Sandra Franke, Projet de recherche sur les politiques, gouvernement du Canada
Alors que les articles précédents examinaient l'application du capital social à des secteurs et des programmes spécifiques, cet article décrit sommairement divers modes d'application du capital social auxquels peuvent avoir recours les gouvernements pour mettre au point des politiques et programmes axés sur la santé.
Les gouvernements peuvent explorer diverses possibilités leur permettant d'intégrer le capital social aux activités d'élaboration des programmes et politiques publiques. Selon l'enjeu en cause, il est possible de faire appel à l'une ou l'autre des approches suivantes1 :
Plusieurs programmes gouvernementaux intègrent déjà des mesures explicites visant à inciter ou à promouvoir la création de réseaux comme moyen de réaliser les objectifs des programmes. Les projets de promotion de la santé publique, par exemple, contribuent souvent à l'établissement des liens entre les participants aux programmes, entre les partenaires communautaires ou entre les usagers et les non-usagers des services. Une prise en compte explicite des effets du capital social peut inclure un suivi et une évaluation plus systématiques pour voir en quoi ces mesures particulières ont contribué (ou non) aux résultats escomptés du programme, et fournir des renseignements qui permettent de modifier les programmes et les politiques pour mettre en place certains types de réseaux, en fonction de circonstances particulières.
Les programmes gouvernementaux peuvent avoir à miser sur les réseaux sociaux en place pour réaliser leurs objectifs en faisant appel, par exemple, à des leaders communautaires influents pour modifier des comportements affectant la santé à l'intérieur de leurs réseaux sociaux respectifs. Dans le cadre d'un projet communautaire mis sur pied aux États-Unis, les efforts engagés pour réduire la propagation du VIH comprenaient le recrutement de leaders d'opinion populaires au sein des réseaux sociaux de la communauté masculine gaie pour transmettre d'importants messages de santé à leurs pairs2.
Dans certains cas, il peut s'avérer plus rentable pour les programmes publics d'investir dans l'établissement de conditions générales favorisant la création du capital social plutôt que de tenter d'orienter directement le développement de réseaux. Ceci peut se faire en demandant l'aide de « courtiers » ou « entrepreneurs » sociaux, en investissant dans des espaces et des infrastructures publiques ce qui, en retour, favorisera l'interaction sociale. En outre, on peut aussi appuyer les efforts de leaders locaux ou de porte-parole de services publics particuliers qui cherchent à créer des liens et à mobiliser des réseaux.
Cette approche consiste à assembler l'information concernant les réseaux sociaux existants et à l'intégrer aux étapes de la conception, de la mise en oeuvre et de l'évaluation des politiques et programmes. Ceci permet de sensibiliser les concepteurs de politiques et les décideurs aux incidences possibles sur le capital social des nouvelles interventions ou des changements dans les orientations stratégiques. En outre, l'adoption d'une perspective axée sur le capital social peut simplement aider à clarifier les interactions entre les politiques et les liens sociaux.
Figure 1 : Le capital social au service des politiques publiques

Source : Adapté avec l'autorisation du Projet de recherche sur les politiques, 20051.