Linda Senzilet, antérieurement de la Division de la coordination des politiques, Direction de la coordination et de la planification des politiques, Direction générale de la politique de la santé, Santé Canada
L'auteure tient à remercier Samara Hammoud, étudiante du Programme coopératif, pour son aide.
Compte tenu de la taille, de la diversité et de la nature des structures démographiques du Canada, on pourrait s'attendre, d'une part, à ce que les niveaux et modèles de santé varient d'une région à l'autre du pays. D'autre part, en raison de son régime de soins de santé public universel, on pourrait également s'attendre à ce que ces disparités soient relativement faibles. Cet article examine en quoi les structures de santé varient selon la province, le territoire et la région métropolitaine de recensement (RMR). Les articles subséquents exploreront les voies et les mécanismes qui sous-tendent ces variantes.
En 2003, on constatait un écart de 11 ans entre les niveaux d'espérance de vie à la naissance des 30 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les Japonais jouissaient de la plus grande espérance de vie, soit 81,8 ans, alors que les Turcs affichaient la plus faible, soit 71 ans. Le Canada se classait au sixième rang parmi les nations membres avec une espérance de vie moyenne de 79,9 ans, deux ans de moins environ que le chef de file1. Somme toute, en 2003, 60 % des Canadiens qualifiaient leur état de santé d'excellent ou de très bon2.
Ces moyennes nationales peuvent néanmoins camoufler des variations de santé au sein même d'un pays. Malgré le système de soins de santé public universel dont s'est doté le Canada, ses citoyens n'ont pas tous une chance égale de vivre une vie longue et sans invalidités. Les résultats de santé et les comportements de santé types varient considérablement d'une province, d'un territoire et d'une RMR à l'autre.
On s'attendrait à ce que l'autoévaluation de la santé soit plus positive dans les régions où l'espérance de vie à la naissance des citoyens est plus élevée (et vice versa). Pourtant, ce lien n'est pas constant à l'échelle du pays. En 2003, l'espérance de vie variait, du seuil supérieur de 80,8 ans en Colombie-Britannique au seuil inférieur de 68,5 ans au Nunavut2 (voir la Figure 1). Rien de surprenant, alors, à ce que le Nunavut regroupe la plus faible proportion de population (51 %) à décrire son état de santé comme excellent ou très bon2. Par contre, en Colombie-Britannique, la province avec l'espérance de vie la plus élevée, seulement 62 % des habitants se disaient en excellente santé ou très bonne santé, comparativement à 68 % des habitants de Terre-Neuve-et-Labrador, dont l'espérance de vie est la deuxième plus faible au pays (78,2 ans), juste après le Nunavut.
Même si, dans toutes les provinces et dans tous les territoires, l'espérance de vie était plus grande chez les femmes que chez les hommes, les hommes de cinq provinces et des trois territoires tendaient plus que les femmes à qualifier leur état de santé d'excellent ou de très bon2 (voir la Figure 1). Cette différence pourrait tenir au fait que les Canadiennes tendent plus que les Canadiens à souffrir de affections chroniques multiples et d'invalidités modérées à graves3.
Figure 1 Espérance de vie à la naissance et pourcentage de la population de 12 ans+ qualifiant son état de santé comme excellent ou très bon, selon le sexe et selon la province ou le territoire, Canada, 2003

Source : Initiative sur la santé de la population canadienne, Institut canadien d'information sur la santé. (2006). Améliorer la santé des Canadiens : Une introduction à la santé en milieu urbain2.
| Pleins feux sur les collectivités des Premières nations En tant que groupe démographique, les Premières nations ne jouissent pas du même état de santé que les autres Canadiens. Entre autres disparités de santé observées chez les Autochtones, les statistiques nationales font état d'un taux disproportionnellement élevé de blessure, de suicide et de diabète, ainsi que d'une espérance de vie à la naissance plus faible que celle de leurs compatriotes canadiens5. De nouvelles études confirment que le bien-être des Premières nations tient, dans une forte mesure, au contrôle qu'elles sont en mesure d'exercer sur divers services civiques (comme les services éducatifs et la prestation des soins de santé). Ceci, ainsi que les facteurs favorisant l'épanouissement des collectivités des Premières nations, font l'objet de l'article en page 38. |
Il peut être plus utile d'examiner les effets de santé de facteurs propres au lieu dans des contextes métropolitains plutôt que provinciaux et territoriaux, puisque plusieurs de ces effets se manifestent à l'échelle des régions métropolitaines2.
Espérance de vie et autoévaluation de la santé
Les variantes dans les résultats de santé affichés par diverses RMR canadiennes équivalent, voire surpassent, les taux de variabilité entre les provinces et les territoires2. En 2000, l'espérance de vie moyenne à la naissance au Canada était de 79,4 ans mais elle variait d'un pic de 81,1 ans à Vancouver à un creux de 76,7 ans dans le Grand Sudbury4. Rien de surprenant donc qu'en 2003, le Grand Sudbury figurait parmi les cinq villes (avec Thunder Bay, Windsor, Kingston et Saguenay) dont le pourcentage de population ajusté en fonction de l'âge décrivant son état de santé comme excellent ou très bon était nettement inférieur (53 %) à la moyenne des populations des RMR canadiennes2.
