmenter les pouvoirs des personnes à l'égard de leurs renseignements médicaux personnels :
« Je suppose que, quoiqu'on fasse, l'information sera partagée, alors autant suivre le mouvement et s'assurer que l'utilisation sera réglementée et contrôlée...On ne peut pas empêcher que l'information soit partagée, mais il est peut-être possible de déterminer comment elle le sera. »
(PROF7)
« Je doute fortement que la matrice sera utile, étant donné la difficulté que les gens ont à la remplir. Mais je pense malgré tout que l'idée est fondée et louable. Vos intentions sont bonnes, mais je ne pense pas que la directive fonctionnera. »
(ADV5)
Malgré les points faibles et les limites de la version actuelle de la directive, un participant a bien résumé le point de vue de la majorité des participants concernant la pertinence de la DRSS (ou d'un outil similaire) :
« Sans elle, il n'y aurait aucune forme de contrôle - c'est donc un mal nécessaire. »
(ADV2)
Les observations réalisées dans le cadre de cette évaluation mettent en évidence la nature complexe de la protection des renseignements personnels et du respect de l'autonomie personnelle. Même si la DRSS visait à favoriser l'autonomie et le choix, elle n'était pas perçue de cette façon par un certain nombre de nos informateurs-clés et de participants aux groupes de discussion. Cette situation reflète les paradoxes inhérents à la collecte, à l'utilisation et à la communication de renseignements médicaux23. De nombreux informateurs-clés étaient conscients des multiples obstacles liés à ce processus. Les deux citations suivantes reflètent leur évaluation des enjeux : « Je ne suis pas certain que ce type d'approche soit réalisable, bien qu'elle pourrait constituer la seule manière d'assurer la confidentialité » et « Je reconnais que le défi est de taille, le document doit être détaillé, mais pas trop complexe. »
On se préoccupe également de l'influence d'une telle directive (qui pourrait notamment mener à un biais d'autorisation et nuire à l'atteinte d'objectifs légitimes en santé publique ou bénéfiques pour la société) sur la disponibilité des données pour la recherche.
Il est évident que la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé devra comprendre une vaste initiative éducative. Les réunions des groupes de discussion ont révélé un faible degré de connaissance des renseignements médicaux personnels et de leurs applications. Cette observation concorde avec d'autres rapports récents24. Pour que l'utilisation de tels outils soit possible, il faudra d'abord assurer l'éducation du public et tenir un débat sur les politiques.
Nous croyons qu'en dépit des réserves exprimées, il est possible de mettre au point des outils interactifs efficaces qui permettront aux consommateurs d'exprimer et de mettre par écrit leurs préférences relatives à l'utilisation des renseignements médicaux. Il se pourrait qu'aucune directive ne soit en mesure à elle seule de traiter de toutes les questions. En effet, de nombreux informateurs-clés et de participants aux groupes de discussion ont évoqué la possibilité d'utiliser une approche par étapes ou plusieurs documents.
À la lumière de l'analyse ci-dessus, nous formulons des recommandations dans trois grands secteurs : la poursuite de l'élaboration de la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé, les politiques et l'éducation du public, et, enfin, les recherches à venir.
12.1.1 Élaboration de la Directive sur les renseignements en matière de soins de santé
Nous recommandons l'élaboration d'une nouvelle DRSS plus facile d'utilisation. Cette nouvelle version aurait une présentation simplifiée, serait rédigée dans un style clair et simple et comprendrait des définitions claires ainsi que des directives et des explications améliorées. Une meilleure utilisation de la couleur et des graphiques et le recours à un plus grand nombre d'exemples aideraient également à rendre la directive plus facile à comprendre. La réalisation d'une version électronique de la directive devrait aussi être étudiée.
12.1.2 Politiques publiques et initiatives éducatives
Nous recommandons le lancement d'une vaste campagne de sensibilisation du public concernant la protection des renseignements personnels et le consentement éclairé. Avant de mettre en oeuvre une directive sur les renseignements médicaux, il faut prendre les mesures nécessaires pour informer les citoyens des usages courants des renseignements médicaux personnels, des avantages et des inconvénients potentiels associés au consentement à des utilisations secondaires ainsi que des façons de participer au processus (rejoignant la position récente d'organisations comme les IRSC en faveur d'un engagement accru de la population).
