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Science et recherche

Le capital social et la santé : Bonifier les avantages

Modèle d'opérationnalisation de l'approche fondée sur les réseaux

Louise Bouchard, Ph.D., chercheure, Institut de recherche sur la santé des populations, Université d'Ottawa; Jean-François Roy, candidat au doctorat, Institut de recherche sur la santé des populations, Université d'Ottawa; et Solange van Kemenade, Ph.D., Division de la recherche sur les politiques, Direction des politiques stratégiques, Agence de santé publique du Canada

Partant d'une définition du capital social axée sur les réseaux, une équipe de chercheurs de l'Agence de santé publique du Canada et de l'Université d'Ottawa a élaboré un modèle opérationnel pour évaluer la structure des réseaux sociaux, les ressources des réseaux sociaux et leurs incidences. La récente analyse des résultats de l'Enquête sociale générale (ESG), cycle 17 (2003) a donné lieu aux premières données canadiennes et confirmé l'existence de liens positifs entre le capital social et la santé. Cet article fait état des efforts déployés pour élaborer et appliquer ce modèle d'opérationnalisation.

Exploration du lien entre le capital social et la santé

Depuis 2001, l'Agence de santé publique du Canada chapeaute un projet de recherche sur le capital social. Les analystes de la Division de la recherche sur les politiques (DRP) ont contribué au développement des connaissances en aidant à définir le concept et les indicateurs de mesure. L'Agence s'est également intéressée à l'utilité du concept dans l'élaboration ou l'évaluation des programmes et des politiques. En 2004, la DRP s'associait à des chercheurs de l'Institut de recherche sur la santé des populations de l'Université d'Ottawa pour analyser les données de l'Enquête sociale générale (ESG), cycle 17 (2003) sur l'engagement social au Canada. Partant des données de l'ESG, cette étude visait à définir un modèle concep­tuel du capital social axé sur les réseaux afin d'explo­rer la relation entre le capital social ainsi défini et la santé des Canadiens.

Potentiel des réseaux

Le modèle conceptuel inspiré de Berkman et Glass1 considère la structure des réseaux, leur dynamique et les ressources qu'ils recèlent. Ce modèle permet d'établir des distinctions entre le capital social et les autres formes de capital, comme le capital humain (éducation) et le capital matériel et financier (revenu). Le capital social est strictement défini par le réseau de relations sociales et ses ressources connexes :

  • La structure du réseau renvoie au nombre, à l'étendue et la diversité des personnes fréquentées, ainsi qu'à la nature des liens : forts (parenté, amis) ou faibles (connaissances).
  • La dynamique des relations se mesure par la fréquence des contacts et par la réciprocité des échanges. L'engage­ment social et le bénévolat illustrent aussi une disposition à élargir ses réseaux et à satisfaire certains besoins.
  • La nature des échanges réfère aux ressources qui circulent dans les réseaux. Ces ressources sont émotion­­nelles et affectives, matérielles, informationnelles, ou instrumentales.

L'analyse structurelle des réseaux est systémique et fait la lumière sur les caractéristiques et propriétés des liens sociaux et des échanges. Ce faisant, elle permet d'anticiper les fins recherchées, soit le bien-être individuel et collectif, l'intégration sociale, la revendication de services et l'atteinte de buts politiques.

Un mot au sujet de l'Enquête sociale générale, cycle 17 (2003) sur l'engagement social

L'Enquête sociale générale (ESG) sert à recueillir des données exhaustives sur les modes de participation des Canadiens à la vie civique et sociale, y compris les contacts sociaux avec la famille, les amis et les voisins; la participation aux orga­nismes officiels, aux activités politiques et aux services religieux; la confiance envers les gens et envers les institutions publiques; le sens d'appartenance au Canada, à sa province, à sa collectivité; le travail bénévole et autres. Pour consulter le Le lien suivant vous amène à une autre site Web rapport sommaire, aller à :
<http://www.statcan.ca/francais/
freepub/89-598-XIF/2003001/article_f.htm>.

Articulation du modèle analytique

En prenant appui sur le modèle théorique du capital social fondé sur les réseaux et ses ressources, l'équipe de chercheurs a élaboré un modèle analytique pour encadrer l'analyse des données de l'ESG, cycle 17 (voir l'encadré ci-dessus). L'équipe a puisé au modèle conceptuel inspiré de Berkman et Glass1, et s'est servi des questions de l'enquête, faisant en sorte que son modèle analytique soit compatible avec les deux sources.

