Marie DesMeules, Wei Luo et Feng Wang, tous membres du Centre de prévention des maladies chroniques, Direction générale de la promotion de la santé et de la prévention des maladies chroniques, Agence de la santé publique du Canada, et Raymond Pong, Centre de recherche en santé dans les milieux ruraux et du Nord de l'Université Laurentienne
Les auteurs remercient de leur aide Marion Pogson et Justin Francis
On accorde une plus grande attention au rôle des lieux et milieux de vie dans la santé des populations. Cependant, l'essentiel du travail s'appuyait sur des études des milieux urbains et l'on s'est moins appliqué à étudier la santé des populations rurales au Canada. Cet article, fondé sur la toute première étude pancanadienne sur la santé en milieu rural, permet d'examiner divers aspects de ces milieux.
On a constaté des différences dans l'état de santé entre les citadins et les personnes vivant en milieu rural1. Établi sur des données provenant de plusieurs sources nationales, notamment l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), le rapport intitulé Comment se portent les Canadiens vivant en milieu rural? Une évaluation de leur état de santé et des déterminants de la santé examine les écarts dans l'état de santé des Canadiens de milieux urbains et ruraux. Partant des conclusions de ce rapport, le présent article commence par décrire les zones rurales et leurs habitants et survole ensuite l'état de santé des habitants de ces milieux. (Pour tout renseignement ou pour obtenir un exemplaire complet du rapport, consulter le site Web de
l'Institut canadien d'information sur la santé à : <http://secure.cihi.ca/cihiweb/dispPage
.jsp?cw_page=GR_1529_F&CW_TOPIC=1529>.)
Bien que le sens de l'adjectif « rural » soit généralement connu du public, il a été difficile d'établir une définition universelle de la notion même de « ruralité »1. Les définitions connues désignent un concept à plusieurs degrés de ruralité fondé sur la densité de la population et/ou l'éloignement des centres urbains. Une mesure appelée zone d'influence des régions métropolitaines (ZIM) représente quatre catégories différentes de ruralité (voir encadré).
Qu'est-ce qu'une zone d'influence des régions métropolitaines1?
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Compte tenu du caractère hétérogène des zones rurales au Canada, il n'est pas surprenant que la frontière soit souvent floue entre les milieux urbains et les milieux ruraux. Par exemple, une RMR peut être une zone géographique relativement vaste pouvant comprendre un certain nombre de municipalités voisines entourant un grand centre urbain. Dans une même RMR, on peut trouver des zones qui ont des apparences rurales en cela qu'elles sont très peu peuplées (marais, forêts, zones agricoles). Cependant, ces zones ne sont pas classées comme ZIM puisqu'elles se trouvent à l'intérieur de la RMR. De plus, les ZIM ne suivent pas toutes un même modèle de gradation de la RMR/AR à la ZIM forte, moyenne, faible ou nulle. On dira plutôt que leur forme, leur taille et leur emplacement relatif peuvent être adaptés à la géographie propre au développement particulier de la région (montagnes, fleuves et rivières--voir la Figure 1)2.
Figure 1 Les RMR/AR et les ZIM autour de Montréal et Vancouver, 19962

Adapté du : Ressources naturelles Canada, selon les données du recensement de 1996.
Selon les résultats de l'ESCC 2000-2001, des différences ont été constatées à plus d'un égard entre l'état de santé des populations urbaines et celui des populations rurales. Comparés aux citadins, les habitants des régions rurales :
S'il existe des différences entre les zones rurales et les zones urbaines, il existe aussi d'importantes variations d'une ZIM à l'autre. Par exemple, les résidants d'une ZIM nulle sont moins instruits, se disent moins bien nantis financièrement et enregistrent un plus fort taux de chômage comparé aux résidants d'autres catégories de ZIM (voir Tableau 1).
Tableau 1 Proportion de la population affichant certaines caractéristiques sociodémographiques standardisées en fonction de l'âge, selon la RMR/AR et la ZIM, Canada, 2000-2001
| Indicateur | RMR/AR | ZIM forte | ZIM moyenne | ZIM faible | ZIM nulle |
|---|---|---|---|---|---|
Niveau d'instruction inférieur à l'école secondaire |
27,8 |
35,1 (33,9-36,3)* |
39,4 |
37,3 |
43 |
Revenu faible à moyen-faible |
32,4 |
34,6 |
45 |
43,1 |
49,9 |
Chômeurs |
33,4 |
32,3 |
36,6 |
34,7 |
37,1 |
Nota : Le groupe de référence est la RMR/AR; *statistiquement significatives avec p <05. Source des données : ESCC 2000-2001.
