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Science et recherche

Le capital social et la santé : Bonifier les avantages

Le saviez-vous?

Le saviez-vous? est une chronique régulière du Bulletin de recherche sur les politiques de santé qui examine divers aspects de l'information, des données et des études sur la santé pouvant donner lieu à des idées fausses. Le présent numéro met l'accent sur la notion de « confiance ». Partant d'une série d'observations et d'opinions intéressantes, il tente de définir ses liens avec le capital social et la santé.

Capital social, confiance et santé--disparités

Richard Duranceau, Division des politiques, Direction générale de la politique de la santé, Santé Canada

L'auteur tient à souligner l'aimable collaboration de Mark Wheeler, de Linda Senzilet, de Derek McCall et de Talia DeLaurentis, de la Division des politiques, Direction générale de la politique de la santé, Santé Canada.

La confiance se définit comme « une croyance . . . en les habiletés ou en la sécurité d'une personne, d'un organisme ou d'une chose »1. Les théoriciens du capital social décrivent la confiance comme une relation entraînant tour à tour une obligation et une attente, la confiance était perçue comme une sorte de « crédit » qui procure un sentiment de sécurité face aux relations1.

Lorsqu'on étudie le capital social, il importe d'examiner la confiance en contexte, selon deux sous-niveaux :

  • les relations interpersonnelles
  • les relations avec les institutions1

Malgré la détermination que la confiance constitue un indicateur de capital social, elle demeure difficile à mesurer parce que la nature précise de la relation est contestée. Certaines données intéressantes portent à croire, néanmoins, que la confiance constitue un facteur du capital social, de la bonne santé et de la prospérité individuelle et sociétale.

Confiance et capital social : Résultat ou condition préalable?

Certains chercheurs considèrent la confiance comme une résultante du capital social, alors que d'autres la voient plutôt comme une condition préalable. Ces points de vue divergents dépendent des distinctions faites entre la confiance interpersonnelle et la confiance à l'égard des insti­tu­tions. Robert Putnam2 définit le capital social comme « les carac­téristiques de l'organisation sociale, comme les réseaux, les normes et la confiance sociale, qui facilitent la coordination et la coopération aux fins d'avantages mutuels ». La vision de la confiance qu'entretient Putnam est centrée sur la société puisqu'il cherche à comprendre en quoi les interactions sociales engendrent la confiance interpersonnelle. Par contre, Woolcock 3 argue que « la confiance . . . a une importance en soi mais . . . se comprend mieux lorsqu'on la considère comme le fruit d'interactions répétées, d'institutions juridiques crédibles, ou de réputations ». Woolcock est d'avis que la confiance passe par les institutions, c'est-à-dire que des institutions politiques crédibles inspirent confiance. Même si les deux auteurs considèrent que les concepts de capital social et de confiance sont étroitement liés, Putnam affirme que la confiance (interpersonnelle ou institutionnelle) peut être vue comme un indicateur de capital social. Par conséquent, les variations dans les niveaux de confiance interpersonnelle ou de confiance envers les institutions pourraient bien refléter les différences dans les niveaux de capital social.

Existe-t-il un lien entre la confiance interpersonnelle et la santé?

Partant d'études qui examinent le capital social en fonction des normes de réciprocité, de la participation sociale et civique et de la confiance, les études épidémiologiques sociales se sont intéressées aux liens entre la confiance, le taux de mortalité et l'état de santé autoévalué. Les recherches de Kawachi et coll.4 ont fait ressortir un lien entre les niveaux de confiance interpersonnelle et la mortalité selon l'âge et selon la région aux États-Unis. On a constaté que les taux de mortalité étaient plus élevés dans les États où un nombre accru de répondants affirmaient que « la plupart des gens tendent à prendre avantage de vous s'ils en ont la chance ». C'est dans les États du sud des États-Unis comme la Louisiane, le Mississippi, l'Alabama, la Géorgie et l'Oklahoma qu'on observait le plus haut pourcentage de répondants avec le plus faible niveau de confiance interpersonnelle. Kawachi et Kennedy5 croient que ces États souscrivent à des valeurs favorisant un rôle minimal du gouvernement dans la réduction des inégalités de santé. Les auteurs affirment que « En raison de la culture sociopolitique qui prévaut dans ces États, les per­sonnes à faible revenu ont moins accès aux ressources sociales disponibles, ce qui peut nuire à la qualité de leur santé ».

Figure 1 : Dépenses sociales comme pourcentage du PIB, selon le niveau de confiance
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Figure 1 : Dépenses sociales comme pourcentage du PIB (Produit intérieur brut), selon le niveau de confiance

Source : Adapté avec l'autorisation de Schwabish et coll., 20046.

Existe-t-il un lien entre la confiance et les disparités socioéconomiques?

