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Science et recherche

Xénotransplantation

Par xénotransplantation, on entend le transfert de cellules, de tissus ou d'organes vivants, d'une espèce animale à une autre. Dans ce document, ce terme désigne uniquement les transplantations de l'animal à l'humain.

Pourquoi la xénotransplantation est-elle importante?

Il y a une pénurie mondiale d'organes destinés à la transplantation clinique et bien des personnes meurent en attendant qu'un organe soit disponible. Si la xénotransplantation connaît un essor, elle peut constituer une source d'approvisionnement illimitée de cellules, de tissus et d'organes pour les humains.

À l'heure actuelle, la xénotransplantation n'est pas une pratique médicale reconnue dans les pays industrialisés, mais elle a le potentiel d'englober un large éventail d'applications. Toute maladie pouvant être traitée par la transplantation d'humain à humain peut être traitée par xénotransplantation. Les transplantations cellulaires pourraient offrir un traitement aux personnes atteintes de diabète ou des maladies d'Alzheimer ou de Parkinson. La xénotransplantation tissulaire pourrait comprendre les greffes cutanées pour les brûlés, la greffe de cornée pour les personnes ayant une déficience visuelle, ou la transplantation osseuse pour la reconstruction de membres. La xénotransplantation d'organe pourrait comprendre le cœur entier, les poumons, le fois, les reins ou le pancréas.

Les progrès réalisés récemment dans la compréhension du rejet d'organes transplantés laissent supposer qu'il pourrait être possible, un jour, de modifier chimiquement les cellules, les tissus et les organes d'autres espèces afin de minimiser le risque de rejet ou de xénozoonose.

Risques éventuels

Rejet

Le risque de rejet s'entend principalement de la façon dont le système immunitaire utilise plusieurs lignes de défense contre le rejet d'un organisme étranger, comme les parasites et les bactéries, en particulier lorsque le système attaque les organes transplantés. Les scientifiques essaient diverses méthodes afin de modifier les procédures de xénotransplantation. Certaines de ces procédures visent à essayer de modifier le système immunitaire du patient afin d'augmenter la tolérance à la transplantation. D'autres utilisent le génie génétique afin de modifier les cellules, les tissus et les organes de l'animal donneur, en particulier en effaçant certains gènes animaux et en les remplaçant par des gènes humains.

Xénose (ou xénozoonose)

Il y a xénose lorsque le tissu de virus animal traverse les barrières de l'espèce et cause une maladie chez l'humain. Cette situation soulève des questions sur la sécurité de l'utilisation de la xénotransplantation chez les personnes, mais elle pourrait également mettre le grand public en danger. Le pire scénario serait l'éclosion d'une nouvelle épidémie importante. Cette menace éventuelle à la santé publique se trouve au cœur des débats sur le caractère sécuritaire de la xénotransplantation.

Une autre préoccupation scientifique est l'incertitude à savoir si la xénotransplantation fonctionnera ou si les niveaux élevés d'immunosuppression laisseront les patients plus fragiles à des maladies infectieuses ou au cancer.

Quel animal pourrait être un donneur convenable?

On pense que, même si les primates non humains comme les singes ou les babouins sont génétiquement les plus proches des humains, le transfert d'agents infectieux serait plus probable entre des espèces étroitement liées. L'animal de choix pour la transplantation devient donc le porc. Les organes du porc sont les plus compatibles sur le plan de la taille aux receveurs humains. Le porc peut conférer moins de risques d'infection aux humains que les primates non humains. Il a une plus grosse portée, les petits grandissent vite et ils peuvent être élevés dans des milieux stériles dans le seul but de servir à la transplantation.

La science médicale utilise déjà des parties d'animaux pour diverses raisons thérapeutiques, comme le remplacement de valves cardiaques par des valves prélevées chez le porc. Toutefois, ces produits ont été traités chimiquement et ils ne contiennent aucun tissu vivant fonctionnel, ce qui les rend différents d'organes viables utilisés dans la xénotransplantation.

Réglementation relative à la xénotransplantation au Canada

À l'heure actuelle, la xénotransplantation n'est pas interdite au Canada. Les cellules, les tissus et les organes vivants d'origine animale sont reconnus uniquement comme des produits thérapeutiques (médicaments ou appareils fonctionnels) au Canada. Les xénotransplants sont assujettis aux exigences de la Loi sur les aliments et drogues et du Règlement sur les aliments et drogues ou du Règlement sur les instruments médicaux. Un commanditaire qui voudrait entreprendre des essais cliniques portant sur des xénotransplants doit préalablement en faire la demande à Santé Canada et cette demande doit être approuvée. Aucune demande d'essais cliniques portant sur des xénotransplants n'a encore été approuvée à ce jour.

Réglementation en vigueur dans d'autres pays

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a mis à jour les 1996 Public Health Service Guidelines for Infectious Disease Issues in Xenotransplantation (lignes directrices de 1996 du service de santé publique portant sur les risques d'infections liés à la xénotransplantation). Des essais cliniques sur la xénotransplantation ont été approuvés par la FDA.

En Grande-Bretagne, les demandes d'essais cliniques peuvent être présentées à l'examen de la United Kingdom Xenotransplantation Interim Regulatory Authority (UKXIRA). Créé en 1997, l'UKXIRA n'a reçu aucune demande d'essai clinique à ce jour.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a tenu une consultation regroupant des experts internationaux avant de publier, en 1998, ses lignes directrices sur la prévention et la prise en charge des maladies infectieuses liées à la xénotransplantation.

En 1999, l'Assemblée des parlementaires du Conseil de l'Europe a demandé un moratoire sur la xénotransplantation jusqu'à ce que cette nouvelle technologie soit évaluée et que des lignes directrices soient rédigées et approuvées. L'Assemblée a également demandé au Comité directeur pour la bioéthique et au Comité de la santé publique du Conseil de l'Europe de collaborer avec l'OMS dans l'élaboration d'une stratégie qui tiendrait compte à la fois des aspects déontologique, médical, légal, social et de la santé publique avant que des essais cliniques reprennent sur des humains.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), des essais cliniques limités sur la xénotransplantation sont prévus ou sont déjà en cours dans certains pays, notamment aux États-Unis, en Belgique, en Espagne et en Allemagne.