12.1.3 Recherches à venir
Nous recommandons aux organismes fédéraux de financement de reconnaître l'importance croissante des questions entourant la confidentialité en investissant des sommes considérables dans les programmes de recherche à ce sujet. Il faudra notamment mettre à l'essai toute nouvelle version de la DRSS, tant auprès des profanes que des professionnels.
| Renseignements médicaux personnels | Données des registres | Données déperson-nalisées | Données statistiques agrégées | |
|---|---|---|---|---|
| Soins dispensés au patient (accès pour le personnel soignant, c.-à-d. médecins, infirmières, physiothérapeutes, plus proches parents, mandataires, représentants légaux) |
||||
| Continuité des soins entre les dispensateurs de soins de santé et les échelons administratifs Rappels des suivis, des examens de dépistage, etc. |
||||
| Paiement (hôpital/frais de services) |
||||
| Gestion administrative (institutionnelle et gouvernementale / provinciale) | ||||
| Amélioration continue de la qualité, examen par des pairs | ||||
| Recherche Étude épidémiologique Registres de maladies |
||||
| Levées de fonds d'hôpitaux (envois postaux) |
||||
| Génération de produits à l'aide de données utilisées comme produit de recherche Marketing |
1 Voir le gros titre du The Globe and Mail de Toronto du jeudi 18 mai 2000, « Delete Big Brother files, Quebec says » et l'éditorial connexe.
2 Canadians highly value the privacy and confidentiality of their health information. AMC: Advocacy and Communications. http://www.cma.ca/advocavy/news/1999/11%2D29.htm. Dernière consultation : 21 mars 2000.
3 Consultation Paper on Protection of Personal Health. Policy and Planning Division, Saskatchewan Health, http://www.gov.sk.ca/health/phiq/response/use.htm. Dernière consultation : 14 mai 2000.
4 Gordis, L. & Gold, E. (1980). Privacy, confidentiality and the use of medical records in research. Science, 207, 153-156. Lako, C.J. (1986). Privacy protection and population-based health research. Social Science and Medicine, 23, 293-295. Melton, L.J. (1997). The threat to medical-records research. New England Journal of Medicine, 337, 1466-1469.
7 Cassaret D. et al. (2000). Determining when quality improvement initiatives should be considered research. Journal of the American Medical Association, 293, 2275-2280.
8 Knox, G. (1992). Confidential medical records and epidemiological research. British Medical Journal, 304, 727-728.
9 Gostin, L., & Hadley, J. (1998). Health services research: public benefits, personal privacy and proprietary interests. Annals of Internal Medicine, 129, 833-835
10 Le dommage peut être indirect; par exemple, dans l'éventualité où de l'information permettrait à une personne violente de retracer un conjoint ou un enfant.
12 Yawn, B. et al. (1998). The impact of requiring patient authorization for use of data in medical records research. Journal of Family Practice, 47, 361-365.
13 Jacobsen S. et al. (1999). Potential effect of authorization bias on medical record research. Mayo Clinic Proceedings, 74, 330-338.
14 McCarthy D et al. (1999). Medical records and privacy: empirical effects of legislation. Health Services Research, 34, 417-425.
15 Communication personnelle de L.J.Melton III, professeur, Département de la recherche sur les sciences de la santé, Clinique Mayo, 5 mars 2000.
16 Organisation de coopération et de développement économiques (1981). Lignes directrices de l'OCDE sur la protection de la vie privée et les flux transfrontières de données de caractère personnel. Paris : OCDE.
17 Hodges J. et al. (1999). Legal issues concerning electronic health information: privacy, quality and liability. JAMA, 282:1466-1471.
18 Mullen, M., & Lavery, J. (1998). Ethical and legal issues in electronic health information systems: Report of the University of Toronto Joint Centre for Bioethics Working Group. Toronto: University of Toronto
19 Kluge, E.H. (2000). Professional codes for electronic HC record protection: ethical, economic and structural issues. Int J Med Inf, 60, 85-96.
20 Berry, S., & Singer, P.A. (1998). The cancer specific advance directive. Cancer, 1570-1577.
21 Dillman DA (2000). Dillman, D.A. (2000). Mail and Internet surveys: The Tailored Design Method (2nd edition). New York: John Wiley & Sons, Inc.
22 Denzin, N.K., & Lincoln, Y.S. (Eds.) (2000). Handbook of Qualitative Research (2nd edition). Thousand Oaks, California: Sage Publications.
23 Upshur, R.E.G., Morin, B., & Goel, V. (2001). The privacy paradox: laying Orwell's ghost to rest. Canadian Medical Association Journal, 165, 307-309.
24 Willison, D.J., Keshavjee, K., Nair, K., Goldsmith, C., Holbrook, A.M. (2003). Patients' consent preferences for research uses of information in electronic medical records: interview and survey data. British Medical Journal, 326 (7385), 373.