Julie Creasey, Direction de la recherche appliquée et de l'analyse, Direction générale de la politique de la santé, Santé Canada
L'auteure tient à souligner la précieuse aide de Laurent Martel et Éric Caron Malenfant, tous deux de la Division de la démographie, Statistique Canada, et de Grant Schellenberg, Division de la statistique sociale et autochtone, Statistique Canada.
La connaissance du lieu de vie des Canadiens et des motivations pour vivre en ces endroits permet d'expliquer certains liens complexes entre « les gens, les lieux et la santé ». Cet article s'inspire de deux récentes études analytiques de Statistique Canada--Portrait de la population canadienne en 20061 et Portrait de la population canadienne en 2006, selon l'âge et le sexe2 (les deux effectuées par Laurent Martel et Éric Caron Malenfant)--pour créer un instantané de la population canadienne et faire ressortir les changements quant à la répartition et à la composition de la population.
Le recensement de 2006 a révélé que le Canada comptait dorénavant 31 612 897 habitants. S'établissant à 5,4 %, le taux de croissance démographique du Canada entre 2001 et 2006 s'est avéré le plus fort de tous ceux des pays du G8. La cause première de cette croissance tient à l'immigration internationale, qui en explique les deux tiers environ--le pays ayant accueilli quelque 1,2 million d'immigrants entre 2001 et 2006 --le dernier tiers résulte de l'augmentation naturelle de la population.
Taux faibles et taux élevés à l'échelle du Canada
Au cours des deux dernières périodes intercensitaires (1996-2001 et 2001-2006), la croissance démographique dans les provinces de l'Atlantique, au Québec, au Manitoba et en Saskatchewan était nettement inférieure à la moyenne nationale, alors qu'elle s'avérait supérieure à la moyenne nationale en Alberta et en Ontario (voir la Figure 1). L'analyse de la plus récente période dénote des taux de croissance accrus dans les trois territoires (Yukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut) où l'on compte pour la première fois plus de 100 000 habitants.
La cause des structures de croissance varie d'une région à l'autre. De 2001 à 2006 par exemple, la croissance accrue observée dans certaines provinces (y compris l'Ontario et la Colombie-Britannique) résultait surtout de l'immigration internationale alors qu'ailleurs (Alberta, Territoires du Nord-Ouest, Yukon), c'est la migration interprovinciale, alimentée par les promesses économiques, qui a eu le plus d'impact. Au cours de la même période, le vieillissement de la population a donné lieu au déclin de la hausse naturelle dans toutes les provinces et tous les territoires, à deux exceptions près : l'Alberta et le Nunavut.
Figure 1 Croissance démographique des provinces et territoires, 1996-2001 et 2001-2006

Nota : En raison de la couverture améliorée du recensement dans les Territoires du Nord-Ouest en 2006, la croissance démographique pour 2001 à 2006 est probablement surévaluée.
Source : Martel, L. et Caron Malenfant, É. (2006)1.
Répartition régionale fluctuante
La population canadienne s'est traditionnellement agglomérée le long de la frontière américaine, de même que dans le sud de l'Ontario et le sud du Québec3. Même si ce modèle vaut toujours, les modes de croissance inégaux entre les régions canadiennes entraînent une fluctuation de la répartition démographique. Entre 1966 et 2006 par exemple, le nombre de Canadiens vivant en Colombie-Britannique et dans les Prairies a augmenté de 26,3 % à 30,1 % alors qu'en Ontario, au Québec et dans les provinces atlantiques il a diminué, passant de 73,6 % à 69,6 %1,4.
Urbanisation croissante
Le taux d'urbanisation du Canada ne cesse d'augmenter. Avant la période de 1921 à 1931, la plupart des Canadiens habitaient à la campagne. Depuis, la population urbaine a explosé, à tel point qu'aujourd'hui, 80 % des Canadiens vivent dans des villes, dont 21,5 millions dans l'une des régions métropolitaines de recensement (RMR) du Canada.
Croissance plus forte dans les régions urbaines
De 2001 à 2006, la population des RMR s'est accrue de 1,4 million de personnes, ce qui représente près de 90 % de la croissance démographique du pays. Le Canada compte maintenant 33 RMR dont six regroupent plus d'un million d'individus : Toronto, Montréal, Vancouver, Ottawa-Gatineau et le récent ajout de Calgary et Edmonton. En 2006, ces RMR regroupaient, ensemble, 45 % de la population canadienne.
L'immigration, un récent « phénomène urbain de grande ville » alimente la croissance dans les principales RMR 5. En 2001, Toronto, Montréal et Vancouver ont accueilli 73 % des nouveaux immigrants (comparativement à 58 % en 1981)6. Fait intéressant, alors que les villes de Toronto et de Montréal affichent ont accusé des pertes démographiques dues à la migration interne nette, leur taux de croissance demeure élevé en raison de leurs forts taux d'immigration internationale et de croissance naturelle5.