Mais comme l'indiquent les données provinciales et territoriales, le lien entre l'espérance de vie et l'autoévaluation de la santé n'est pas toujours concordant d'une RMR à l'autre. Ainsi, alors que l'espérance de vie des citoyens de St. John's est la troisième plus faible parmi toutes les RMR4, ce sont ceux qui qualifient le plus souvent leur état de santé comme étant excellent ou très bon (67 %)2. De surcroît, les habitants de Vancouver, qui profitent de la plus grande espérance de vie à la naissance, ne se déclarent pas plus en excellente santé ou en très bonne santé que la moyenne des RMR2.
Comportements de santé
On a établi des liens positifs entre une espérance de vie plus élevée et une plus faible prévalence du tabagisme, de la consommation abusive d'alcool, de l'obésité et de la haute pression artérielle4. En général, les habitants des RMR de l'Ouest canadien ont nettement plus tendance que la moyenne à dire qu'ils optent pour des modes de vie sains (définis comme la pratique quotidienne d'activités physiques modérées ou actives et le fait de ne pas fumer et ne pas faire une consommation occasionnelle abusive d'alcool), alors que les habitants des provinces de l'Atlantique et de trois des cinq RMR du Québec ont beaucoup moins tendance à adopter de tels comportements2.
Par ailleurs, on note avec grand intérêt que les habitants de St. John's, qui se croient le plus en excellente santé ou en très bonne santé au pays (à égalité avec Calgary) sont aussi ceux qui disent opter le moins pour des comportements sains au pays (à égalité avec Saguenay)2.
Taux d'activité physique plus élevés dans l'Ouest canadien et en Ontario
En 2003, comme l'indique la Figure 2, le pourcentage d'habitants qui disaient être physiquement actifs tous les jours était plus élevé dans les huit RMR de l'Ouest et des Prairies que dans la RMR canadienne moyenne (ce pourcentage était de beaucoup supérieur à Victoria, à Vancouver, à Calgary et à Winnipeg). De la même façon, la proportion d'habitants se disant physiquement actifs au quotidien dépassait la moyenne des RMR dans huit des onze RMR de l'Ontario (ce pourcentage était nettement plus élevé à Thunder Bay, à St. Catharines-Niagara et à Oshawa). Fait à signaler, moins de Torontois se disent actifs ou même modérément actifs sur une base quotidienne que la moyenne des RMR2.
Au Québec et dans les provinces de l'Atlantique, la situation est toutefois fort différente. La proportion d'habitants se disant actifs au quotidien était plus faible que la moyenne des RMR canadiennes dans quatre des cinq RMR du Québec; le pourcentage était nettement plus bas à Montréal et dans la ville de Québec. Mais lorsqu'on a mesuré la proportion d'habitants modérément actifs, les chiffres pour la ville de Québec étaient beaucoup plus élevés que ceux de la moyenne des RMR (pas indiqué). Les RMR des provinces de l'Atlantique, par contre, comptaient une proportion plus faible de citoyens se disant actifs tous les jours, St. John's affichant un pourcentage beaucoup plus faible de citoyens physiquement actifs que la moyenne des RMR2 (voir la Figure 2).
Taux de tabagisme plus élevés dans les RMR de l'Ontario et du Québec
En ce qui a trait au tabagisme, des variations régionales étaient également évidentes en 2003. Quatre des huit RMR de l'Ouest et des Prairies abritaient une proportion de fumeurs plus faible que la moyenne, en particulier Vancouver et Abbotsford. De la même façon, les RMR des provinces de l'Atlantique, surtout Halifax, faisaient état de proportions de fumeurs plus faibles que la moyenne des RMR. Cela dit, toutes les RMR de l'Ontario et du Québec signalaient des taux de tabagisme excédant la moyenne des RMR, à l'exception de Windsor, de Toronto et d'Ottawa-Gatineau2 (voir la Figure 2).
Figure 2 Pourcentage de la population de 12 ans + qui fument quotidiennement ou occasionnellement et qui sont physiquement active*, selon des RMR choisies, Canada, 2003

*Variable dérivée partant de catégories qui regroupent les participants en fonction des valeurs de dépenses totales quotidiennes d'énergie (kcal/kg/jour). Les données citées représentent la plus haute catégorie d'activité physique déclarée.
Adapté du : Initiative sur la santé de la population canadienne, Institut canadien d'information sur la santé. (2006). Améliorer la santé des Canadiens : Une introduction à la santé en milieu urbain2.
Fait surprenant, les disparités quant aux taux d'espérance de vie sont plus marquées à l'intérieur du Canada qu'entre les 30 pays membres de l'OCDE, une situation qui est attribuable à plusieurs facteurs. À titre d'exemple, une espérance de vie plus courte peut témoigner d'une population en moins bonne santé, mais aussi d'une population relativement âgée dont nombre de jeunes en bonne santé se sont déplacés vers d'autres régions du pays en quête d'emploi (tel qu'expliqué dans l'article précédent). Par contre, l'espérance de vie est la plus grande dans les RMR qui regroupent la plus forte proportion de diplômés postsecondaires, de ménages à revenu élevé et le plus grand pourcentage d'immigrants4. En 2001, Vancouver et Toronto, en tête des RMR au chapitre de l'espérance de vie, avaient aussi les plus fortes proportions d'immigrants (37,5 % et 43,7 % respectivement)4.
Le prochain article examine les variations affectant les structures de santé des régions rurales canadiennes. Les autres articles s'intéressent aux dynamiques qui sous-tendent ces variations, voire ces disparités dans certains cas, tenant compte de l'état de santé et des résultats de santé dans l'ensemble du Canada.