Le rapport sur les populations rurales a révélé en général que la santé des populations rurales était influencée par un certain nombre de facteurs. S'il a révélé une espérance de vie généralement plus faible chez les populations rurales, en revanche, les mesures fournies par les résidants eux-mêmes ont montré de meilleurs niveaux de santé, de plus faibles niveaux de stress et un plus fort sens de la communauté comparé aux citadins de même catégorie. On enregistre aussi d'importantes différences dans l'état de santé chez les personnes vivant dans les campagnes canadiennes, comme indiqué ci-après.
Différences dans l'espérance de vie entre les hommes et les femmes
Entre 1986 et 1996, au Canada, l'espérance de vie (EV) était plus élevée chez les femmes que chez les hommes3. Cependant, si l'EV des femmes (81,43 ans) est restée sensiblement la même dans les zones rurales et les zones urbaines, elle était considérablement plus faible à mesure que croissait le degré de ruralité. Chez les hommes, en effet, l'EV variait entre 76,77 ans dans la RMR/AR et 73,98 ans dans une ZIM nulle. Il est étonnant, toutefois, de constater que l'EV était plus élevée dans la ZIM forte (77,36 ans) que dans la RMR/AR. On a attribué cette meilleure EV à un meilleur revenu ainsi qu'à un meilleur niveau d'instruction4. Inversement, on a pu voir dans la faiblesse du revenu et de l'instruction des facteurs influençant la faiblesse de l'EV chez les populations rurales étudiées.
Il est intéressant de constater que les ZIM fortes étaient en tête dans plusieurs mesures (mortalité toutes causes confondues et taux de mortalité due aux blessures); cependant, on n'a pu dégager des raisons claires de cet état de chose (voir encadré).
Différences dans les comportements sains
Généralement parlant, comparés aux citadins, les résidants des régions rurales ont moins tendance à adopter des comportements sains. Parmi les comportements examinés, trois accusaient d'importantes différences entre les citadins et les populations rurales :
En revanche, les temps d'activité physique étaient les mêmes dans les zones urbaines et rurales.
Selon le rapport, le statut socioéconomique était proposé comme médiateur possible entre le lieu de résidence et l'adoption de certains comportements ou modes de vie. Cependant, on peut envisager d'autres explications, comme l'accès limité à des installations récréatives, une moins bonne connaissance de ce qui constitue un choix de mode de vie sain et le manque d'accès à une nourriture diversifiée et abordable dans les zones rurales.
Risque de maladies chroniques plus élevé en milieu rural
En général, le risque de contracter plusieurs maladies chroniques était plus élevé dans les régions rurales. Principaux résultats :
Accroissement des taux de mortalité avec le degré de ruralité
Les changements dans la distribution des populations entre les zones urbaines et rurales affectent l'analyse des taux de mortalité dans l'ensemble du Canada. Les données de Statistique Canada de 1986 à 1996 indiquent que les taux de mortalité toutes causes confondues étaient plus faibles dans les ZIM fortes que dans la RMR/AR et augmentaient avec l'éloignement du lieu de résidence (voir Figure 2). Autres conclusions intéressantes :
Figure 2 Taux de mortalité, toutes causes confondues, standardisés en fonction de l'âge, selon le sexe et selon lieu de résidence, Canada, 1986-1996

Nota : Le groupe de référence est la RMR/AR; *statistiquement significatives avec p <05.
Source : Statistique Canada, Données annuelles sur la mortalité au Canada, 1986-1996.
Cette recherche pancanadienne montre des écarts de santé dans les collectivités rurales, ainsi que des disparités dans les déterminants de la santé et les résultats entre les populations urbaines et rurales (voir encadré). Pour remédier à ce déséquilibre, il faudra intervenir sur plusieurs fronts : meilleurs services médicaux, programmes de développement économique dans les régions éloignées, approches préventives ciblées répondant aux besoins des femmes et des hommes, notamment pour la prévention des blessures dans les activités à risque, comme les activités agricoles et forestières6,7.
Comme la recherche sur la santé en milieu rural est une discipline relativement nouvelle, on a fait beaucoup d'observations mais peu de progrès vers l'adoption d'une approche ou d'un cadre pour guider les recherches ou expliquer les résultats obtenus. Cependant, avec les progrès en cours et l'amélioration des données, cela ne manquera pas de changer avec le temps.
Principaux secteurs de déséquilibre de santé entre les citadins et les populations rurales1
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