On constate de fortes fluctuations dans les taux de croissance des RMR au Canada. À titre d'exemple, les populations de Barrie, de Calgary, d'Oshawa et d'Edmonton ont augmenté de plus de 10 % entre 2001 et 2006 (voir la Figure 2), alors que les RMR de Saint John et du Saguenay ont été les seules à afficher une perte de population au cours de cette même période. Les populations de St. John's, Trois-Rivières, Sudbury, Regina et Thunder Bay ont toutes augmenté depuis 2001 après une période de déclin.
Étalement urbain dans les RMR
On a observé, dans les RMR, un accroissement de l'étalement urbain et une expansion des collectivités périphériques. Entre 2001 et 2006, le taux de croissance des municipalités périphériques des RMR canadiennes était deux fois plus élevé que la moyenne nationale (11,1 % par rapport à 5,4 %), alors que le taux de croissance des municipalités centrales était supérieur (de 4,2 %) à celui de la population canadienne1.
Figure 2 Croissance démographique dans des RMR choisies, 1996-2001 et 2001-2006

* Statut de RMR acquis en 2006. ** Statut de RMR acquis en 2001.
Adapté du : Martel, L. et Caron Malenfant, É. (2006)1.
Population autochtone du Canada*7
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Quoique cet article ne trace pas un tableau exhaustif de la population canadienne selon l'âge, le sexe et l'ethnicité, il présente des statistiques récentes sur la structure d'âge de la population canadienne, ainsi que des exemples illustrant l'influence des modes migratoires internes sur la composition des lieux canadiens.
Les données censitaires de 2006 font ressortir une tendance constante vers le vieillissement de la population canadienne, comme l'indique le nombre record d'aînés (13,7 % de la population totale avait plus de 65 ans) et la plus faible proportion de jeunes de moins de 15 ans jamais enregistrée au Canada (17,7 %). En gros, la hausse la plus marquée touche le groupe d'âge des 65 ans et plus (11,5 %). En outre, le nombre d'aînés ayant 80 ans et plus en 2006 (25 %) augmente également et atteint maintenant le chiffre record de 1,2 million de personnes, dont la plupart sont des femmes. Malgré ces signes de vieillissement, le Canada demeure « l'un des plus jeunes pays du G8 »2.
Migration interne
Au Canada, la migration interne, qu'on associe souvent à des facteurs économiques, a un effet sur la composition des populations. Les facteurs « favorables-défavorables » derrière la décision de déménager varient selon l'âge, le sexe et l'étape de vie8,9,10. À titre d'exemple, dans certaines régions rurales canadiennes fondées sur des économies de ressources et où les possibilités d'emploi sont rares, on observe un grand exode de jeunes3,8. Mais alors que certaines régions rurales perdent des habitants, d'autres en gagnent. Selon certaines études, il se pourrait que l'écart entre les taux annuels de migration de sortie dans les zones rurales et dans les grandes villes ne soit pas très grand8. Les études révèlent aussi que les périodes « d'expansion et de récession » influencent la décision des gens d'avoir des enfants. De fait, le taux de population tend à augmenter dans les régions dont l'économie est en pleine expansion11.
Même si les personnes âgées sont moins susceptibles de déménager que les autres, plusieurs tendent à retourner à l'endroit où elles ont grandi. C'est une situation plus courante encore dans les provinces de l'Atlantique et dans l'est des Prairies, où l'on note une accélération correspondante du vieillissement de la population12. En outre, on a observé un vieillissement de la population en Colombie-Britannique, en Ontario et dans l'Île-du-Prince-Édouard résultant, en partie, du déménagement des aînés dans des collectivités qui s'avèrent attrayantes pour les gens à la retraite12.
| Au-delà des chiffres--Le sens d'appartenance à un lieu Les chercheurs ont proposé diverses interprétations de la notion « d'appartenance à un lieu », y compris l'existence de liens sociaux, ainsi que les rapports avec la collectivité, l'environnement naturel et l'environnement bâti. Les rares études à ce sujet révèlent que l'étape de vie d'une personne influe sur les relations qu'elle entretient avec un lieu13,14. |
La nature changeante des structures démographiques canadiennes pose des difficultés aux décideurs de tous les secteurs et échelons gouvernementaux. Les taux et sources de croissance variables (migration interne, immigration, croissance naturelle) jumelés au vieillissement de la population ont donné lieu à des profils démographiques disparates d'une région à l'autre, d'une ville à l'autre, d'un quartier à l'autre. Les données probantes des études sur « les gens, les lieux et la santé » mettent en lumière les variations dans les déterminants de santé (y compris le revenu, le statut social, le sexe, l'environnement social et l'environnement physique) à travers le pays. La prise en compte des changements démographiques dans une démarche stratégique axée sur les lieux peut donner lieu à des politiques reflétant mieux les attributs uniques des diverses collectivités canadiennes.