Fait intéressant, on observe de plus grandes disparités socioéconomiques et des dépenses sociales plus faibles chez les sociétés affichant des niveaux de confiance plus faibles. Des études comparatives transnationales sur l'effet des disparités et de la confiance sur les dépenses sociales menées par Schwabish et coll.6 ont fait ressortir des liens solides et positifs entre diverses mesures de la confiance et les dépenses sociales. Comme l'indique la Figure 1, par exemple, les pays scandinaves (Danemark [DAN], la Suède [SU], la Finlande [FIN] et la Norvège [NOR]), dont les dépenses sociales sont élevées, profitent également d'un niveau de confiance plus élevé que le Canada (CAN), l'Australie (AUS), le Royaume-Uni (R.-U.) et les États-Unis (É.-U.). On note avec intérêt la place de la République tchèque (TCH) en plein centre du graphique, puisque ce pays, qui faisait autrefois partie de l'ancien bloc communiste, rivalise maintenant avec certains pays d'Europe de l'Ouest étudiés. Les niveaux de confiance de pays comme l'Espagne (ESP), la France (FR), l'Italie (ITA), l'Allemagne (ALL), la Belgique (BEL), les Pays-Bas (P.--B.) et le Luxembourg (LUX) sont plus faibles mais leurs dépenses sociales sont plus élevées. Il importe de mener d'autres études pour mieux saisir la dynamique en jeu dans ces pays.

Cela dit, on ne peut toutefois pas ignorer la question de causalité renversée. Il se pourrait bien que les dépenses sociales affectent les niveaux de confiance et de capital social au sein de ces sociétés. Il importe d'effectuer d'autres recherches pour arriver à mieux comprendre les liens de causalité entre la confiance et les dépenses sociales. Quoique la Figure 1 fasse état de conclusions percutantes en ce sens, ces dernières demeurent ténues.

Confiance, disparités et santé : Quelle est la dynamique en cause?

Même si les études sur le « gradient » ont démontré un lien entre les taux de disparités socioéconomiques et la santé au sein d'une société, la dynamique même de cette relation a alimenté la discussion et suscité des débats7. Quoi qu'il en soit, les études sur la « confiance » ont donné lieu à des observations fort intéressantes.

Les chercheurs ont remarqué que les citoyens de sociétés qui jugent naturelles les disparités et l'hiérarchie sociales tendent à souffrir de problèmes de santés plus ou moins sérieux selon leur rang social. Richard Wilkinson8 a émis la théorie que la compétitivité, le conflit et un niveau de stress élevé peuvent aggraver l'état de santé et conclut que les sociétés où les disparités de revenu sont grandes et les niveaux de confiance faibles contribuent grandement aux inégalités de santé. Mais pourquoi?

Une question de confiance institutionnelle

Les études font ressortir maints facteurs sociaux (le stress, l'exclusion sociale, le travail, le chômage, le soutien social et l'alimentation) susceptibles d'aggraver l'état de santé des gens à faible statut socioéconomique. Par conséquent, les dépenses sociales visant à réduire les disparités au sein du marché du travail et le taux de chômage, à améliorer le logement et à accroître le soutien social dans les quartiers contribuent aussi à rehausser la santé et le bien-être d'une population donnée.

Comme l'indique la Figure 1 de la page 34, les sociétés plus cohésives et confiantes semblent favoriser les dépenses sociales. Au sein de sociétés moins confiantes, les gens croient moins en la propension des institutions à investir dans des programmes sociaux pouvant réduire les disparités. D'autre part, les sociétés qui considèrent injustes et into­lérables les disparités sociales tendent davantage à adopter des politiques pour réduire les écarts de revenus et leurs incidences néfastes sur le bien-être (y compris la santé) des individus et des familles.

Une question de confiance mutuelle

Les travaux de Wilkinson et Kawachi4,5,7,8, entre autres, portent à croire que des valeurs sociales fondées sur les disparités sociales peuvent engendrer la compétitivité, le conflit et le stress, d'où des taux de confiance interpersonnelle plus faibles (et des taux de capital social réduits). Les sociétés où la méfiance interpersonnelle règne ont du mal à offrir à leurs citoyens le soutien et les liens sociaux requis pour favoriser la santé. Par contre, lorsque les sociétés valo­risent des relations socioécono­miques plus égalitaires, les taux de confiance interpersonnelle et de capital social sont plus élevés, ce qui tend à améliorer la santé. Il semble­rait donc qu'il soit plus facile d'instaurer les types de soutien et les réseaux sociaux nécessaires à la bonne santé et au bien-être collectif lorsque les personnes se font mutuellement confiance.

En bref

Certains chercheurs croient que la confiance constitue un indicateur utile en vue d'établir la présence ou l'absence de capital social. Les études ont produit d'inté­ressants résultats quant aux incidences de la confiance mutuelle et institutionnelle sur l'ampleur des inégalités de santé au sein d'une société. Il faut maintenant poursuivre les études en ce sens pour établir des liens de causalité plus forts entre le capital social (la confiance) et les inéga­lités de santé.