Compte tenu des variables disponi­bles dans l'enquête, le modèle se penche sur deux dimensions du capital social : la structure des réseaux et les ressources des réseaux (voir la Figure 1), y compris les indicateurs servant à mesurer ces deux volets :

  • La structure des réseaux se fonde sur quatre indicateurs : la taille du réseau de liens forts hors du ménage; la taille du réseau de liens avec les organisations (organisations ethni­ques, clubs sportifs ou sociaux, associations diverses, etc.); la récipro­cité dans les réseaux (avoir à la fois reçu et donné de l'aide à ses voisins, à sa famille ou à ses amis), ainsi que le bénévolat (participation bénévole au moins une fois dans la dernière année).
  • Les ressources des réseaux se fondent sur deux indicateurs : un indice de soutien social total (aide pour le transport, pour garder les enfants et pour les travaux domesti­ques, soutien émotif, conseils pratiques et autres types d'aide) et un indice de soutien social instrumental (aide pour le transport, pour garder les enfants et pour les travaux domestiques).

Figure 1 : Modèle d'opérationnalisation du capital social

Figure 1 : Modèle d'analyse du capital social

Application du modèle d'opérationnalisation

L'analyse des données de l'ESG, cycle 17, à l'aide du modèle susmentionné a donné lieu à la première analyse nationale établissant une association entre le capital social et la santé au Canada. Dans le cadre de l'ESG, on a recueilli des données sur 24 951 personnes de 15 ans et plus aux quatre coins du pays. Mais puisque seuls les répondants de 25 ans et plus ont été pris en compte dans le cadre de la présente analyse, l'échantillon final ne comptait que 21 785 participants.

Les données recueillies portaient sur les variables du capital social identifiées à partir des indicateurs du modèle, ainsi que sur des variables sociodémogra­phiques (sexe, âge, éducation, situation de vie, type de ménage) et sur la percep­tion de la santé. La perception de la santé a été désignée comme une variable dépendante qu'on a divisée en deux catégories aux fins de l'analyse : bonne santé (état de santé autoévalué par les participants à l'ESG comme « excellent », « très bon » ou « bon »); ou mauvaise santé (état de santé autoévalué comme « moyen » ou « mauvais »). Les chercheurs ont ensuite effectué une analyse régressive pour cerner l'existence de relations significatives entre les variables du capital social et l'état de santé autoévalué.

Pleins feux sur les résultats : Une analyse pancanadienne

Quoique les résultats ne permettent pas d'établir des liens de causalité, l'analyse de régression a révélé l'existence d'une relation importante entre le capital social et la santé des Canadiens, notant une série de facteurs de différentiation possibles (sexe, âge, éducation, situation de vie, type de ménage)2. À titre d'exemple, les résultats confirment l'existence d'un lien positif entre la plupart des indicateurs de capital social et l'état de santé auto­évalué des répondants :

  • Les personnes qui profitent de plus importants réseaux de liens forts hors du ménage ont plus de chances d'accéder à diverses ressources.
  • On constate une relation positive entre la présence d'un réseau de liens forts de taille moyennes et l'état de santé autoévalué.
  • Les personnes membres de deux organisations ou plus ou qui parti­cipent aux activités offertes par ces organisations tendent plus à se dire en bonne santé que le reste de la population.
  • La réciprocité entre les membres d'un réseau semble avoir des effets bénéfiques. De fait, les personnes qui profitent de l'aide de leur famille ou de leurs voisins et amis et qui peuvent également leur en offrir tendent plus à se trouver en bonne santé.
  • On constate une relation positive entre le bénévolat et la bonne santé (même si le mécanisme servant à établir cette relation est difficile à déterminer en raison du problème de causalité).
  • Le soutien social instrumental (l'aide reçue pour s'acquitter des tâches quotidiennes) tend à être associé à la bonne santé autoévaluée, même si ce lien n'est pas significatif.

Le Le lien suivant vous amène à une autre site Web rapport de recherche complet2 fournit de plus amples détails sur le mode d'élabo­ration du modèle et sur les résultats de son application à l'ESG, cycle 17. Ce rapport est affiché à :
<http://policyresearch.gc.ca/page.asp?pagenm=pub_wp_abs#WP0010f>. L'équipe de recherche a procédé à des analyses supplé­mentaires qui mettent l'accent sur des groupes démographiques particuliers, tel qu'expliqué dans le prochain article.