Sean Van Liempt, Direction des soins de santé primaires et de la santé publique, Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits, Santé Canada
Tel que précisé dans l'article précédent, les données probantes révèlent que les réseaux de soins jouent un rôle prépondérant dans le maintien de la santé chez les aînés. Quoique la documentation révèle que la prestation des soins à domicile relève le plus souvent d'aidants naturels ou « informels » (parents, amis et voisins), on en sait peu sur le niveau de soins informels offerts dans les collectivités des Premières nations et des Inuits. En vue de collecter des renseignements sur les réseaux de soins au sein de ces collectivités et de mieux cerner les pénuries de services, le gouvernement du Canada subventionne des études sur les soins continus dans les collectivités des Premières nations et des Inuits.
Dans le cas des Premières nations et des Inuits, les soins « informels » servent à appuyer les soins professionnels « formels » (soins infirmiers, soins à domicile, soutien à domicile, soins de relève, etc.) de manière à respecter tant les pratiques holistiques et traditionnelles des Premières nations et des Inuits que les approches contemporaines face à la guérison et au bien-être. Puisque les aidants naturels sont issus des réseaux sociaux des personnes desservies, l'aide est le résultat direct et l'avantage tangible du capital social enchâssé dans ces réseaux. Ces avantages vont dans les deux sens, car lorsque les anciens obtiennent un appui qui leur permet de demeurer sur place, leur sagesse traditionnelle, leur langue et leurs connaissances culturelles continuent d'enrichir la collectivité.
À l'heure actuelle, Santé Canada et Affaires indiennes et du Nord Canada financent une série de services de soins continus à l'intention des collectivités des Premières nations et des Inuits. Cela dit, il existe encore des lacunes à combler et des défis à relever, surtout dans le cas des clients qui ont besoin de soins à domicile plus longs à dispenser ou de soins en établissement, et qui ne veulent pas quitter leur collectivité.
Une étude coopérative intitulée « An Assessment of Continuing Care Requirements in First Nations and Inuit Communities » est en cours. Une fois terminée, les résultats permettront de définir des réponses stratégiques et de combler les lacunes sur le plan des services1. Puisque toute politique doit nécessairement prendre en compte les besoins des familles et les soins offerts, un important aspect de cette recherche consiste à analyser le type et le degré de soutien offert par les réseaux d'aidants naturels (membres de la famille) dans les collectivités des Premières nations et des Inuits.
En tout, 230 aidants naturels de la famille et 450 clients (membres de la famille qui profitent des soins) dans 11 collectivités réparties dans trois régions ont participé à l'étude. Au départ, on devait collecter certaines données en consultant les agendas des aidants familiaux. Cependant, les groupes consultatifs communautaires recommandaient plutôt d'adapter des outils d'entrevue rétrospectifs--déjà présents dans la littérature2,3,4,5,6--et de les utiliser à la place des agendas. Un facteur pris en compte pour déterminer la meilleure méthode de collecte de données avait trait aux perceptions culturelles de prestation des soins--à titre d'exemple, il arrive souvent que les participants des collectivités inuites ne considèrent pas la prestation de soins comme une fonction discrète fondée sur le nombre d'heures.
On a maintenant procédé à la collecte des données de cette étude et un sommaire des résultats est maintenant disponible. À mesure que le projet progresse, les résultats des entrevues permettront d'obtenir une estimation quantitative de l'ampleur des soins et du soutien informels dans les collectivités des Premières nations et de Inuits partout au Canada.
Un premier survol des données révèle que la grande majorité (95 %) des clients aiment mieux obtenir l'aide de leur famille, dans leur propre milieu. Les données indiquent également que les aidants familiaux sont engagés à fournir des soins et qu'ils jouent un rôle essentiel en vue de garantir que les clients obtiennent les services requis pendant toute la durée voulue.
Figure 1 : Attributs choisis des aidants familiaux

Source : An Assessment of Continuing Care Requirements in First Nations and Inuit Communities, 2006.1
Quatre-vingt pour cent des participants affirment être le soignant principal du client. Les résultats des entrevues de la Figure 1 tracent le profil des aidants naturels au sein des collectivités étudiées.
Les résultats révèlent que les aidants familiaux exécutent une large gamme de tâches (voir le Tableau 1), y compris la dispensation de soins personnels (35 %) et de soins infirmiers et médicaux (40 %) mais que, la plupart du temps, ils voient à l'entretien du domicile du client (60 %-65 %).
Tableau 1 : Activités des aidants familiaux
| Activité | % des aidants |
|---|---|
| Alimentation, planification des repas, préparation des repas | 47% |
| Soins personnels (p. ex., bain, habillement, toilette personnelle) | 35% |
| Communication (p. ex., vision, se faire comprendre des autres) | 34% |
| Tâches financières (p. ex., budget, paiement des factures, formulaires à remplir) | 52% |
| Tâches ménagères légères et entretien de la maison (p. ex., ménage léger, lessive) | 65% |
| Entretien de la maison à l'intérieur (p. ex, tâches ménagères plus lourdes, travaux de peinture) | 62% |
| Entretien de la maison et tâches à l'extérieur (p. ex., pelletage de neige) | 60% |
| Mobilité à l'intérieur de la maison ou de l'établissement (p. ex., marcher à l'intérieur) | 28% |
| Mobilité à l'extérieur de la maison ou de l'établissement (p. ex., se rendre à un autre endroit) | 57% |
| Soins infirmiers ou médicaux (p. ex., soins des pieds, médicaments) | 40% |
| Identification des professionnels capables de fournir les services et l'équipement médical | 35% |
| Coordination et organisation des rendez-vous médicaux et des services de santé | 42% |
| Équipement médical, fournitures médicales et des médicaments | 41% |
| Guérisseur traditionnel et médicaments traditionnels | 4% |
Alors que la plupart des aidants (87 %) obtiennent de l'aide de la part d'autres membres de la famille et que certains aidants (28 %) obtiennent de l'aide directement du système de soins formel, les résultats révèlent que les principaux aidants naturels tendent fortement à souffrir de stress et d'épuisement. Mais tel que mentionné dans l'article précédent, ces effets négatifs peuvent être atténués par les avantages inhérents à l'élargissement ou à l'amélioration des réseaux d'aidants naturels (c.-à-d., l'enrichissement du capital social) résultant, par exemple, de l'aide accrue émanant d'autres membres de la famille ou du système de soins formel.
Les données probantes aideront à définir les besoins des clients exigeant des soins de plus haut niveau, y compris les soins en établissement, et favorisera la collaboration en matière d'élaboration de politiques engagée entre les Premières nations et les Inuits, Santé Canada et Affaires indiennes et du Nord Canada. Vu sous l'angle du capital social, on peut en soustraire des données sur les réseaux de soins, leurs éventuels bienfaits et les pressions qui s'y exercent. Cette perspective s'avérera précieuse pour définir des politiques sur les services de soins continus et pour trouver de meilleures façons d'appuyer les aidants naturels et les familles.
Puisqu'il s'agit de la première étude du genre au monde à s'intéresser particulièrement aux collectivités autochtones, les résultats ont été présentés lors du XIIIe Congrès international sur la santé circumpolaire qui avait lieu en Sibérie au mois de juin 2006.